ACTE QUATRIÈME
ur.Ric.
Qui oserait le dire?
Nul autre que moi qui le vois... et le sens... avec plus de douleur que celui qui sentirait dans son cœur le fer de votre glaive... Mon cœur survit... à sa blessure.
ULRIC
Vous êtes dans l'erreur ; ma tendresse n'est point expressive : cela doit-il surprendre , quand j'ai été pendant douze années séparé de mon père et de ma mère ?
SIEGENDORF
Et n'ai-je pas moi-même souffert douze années de la même absence? Mais c'est en vain que je vous adresserais des reproches; la nature ne se conti^aint jamais. Changeons d'entretien. Je voudrais vous faire observer que, si vous continuez à fréquenter ces jeunes nobles , violens , connus par de funestes exploits (oui, des phis funestes, si tout ce qu'en dit la renommée est vrai), ils vous conduiront... uLRic , cifec impatience.
Je ne serai conduit par personne.
SIEGENDORF
Et je voudrais être certain que tu ne conduiras jamais de tels hommes ; c'est pour te sevrer des périls de ta jeunesse et de l'orgueil de ton caractère, que j'ai voulu te donner Ida pour épouse... d'autant plus que tu parais laimer.
ULRIC
J'ai dit que j'obéirai, m'ordonneriez- vous d'épouser Hécate... Un fils peut-il dire davantage.'^
SIEGENDORF
Un fils en dit trop en parlant ainsi. Il n'est pas de ton âge, ni de ton sang, ni de ton caractère, de parler avec tant de froideur, ou d'agir avec tant d'insouciance , dans ce qui décide du bonheur ou du malheur de la vie. Car la carrière de la gloire n'est pas un lit de repos si l'amour ne la prépare pas au guerrier : quelque penchant impérieux , quelque som- \}ve démon te maîtrise, t'égare, et domine toutes tes peu»'
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sees ; sinon , tu aurais dit d'abord : « J'aime la jeune Ida , et » je l'épouserai; ■• ou : « Je ne l'aime pas ; aucune puissance » de la terre ne me la fera aimer!... » Telle eût été ma réponse.
ULKIC.
Seigneur, vous vous choisîtes une épouse par amour?
SIEGENDORF
Oui , et ce fut ma seule consolation dans bien des malheurs.
ULRIC
Que de malheurs ne seraient jamais survenus sans ce mariage d'amour!
SIEGENDORF
Toujours en contradiction avec ton âge et la nature ! Qui a jamais fait pareille réponse à vingt ans?
TJLRIC.
Ne m'avez - vous pas prévenu contre votre propre exemple ?
SIEGENDORF
Jeune sophiste!... aimez-vous, ou n'aimez-vous pas Ida.»^
TJLRIC
Qu'importe, si je suis prêt à vous obéir en l'épousant?
Peu importe pour vous, à cause de votre indifférence; mais il s'agit pour elle de toute la vie. Elle est jeune... belle... elle vous adore... elle a tous les dons , gages de ce bonheur qui change la vie en une espèce de songe que les poètes ne sauraient peindre , et capable de suppléer à la sagesse,, si ce n'était déjà sagesse d'aimer la vertu. Celle qui promet tant de bonheur en mérite un peu en retour. Je ne voudrais p*as que son cœur fût brisé par celui dont le cœur resterait insensible; je ne voudrais pas la voir se flétrir comme la rose des Contes d'Orient, qui pâlit et se meurt sur sa tige, abandonnée par l'oiseau qu'elle avait ci^u un rossignol. Ida...
ULRIC
lErSt la fille de Stralenheim, votre ennemi. Je l'épouserai