ACTE QUATRIÈME. 4l
SIEGENDORF
Mon père , cet argent n'est pas le mien.
LE PRIEUR ALBERT
A qui donc est-il.'* Ce n'est point un legs, disiez-vous.
SIEGE^JDORF.
N'importe à qui... Soyez persuadé que celui à qui il appartint n'a plus besoin que des prières de vos autels...
LE PRIEUR ALBERT
Il n'y a point de sang sur cet or ?
SIEGENDORF
Non; mais quelque chose de plus terrible y est attaché... une honte éternelle.
LE PRIEUR ALBERT
Et celui qui le possédait est-il mort dans son lit?
Hélas ! oui.
LE PRIEUR ALBERT
Mon fils, vous retombez dans le péché de vengeance , si vous regrettez que votre ennemi n'ait pas péri d'une mort sanglante.
SIEGENDORF
Ah! il ne perdit sa vie qu'avec son sang.
LE PRIEUR ALBERT
Vous disiez qu'il était mort dans son lit, et non dans les combats.
SIEGENDORF
Il périt... je le sais à peine... mais il fut égorgé dans son lit par un assassin... Oui... vous pouvez me regarder; je ne suis pas le meurtrier. Je puis rencontrer vos regards comme ceux de Dieu.
LE PRIEUR ALBERT
Et il ne périt par la main d'aucun des vôtres?
SIEGENDORF
Non , par le Dieu qui voit et frappe les pécheurs î
LE PRIEUR ALBERT
Et vous ne connaissez pas celui qui le tua ?
478 WERNER
SIEGENDORF
C'est quelqu'un que je soupçonne ; mais il m'est étranger... et je ne l'ai connu qu'un jour.
LE PRIEUR ALBERT
Vous êtes donc innocent de ce crime ?
SIEGENDORF
Oh ! le suis-je?... parlez.
LE PRIEITR ALBERT.
Vous l'avez dit , et vous le savez mieux que personne.
SIEGENDORF
Mon père , je n'ai dit que la vérité... sinon toute la vérité. Cependant assurez-moi que je ne suis point criminel , car le sang de cet homme pèse sur moi comme si je l'avais répandu • mais, par le Dieu qui abhorre le sang humain, ce n'est pas moi... bien plus, je l'épargnai quand j'aurais pu et peut-être quand j'aurais dû le verser pour ma propre sûreté, si l'on est jamais excusable de se prévaloir ainsi du droit de se défendre contre de trop puissans ennemis; mais priez pour lui, pour moi et pour toute ma maison. Je vous le répète, quoique je sois innocent, je ne sais pourquoi un remords me persécute comme s'il était mort de ma main ou de la main de quelqu'un des miens. Piûez pour moi , mon père... j'ai moi-même prié en vain.
LE PRIEUR ALBERT
Je prierai... consolez-vous... Vous êtes innocent, et devriez être calme comme l'innocence.
SIEGENDORF
Mais le calme n'est pas toujours l'attribut de l'innocence, je le sens.
LE PRIEUR ALBERT
Vous en jouirez quand votre àme se sera recueillie. Rappelez-vous la grande solennité de demain , où vous devez prendre rang parmi nos premiers seigneurs, ainsi que votre brave fils ; ayez un aspect serein • que , dans les actions de grâces rendues par tout un peuple pour le terme du carnage , le sang que vous n'avez pas répandu ne vienne pas