ACTE TUOISIEME
BEUTRAM.
Vous tous qui ni écoutez , vous devriez savoir qui je suis et ce que je suis : un homme armé comme vous-mêmes pour renverser l'oppression j quelques uns, je peux le croire, ont éprouvé ma bonté : quant à ma bravoure , toi qui en as été témoin... Calendaro , tu peux prononcer ; ou , s'il te reste des doutes , je saurai te forcer à les éclaircir.
CALE^JDARO.
J'accepterai ton défi après le succès de notre entreprise , dont une querelle particulière ne doit pas nous détourner.
BERTRAM
Je ne suis pas un querelleur 5 mais je puis montrer autant de courage avec l'ennemi qu'aucun de tous ceux qui m'entendent : ou pourquoi m'aurait -on choisi pour être un de vos principaux conjurés ? mais je n'en conviens pas moins de ma faiblesse naturelle. Je n'ai pas encore appris à méditer un carnape «énéral sans un frisson Involontaire... La vue du sang qui souille des cheveux blanchis par l'âge n'est point pour moi un spectacle de triomphe 5 ni des ennemis tués par surprise, un glorieux trophée... Je sais, je sais trop bien que nous devons frapper ceux dont les actes ont piodvdt de tels vengeurs j mais s'il en était parmi eux quelques ims qu'on prit arracher à cette destinée terrible 5 si nous pouvions pour nous-mêmes, pour notre honnevu', effacer quelques taches du massacre qui va le ternir entièrement... j'en aurais été ravi, et je ne vois là aucun motif de raillerie ou de soupçon.
DAGOLINO
Calme-toi , Bertram , car nous ne te soupçonnons pas: aie bon courage. C'est la cause que nous allons défendre, plutôt que notre volonté , qui nous commandent de telles actions. Nous laverons toutes les taches de sang qui souilleront nos mains dans la source de la liberté!... Salut, Israël. ( Israël Bertiiccio entre avec le Doge déguisé. )
LES CONJURÉS
Sois le bienvenu!... Brave Bevtuccio , tu r'es fait bien attendre... Quel est (;et étranger i'
CALENDARO
II est temps dc le nommer. Informés par moi que tu devais nous donner un frère de plus dans notre cause , nos compagnons sont prêts à lui faii'e un accueil fraternel : ton choix est approuvé de tous ; telle est notre confiance en loi ! Qu'il se découvre.
ISRAEL BERTUCCIO
Etranger , avancez. ( Le Doge se découçre. )
LES CONJURÉS
Aux armes !... Nous sommes trahis!... C'est le Doge!... Immolons et notre perfide chef, et le tyran à qui il nous a vendus.
CALENDARO , tirant son épée.
Arrêtez! arrêtez! celui qui fera un pas vers eux cessera de vivre. Arrêtez... écoutons Bertuccio... Quoi donc ! êtesvous effrayés à la vue d'un homme seul , sans défense et sans armes au milieu de vous ? Israël , parle , explique-nous ce mystère.
ISRAEL BERTUCCIO
Qu'ils avancent , et qu'ils se frappent eux-mêmes au cœur en nous frappant ! Homicides ingrats ! car de notre vie dépendent leur fortune et leiu's espérances.
LE DOGE
Frappez!... Si je craignais la mort... une mort plus terrible que celle que peuvent me donner vos glaives , je ne sesais point ici... O le noble courage enfanté par la peur, qui vous rend seule si biaves contre cette tête en cheveux blancs ! Voilà donc les nobles chefs qui voudraient réformer une république , et renverser des sénats! les voilà confondus de rage et de terreur à la vue d'un patricien ! Egorgez-moi, vous le pouvez , je m'en inquiète peu... Israël , sont-ce là ces cœurs vaillans dont tu me parlais ? regarde-les.
CALENDARO
En vérité, il nous a fait honte, et avec raison. Est-ce là votre confiance pour votre chef Bertuccio ? vous tournez vos épées contre lui et contre son hôte ! remettez-les dans le fourreau , et écoutez-le.