‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 269 sur 277 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

GABOR

Non, seigneur ; il suffit que nous soyons désarmés l'un et l'autre... Je ne voudrais pas tenir un sabre souillé de tout autre sang, peut-être, que de celui des combats. uLRic jette son sabre avec mépris.

Ce même glaive... ou un autre... épargna un jour votre vie , lorsque vous étiez désarmé et à ma discrétion.

GABOR

Cela est vrai... je ne l'ai pas oublié 5 vous m'épargnâtes pour servir vos vues particulières... pour faire peser sur moi un opprobre qui ne m appartenait point.

ULRIC

Poursuivez. Le récit est sans doute digne de l'orateur... [Â Siegendorf.) Mais est-il convenable que mon père l'écoute ? siEG^^DOTyV pj'end so/ijîls par la main.

Mon fils, je connais mon innocence... je ne doute pas de la vôtre... mais j'ai promis à cet homme de l'entendre. Qu'il continue.

GABOR

Je ne vous parlerai pas long-temps de moi; je débutai jeune dans la vie. Je suis ce que le monde m'a fait. Passant un hiver àFrancfort-sur-l'Oder, le hasard me conduisit quelquefois dans divers lieux publics , où j'entendis raconter une étrange circonstance. Un bataillon de soldats envoyé par la ville avait réussi, après une forte résistance, à se saisir d'ime troupe d'hommes désespérés , qu'on supposait être des maraudeurs du camp ennemi; il se trouva cependant que c'étaient des bandits , que quelque événement inconnu ou l'audace avait fait sortir de leur asile accoutumé... les forêts de la Bohême... et amenés jusque dans la Lusace... Plusieurs d'entre eux appartenaient à de nobles familles... et la loi martiale dormit pendant un temps. Enfin ils furent escortés jusqu'aux frontières, et placés sous la juridiction de la ville libre de Francfort. J'ignore leur destin.

o SIEGEXDORF.

Qu'a cela de commun avec Ulric ?

490 WERNER

GABOR

Parmi eux il y avait unhomme merveilleusement doué par la nature; on vantait sa naissance, sa fortune, sa jeunesse, sa force, sa beauté peu ordinaire et son incomparable courage. Son ascendant sur ses compagnons, et même sur ses juges, fut attribué à la magie... Je n ai guère foi à d'autre sortilège que celui de l'or... et je le regardai, par conséquent, comme riche... Mais une curiosité vive et indéfinie me portait à chercher... ce prodige... ne fût-ce que pour le voir.

SIEGENDORF

Et le vîtes-vous ?

GABOR

Vous allez le savoir. Le hasard me favorisa. Un tumulte populaire excité dans une place publique fit rassembler une foule de citoyens... C'était une de ces occasions où les hommes laissent voir toute leur âme dont leurs visages trahissent toutes les pensées. Du moment que mes yeux rencontrèrent les siens, je m'écriai : « Le voilà ! » quoiqu'il fût au milieu des grands de la ville. J'avais le sentiment intime que je ne m'étais pas trompé, et lépiai long-temps et de près. J'observai sa taille... sa démarche... ses traits et ses gestes... et, à travers tous ses dons acquis et naturels, je crus discerner l'œil de l'assassin et le cœur du gladiateur. ULRiG , souriant.

Le conte est vraisemblable.

GABOR

Il pourra le devenir davantage...

Il me parut un de ces êtres qui trouvent la fortune docile à leur audace... et de qui dépendent souvent les destinées des autres. D'ailleurs une sensation inexplicable m'attirait auprès de cet homme , comme si ma propre fortune devait être fixée par lui... En cela je me trompais.

SIEGENDORF

Et vous pouvez vous tromper encore.

GABOR

Je le suivis... Je sollicitai son attention, et l'obtins... mais

Page 1