ACTE CINQUIEME
GABOR
Je vis son visage comme je vois le vôtre... mais ce n'était pas celui de Werner, quoiqu'il lui ressemblât... c'était le visage du comte Ulric!... oui, d'Ulric lui-même que je reconnus; et tout à l'heure ses traits ont repris la même expression quand je l'ai accusé du crime...
SIEGE>DORF
C'est...
GABOR, r interrompant.
Daignez m'écouter jusqu'à la fin , vous le devez... Je me crus trahi par vous et par lui, car je découvris alors qu'il y avait un lien entre vous... Je pensais que vous ne m'aviez indiqué un lieu de reluge que pour m'y faire surpren(he comme un criminel : ma première idée fut la vengeance. J'avais laissé mon épée... mais, quoique armé d'un poignard, je n'étais pas l'égal d'Ulric, ni par l'adresse, ni par la force, comme le combat du matin me l'avait déjà prouvé. Je revins sur mes pas , et m'enfuis dans les ténèbres. Le hasard me fit retrouver la porte secrète de la salle, et me conduisit de là dans la chambre où vous dormiez... Si je vous avais trouvé non endormi , le ciel seul peut dire ce que m'auraient fait faire la vengeance et le soupçon ; mais jamais le sommeil du crime ne ressembla au sommeil de Werner pendant cette nuit.
SIEGENDORF
Et cependant des rêves affreux interrompirent ce court sommeil... avant que les étoiles eussent disparu... Pourquoi m'épargner h.. Je rêvais de mon père... et maintenant mon rêve est expliqué...
Ce n'est pas ma faute si j'en ai révélé le mystère... Je pris la fuite et me cachai... Après plus d'une année, c'est encore le hasard qui m'a guidé ici... et qui m'a fait reconnaître Werner dans le comte Siegendorf; Werner, que j'avais cherché dans les chaumières, habitait le palais d'un souverain!
494 WERNER
Vous m'avez fait chercher... je me présente... Vous savez mon secret , et vous pouvez peser ce qu il vaut.
siE&ENDORF, apvès uii moiuent de silence. Vraiment !
GABOB.
Est-ce la vengeance ou la justice qui est le sujet de votre rêverie "^
SIEGENDORF
Ni l'une ni l'autre... Je calculais le prix de votre secret.
GABOn.
Vous allez le savoir... Quand vous étiez pauvre et moi aussi, quoique assez riche pour secourir ceux qui l'étaient moins que moi, je vous offris ma bourse... vous nevoulùtes pas la partager. Je serai plus franc avec vous. Vous êtes dans l'opulence, noble... investi de la confiance impériale... vous me comprenez ?
SIEGENDORF
Oui,
GABOR
Pas tout-à-fait, car vous me croyez vénal et à peine sincère... il est vrai cependant que ma destinée m'a rendu l'un et l'autre à présent j vous m'aiderez, je vous aurais aidé... et d'ailleurs mon nom a essuyé quelque affront pour sauver le vôtre et celui de votre fils... Pensez bien à ce que j'ai dit.
Oserez-vous attendre le résultat d'une délibération de quelques minutes } ( Gabor jette un regard sur Ulric appuyé contre un pilier.)
GABOR
Et si j'y consens?
SIEGENDORF
Je vous réponds de votre vie sur la mienne... Entrez dans cette tour. (// oui're une porte latérale.) GABOR, hésitant.
C'est le second asile que vous m'offrez pour...