‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 24 sur 277 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

chef. J'aurais été rejoindre mes pères avec un nom sans tache comme le leur; mais voilà ce qui m'est refusé... Que no suis-je mort à Zara !

ANGIOLINA

C'est à Zara que vous sauvâtes la république : vivez donc poiu- la sauver encore ; un seid jour, un autre jour comme celui-là serait le meilleur reproche à leur faire et la seule vengeance digne de vous,

LE EOGÉ.

Un jour semblable ne luit qu'une fois dans un siècle ; mu vie n'a point atteint un siècle , et c'est assez que la fortune m'ait accordé une fois ce qu'un plus heureux citoyen peut à peine obtenir au bout d'un grand nombre d'années. Mais pourquoi parlé-je ainsi .^^ Venise a oublié ce jour... Pourquoi donc m'en souviendrais-je ?... Adieu, tendre Angiolina! il faut que je me retire dans mon cabinet... J'ai encore beaucoup à faire... et l'heure court à grands pas.

ANGIOLINA

Rappelez-vous ce que vous avez etc.

LE DOGE

Ce serait en vain : le souvenir du bonheur n'est plus un bonheur, quand le souvenir du chagrin est encore un chagrin.

ANGIOLINA

Du moins , quelque chose qui vous presse, je vous supplie de prendre quelque intervalle de repos; votre sommeil a été si agité pendant plusieurs nuits , que le réveil eût été un bienfait pour vous ; mais j'espérais que la nature dompterait enfin ces pensées qui troublaient si cruellement vos nuits. Une heure de sommeil vous rendra à vos travaux avec des idées et des forces nouvelles.

LE DOGE

Je ne puis dormir... je ne le devrais pas... si je le pouvais î... Jamais je n'eus tant de motifs pour prolonger mes veilles. Encore quelques jours,... oui, encore quelques jours et quelques nuits d'agitation, et je dormirai profondément;.., mais où?... n'importe. Adieu, mon Angiolina.

AXGIOMMA.

Permettez-inoi de rester avec vous un instant... encore un seul instant; je ne puis vous laisser ainsi.

Viens donc, ma tendre fille... Pardonne-moi, tu naquis pour un sort plus heureux que celui que tu partages avec moi. Ma fortune devient plus sombre à l'approche de cette profonde vallée , où la mort est assise enveloppée de vastes ténèbres qui s'étendent sur tout. Quand j'aurai cessé d'être ,... et peut-être ce sera plus tôt que mes années ne l'annoncent 5 car je sens au dedans de mon cœur, sur ma tête et autour de moi , une agitation qui peuplera les tombeaux de cette cité d'autant de victimes que la guerre ou la peste ,... quand je ne serai plus rien , que mon nom soit prononcé par tes douces lèvres , que ta pensée accorde un souvenir à ce que je fus. Je ne veux point de pleurs , je ne te demande qu'un souvenir... Allons! ma fille ,... le temps presse.

CI /s sortent.)

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