SCÈNE II
( La maison oit les conspirateurs se rassemblent.)
DAGOLINO, DOllO, BERTRAM, FEDELE TREVISANO, CALENDARO, ANTONIO délie RENDE, etc., etc.
CALENDARO , cn entrant.
Sont-ils tous ici?
DAGOLINO
Tous, excepté les trois qui sont à leur poste, et notre chef Israël que nous attendons à chaque instant.
CALENDAUO.
Où est Bertram.^
BERTRA3I.
Me voici.
CALENDARO
Il ne vous a pas été possible de compléter votre compagnie ?
BERTRAM
J'avais jeté les yeux sur quelques hommes , mais je n'ai point osé leur confier le secret avant d'être sûr qu'ils en fussent dignes.
CALENDARO
Il n'est pas besoin de confier de secret. Quel est celui , excepté nous-mêmes et nos principaux compagnons, qui soit pleinement instruit de nos desseins ? tous se croient secrètement engagés au sénat ^ pour punir quelques jeunes noblesdissolus qui ont bravé les lois par leurs excès ; mais une fois qu'ils auront tiré l'épée et qu'ils l'auront enfoncée dans le cœur des sénateurs les plus odieux , ils n'hésiteront pas de frapper les autres, quand ils verront l'exemple de leurs chefs 5 et,
pour ma part , celui que je leur donnerai sera tel , qu'ils rougiront de ne pas l'imiter , et que , pour leur propre salut , ils ne s'arrêteront que lorsque tous auront péri.
BERTRAM
Que dites-vous? tous?
CALENDARO
Qui voudrais-tu épargner ?
BERTRAM
Moi , épargner ! je n'ai le pouvoir d'épargner personne. Je faisais seulement cette question , pensant que parmi ces médians il pourrait y avoir quelques hommes dont l'âge et les vertus mériteraient la pitié.
CALENDARO
Oui , cette pitié que méritent les tronçons divisés de la vipère mise en pièces, qui s'agitent encore avec la dernière énergie du venin. Autant j'aimerais avoir pitié d'une des dents du reptile , que d'épargner un de ces patriciens. Ils sont tous les anneaux d'une longue chaîne. Ils ne forment qu'une masse, une vie, un corps. Ils mangent, ils boivent, ils vivent et s'unissent entre eux ; ils oppriment , ils égorgent de concert. Qu'ils meurent ensemble et du même coup.
DAGOLINO
Si un seul survivait , il serait aussi dangereux que tous les autres. Ce n'est point leur nombre, qu'ils soient dix ou mille , qu'il s'agit de détruire , c'est l'esprit de l'aristocratie. S'il restait un seul rejeton du vieux arbre, il s'attacherait au sol , s'élèverait encore avec sa sombre verdure et ses fruits amers. Bertram , il faut de la fermeté.
CALENDARO
Prends-y bien garde, Bertram ; j'ai l'œil sur toi.
BERTRAM
Qui doute de Bertram ?
CALENDARO
Ce n'est pas moi; car, si j'en doutais, tu ne serais pas maintenant ici à parler de ta sincérité. C'est ta faiblesse qui te rend douteux , et non ton manque de foi !