SCÈNE II
( Chambre de Stralenheim. ) STRALENHEIM et FRITZ.
FRITZ
Tout est prêt, monseigneur.
STRALENHEIM
Je n'ai pas sommeil, et cependant j'ai besoin de me coucher. Je ne puis espérer de repos ; car mon esprit est tourmenté du poids d'un sentiment trop pénible pour me permettre de veiller, et qui ressemble trop à l'inquiétude pour me permettre de dormir. C'est comme une vapeur qui intercepte long-temps les rayons du soleil sans se résoudre en pluie, et qui s'étend entre la terre et le ciel... telle que l'envie entre deux hommes... Je vais cherchera sommeiller.
FRITZ
Puissiez-vous reposer tranquillement !
STRALENHEIM
Je sens que je reposerai, et je le crains.
FRITZ
Et pourquoi le craindre?
Je ne sais, et je crains encore davantage parce que je ne puis définir ce qui cause ma crainte... mais c'est une folle imagination. J'avais demandé qu'on changeât les serrures de cette chambre : l'a-t-on fait ? l'aventure de la nuit dernière rend les précautions utiles.
FRITZ
On l'a fait, selon vos ordres, sous ma propre inspection et celle du jeune Saxon qui vous a sauvé la vie : je crois qu'on l'appelle Ulric.
/, i« WERNER.
STRALENHEIM
Vous croyez, méprisant valet! Quel droit avez-vous de ne pas vous souvenir positivement du nom de celui qui a sauvé votre maître ? Votre mémoire devrait être heureuse et fière de vous rappeler chaque jour ce nom , pour vous pénétrer de vos devoirs... Sortez d'ici!... Vous croyez! vraiment! vous qui restiez sur la rive, hurlant et secouant vos vêtemens humides, pendant que j'étais aux prises avec la mort , et que l'étranger, fendant les flots du torrent, est venu me rendre à la vie pour m'apprendre à l'estimer et à vous mépriser! Vous croyez, et vous ne vous souvenez qu'à peine de son nom ! Je n'ai plus rien à vous dire. Sortez , et réveillez-moi de bonne heure.
FRITZ
Bonne nuit! J'espère que le jour de demain rendra à votre seigneurie ses forces et sa douceur.
( La scène se termine. )