ACTE CINQUIEME
LLRIC.
Eh bien ! me voici.
J ai vu le meurtrier.
Lequel ? où ?
SIEGENDORF
ULRIC
SIEGENDORF
Le Hongrois qui tua Stralenheim.
ULRIC
C'est un rêve.
SIEGENDORP.
Je l'ai vu, aussi vrai que je vous vois... Je l'ai entendu... il a même osé prononcer mon nom.
ULRIC
Quel nom ?
SIEGENDORF
Werner... c'était le mien.
ULRIC
Ce ne doit plus l'être... oubliez-le.
Jamais , jamais ! toutes mes destinées sont attachées à ce nom; il ne sera point gravé sur ma tombe j mais il peut m'y conduire.
ULRIC
Au fait... le Hongrois ? »
SIEGENDORF
Ecoute!... L'éghse était remplie; l'hymne commençait* cles|nations entières, plutôt que des chœurs, chantaient le Te Deum , et s'écriaient : Dieu soit loué par un jour de paix après trente années d'une guerre de plus en plus sanolante ! Je me levais avec tous les seigneurs; et, en parcourant des yeux la basilique, j'aperçus, chi haut de notre galerie ornée
d'écussons et de bannières , le visage du Hongrois Je Je
vis, et ce fut pour moi comme un éclair, car je ne le vis qu'un moment, et ne vis plus rien; mon cœur se troubla mes genoux chancelèrent; et, quand le nuage qui accablait
484 WERNER
mes sens se dissipa , et que je regardai de nouveau , il n'y était plus. Le chant d'actions de grâces était terminé, et nous revenions en long cortège...
ULRIC
Continuez...
SIEGENDORF
Quand nous fûmes arrivés au pont de Muldau , les flots de la foule sur les arches, les innombrables bateaux qui glissaient sur l'onde avec de joyeux citoyens en habits de fête ; la rue décorée , la musique retentissante , et le tonnerre de l'artillerie, qui semblait faire ses longs et bruyans adieux à ses grands exploits ; les étendards déployés sur ma tête , les coursiers caracolant autour de moi, les acclamations du peuple... rien... rien ne put bannir cet homme de mon esprit, quoique mes yeux eussent cessé de l'apeicevoir.
ULRIC
Vous ne l'avez donc pas revu?
SIEGENDORF
Mes resrards désiraient cet homme comme un soldat mourant soupire après l'onde du ruisseau. Je ne le vis pas; mais au lieu de lui...
ULRIC
Au lieu de lui ?
SIEGENDORF
Mes yeux rencontraient sans cesse votre panache superbe, le plus élevé de tous ceux qu'on voyait ondoyer comme des flots dans les rues brillantes de Prague.
ULRIC
Quel rapport avait cela avec le Hongrois ?
SIEGENDORF
Beaucoup; car je l'avais presque oublié dans mon fds, lorsqu'au moment où l'artillerie se taisait, ainsi que la musique, et que la foule s'embrassait au lieu de continuer ses acclamations , j'entendis une voix sourde et basse, mais plus distincte à mon oreille que la voix tonnante du bronze, prononcer ce mot : « Werner ! »