‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 264 sur 277 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

( Grande et magnifique salle gothique du efiâteau de Siegendoij , décorée de tropJiées^ de bannières, et des armes de la famille.)

( On i>oit entrer Arnheim et Meister , vassaux de la suite du comte Siegendorf.)

ARNHEIM

Hâtez-vous! le comte reviendra bientôt; les dames sont déjà sous le grand portail. Avez-vous envoyé des messagers à la recherche de l'homme désigné ?

MEISTER

J ai fait parcourir Prague dans toutes les directions , en donnant la description la plus exacte de son vêtement et de sa figure, d'après ce que vous m'en avez rapporté. Au diable ces banquets et ces processions ! tout le plaisir (s'il y en a) est pour les spectateurs , et non pour nous autres qui faisons le spectacle.

ARNHEIM

Allons ! voici madame la comtesse.

MEISTER

J'aimerais mieux courir tout un jour à la chasse sur une mauvaise haridelle , que de faire partie de la suite d'un grand seigneur dans ces ennuyeuses cérémonies.

ARMIEIM.

Allez-vous-en faire vos plaintes et vos critiques dans un

480 WERNER

autre appartement. (I/s sortent. La comtesse Joséphine de

SiegendorJ entre a*>ec Ida StralenJieim.)

JOSÉPHINE

Enfin, Dieu soit loué! la cérémonie est finie.

IDA

Comment pouvez-vous parler ainsi ? Je n'avais jamais rien imaginé de si magnifique ! Les fleurs, les rameaux verts , les bannières, les seigneurs, les chevaliers, l'éclat des parures, des robes blanches, des panaches; le bonheur sur tous les visages ; les coursiers , les nuages de l'encens , le soleil rayonnant à travers les vitraux; les tombeaux eux-mêmes, dont l'aspect était si calme; les hymnes religieux, qui semblaient plutôt descendre du ciel qu'y monter; les sons de l'orgue, tels qu'un tonnerre harmonieux; tous les regards tournés vers le ciel ; le monde jouissant de la paix , et la paix régnant entre tous... J'étais ravie... ô ma tendre mère... ( Elle embrasse Joséphine.)

JOSEPHINE

Ma chère fille! car je pourrai bientôt, j'espère, te donner ce nom.

IDA

Oh ! je suis déjà votre fille ; voyez conmie mon cœur bat !

JOSÉPHINE

Oui... mon amie; et puisse-t-il ne jamais battre avec des sentimens plus amers !

IDA

Oh jamais! et pourquoi? qui pourrait m'affliger.f' Je hais d'entendre parler de chagrin. Comment pourrait-on être triste quand on s'aime aussi tendrement que vous, le comte, Ulric , et votre fille Ida ?

JOSÉPHINE

Pauvre enfant!

IDA

Vous me plaignez ?

JOSÉPHINE

Non , je ne sais que vous envier, et avec une émotion

Page 1