‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 229 sur 277 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

chant l'argent d'un autre, j'ai trouvé tout mon trésor... ma mère et vous.

WERNER , auec agitation.

Qui vous apprit à prononcer ce mot de scélérat,»*

ULRIC

Quel nom plus noble appartient aux voleurs de ce genre .^

^ W^ERNER.

Qui vous apprit à flétrir un inconnu de ce nom déshonorant?

ULRIC

Mes propres sentimens m'ont fait toujours nommer un homme d'après ses actions.

WERNER

Qui vous a dit, fils long-temps regretté, et qui nous est rendu dans une heure funeste, qui vous a dit que je me laisserais insulter par mon propre fils ?

ULRIC

J'ai parlé d'un scélérat... Qu'y a-t-il de commun entre un tel être et mon père ?

WERNER

Tout!... Ce scélérat est ton père!

JOSÉPHINE

O mon fils ! ne le crois pas... et cependant... (La voix lui manque. Ulric tressaille ., fixe sur Werner un res^aî'd pénétrant, et lui dit avec sang-froid : )

ULRIC

Et vous l'avouez !

WERNER

Ulric ! avant d'oser mépriser votre père , apprenez à apprécier et à juger ses actions. Jeune , sans expérience , nou. veUement entré sur la scène de la vie, élevé dans le sein de l'abondance , est-ce à vous de mesurer la force des passions ou les tentations de la misère.»* Attends... (bientôt peut-être... elle vient comme la nuit, et d'un pas rapide )... attends... attends que, comme moi, tu aies vu toutes tes espérances flétries... attends que la douleur et l'opprobre deviennent 4. .7

418 WERNER

tes hôtes... la faim et la pauvreté tes convives , et que le désespoir ne quitte plus ton chevet... alors lève-toi et juge. Si jamais ce jour arrivait... si tu voyais alors le serpent qui a entouré de ses replis venimeux tout ce qu'il te restait de noble et de chéri ; si tu le voyais endormi sur ton passage , où il s'était placé pour te fermer le chemin du bonheur... oui , dis-moi, si celui qui ne songe qu'à te ravir ton nom, tes biens, ta vie même, était à ta disposition ; si, conduit auprès de lui par le hasard, sous le manteau de la nuit, un couteau à la main , pendant le silence du sommeil, auquel ton ennemi lui-même est livré, comme pour te rappeler, par cette image de la mort, que la mort seuls peut te sauver... rends grâces à ton Dieu , si , comme moi , satisfait de quelques pièces d'or, tu détournais la tête... C'est ce que j'ai fait.

ULRIC

Mais...

WERNER , brusquement.

Laisse-moi parler ! Je ne souffrirai pas la voix d'aucun mortel... J'ose à peine écouter la mienne ( si c'est encore la voix d'un mortel )... Tu ne connais pas cet homme... Je le connais, moi. 11 est lâche, trompeur et avare. Tu te crois en sûreté, parce que tu es jeune et brave; mais sache que nul n'est à l'abri des coups du désespoir et de la trahison. Mon ennemi , Stralenheim , sous le toit d'un palais , endormi dans la chambre d'un prince, était livré à mon couteau. Un instant... im seul mouvement... la moindre impulsion l'aurait fait disparaître de la terre , et toutes mes terreurs avec lui. Il était à ma discrétion... mon couteau était levé... je n'ai point frappé... je retombe en son pouvoir... N'y es-tu pas toi-même "^ Qui t'assure qu'il ne te connaît pas ^ qui t'a dit qu'il ne t'a point attiré ici pour t'immoler, ou pour te plonger dans un cachot avec ton père et ta mère ?... [Il s'arrête. )

ULRIC

Achevez... achevez!

Pour moi, 11 m'a toujours connu, suivi, épié, malgré tous

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