ACTE TROISIEMK. ii:î
see le retour d un fils qui s'est montre a la lois digne de lui et le sauveur de son père.
ULRIC
Vous serez sauve, que cela suffise... L'apparition de Stralenheim en Bohème nous troublerait - elle dans la jouissance de nos droits , si une fois nous étions dans nos domaines ?
WERNER
Assurément, dans la position où nous sommes, quoique le premier possesseur puisse triompher, comme il est d'usage , surtout s'il est le plus proche héritier par le sang.
ULRIC
Le sang ! c'est un mot à plusieurs significations. Dans les veines , ou versé par le poignard , c'est une chose différente ; et une autre encore , quand ceux qui , comme l'on dit , sont du même sang , deviennent ennemis , tels que les frères thébains : quand une partie du sang est mauvaise, quelques onces répandues purifient le reste.
WERNER
Tu ne m'inspires aucune crainte.
ULRIC
Cela peut être , cela doit être... mais cependant... Allons , préparez-vous ; il faut partir cette nuit avec ma mère. Voici l'intendant ; sondez-le avec le diamant : il descendra dans son âme, comme le plomb qui descend dans la mer, et en rapporte de l'écume, de la fange, et des débris impurs, mais qui n'en est pas moins utile pour avertir les navires du voisinage des écueils. Quand la cargaison est riche, il faut se hâter d'arriver. Adieu... Le temps presse, mon père; cependant donnez-moi la main.
WERNER
Laisse-moi t embrasser.
Nous pourrions être observés ; sachons maîtriser nos émotions. Eloignoz-vous de moi comme d un ennemi.
iii WERNER.
WERNER
Maudit soit celui qui nous force d'étoufter nos sentimens les plus saints et les plus doux !
tILRIC.
Oui... maudissez... pour soulager votre cœur... Voici l'intendant... [Idenstein entree) Monsieur l'intendant , ou en êtesvous ? Avez-vous saisi le coquin '^
IDENSTEIN
Non , ma foi.
tILRIC.
Fort bien ; il n'en manque pas d auti'es : vous serez plus heureux dans une autre chasse. Où est le baron ?
IDENSTEIN
Il est retourne dans son appartement; et maintenant que j y pense, il vous demandait avec sa noble impatience.
ULRIC
Les grands seigneurs veulent qu'on leur réponde au premier mot , comme le coursier bondissant répond à l'éperon. 11 est heureux qu'ils aient des chevaux , car s'ils n'en avaient pas, j'aurais peur que les hommes ne fussent contraints de traîner leurs chars, comme on dit que des rois traînaient celui de Sésostris.
IDENSTEIN
Qui était celui-là ?
UERIC*
Un ancien Rohémien... un empereur égyptien.
IDENSTEIN
Egyptien ou Bohémien, c'est la même chose; et ce Sésostris en était un .'
LLRIC.
Je l'ai ouï dire. Mais je vais prendre congé de vous : intendant, votre serviteur... Werner (/7 Werner^ (Vun ton leste) ^ si c'est là votre nom, bonsoir. [Ubic sort.)
IDENSTEIN
Joli honmie,bieu élevé et parlant bien! Il connaît son rang : vous voyez comme il iciul ;i rhnrnn les égards qui lui sont dus.
ACTK TROISIEME. 445
WERNER
Je m'en suis aperçu; j'applaudis à son juste discernenient et au vôtre.
lUENSTEIlV.
C'est bien... fort bien. Vous connaissez aussi votre rang; je ne sais trop si je le connais Inen. moi.
WERNER, montrant la bague.
Ceci vous aillerait-il à le connaître ?
inENSTEIN.
Comment!... quoi!... Eh! une pierre précieuse!
WERNER
Elle est à vous à une condition.
inENSTEIN.
A moi !... Parlez,
WERNER
A condition que vous me permettrez de la racheter un jour trois fois sa valeur : c est une bague de famille.
IDENSTEIN
De famille, à vous ! une bague... J'en étouffe.
WERNER
Vous me fournirez, une heure avant le point du jour, les moyens de partir d ici !
IDENSTEIN
N'est-ce pas un rêve...? voyons-la : c'est un diamant, par tout ce qu'il y a de vrai !
WERNER
Allons , je me confie à vous : vous avez deviné sans doute que j'étais d'une naissance au-dessus de celle qu'annonce mon déguisement.
IDENSTEIN
Mais je n'ose m'en vanter ; cependant je vous crois... Votre façon d agir est celle des gens bien nés.
WERNER
J'ai d'importantes raisons pour poursuivre secrètement mon voyage.
IDENSTEIN
Vous êtes donc l'homme que cherche Stralenheim?
Je ne le suis pas ; mais , si j'étais pris pour lui, j'éprouverais de grands embarras pour le moment, et le baron luimême en aurait regret plus tard. C'est pour éviter ce double inconvénient que je voudrais m'éloigner sans plus de délai.
IDENSTEIN
Que vous soyez l'homme ou non , ce n'est pas mon affaire. D'ailleurs je n'obtiendrais jamais la moitié de ce que vous m'offrez , en servant ce noble avare , qui , pour rattraper quelques ducats , voulait bouleverser tout le canton , sans offrir une récompense précise ; tandis que ce diamant... Laissez-moi l'admirer encore.
W^ERNER.
Regardez-le à loisir ; au point du jour , il est à vous.
IDENSTEIN
O adorable brillant... préférable à la pierre philosophale! pierre de touche de la philosophie elle-même! œil étincelant de la mine ! astre de l'âme , véritable pôle magnétique vers lequel se dirigent tous les cœurs , tels que des aiguilles frémissantes ! flamme spiritualisée de la terre, placée sur le diadème des rois, tu attires plus d'hommages que la majesté gémissant sous sa pesante couronne, dont l'éclat covite la vie à des millions de sujets; seras-tu bien à moi.^ Je suis déjà, il me semble, un petit roi, un heureux alchimiste , un savant magicien qui a gagné le diable sans lui vendre son àme! Mais venez, Werner, ou quel que soit votre nom.
WERNER
Appelez-moi toujours Werner, vous me donnerez quelque jour un plus noble titre.
IDENSTEIN
Je crois en toi. Tu es, caché sous de modestes vêtemens , l'esprit dont je rêve depuis long-temps. Viens , je te servirai; tu seras aussi libre que l'air , en dépit des eaux. Sortons d'ici , je te prouverai que je suis honnête... O cher diamant !... Tu trouveras, Werner , dételles facilités pour fuir, que, serais -tu limaçon, les oiseaux ne t'atteindraient pas...