‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 34 sur 277 · I.E DOGE · texte numérisé non relu

I.E DOGE

Vous voyez ici, comme l'a dit un de vous, un vieillard sans armes et sans défense : hier encore vous m'avez vu présider dans le palais ducal , souverain en apparence de plus tie cent îles , revêtu de la pourpre , promulguant les décrets d'un pouvoir qui ne nous appartient pas ni à moi ni à vous, mais à nos maîtres les patriciens. Vous savez ou vous croyez savoir j^ourquoi j'étais dans le palais... pourquoi suis-je ici '^... Celui qui parmi vous a été le plus insidté , ou foulé aux pieds eonmie un ver , celui-là seul peut répondre pour moi en demandant à son propre cœur ce qui l'a conduit ici... Vous connaissez l'histoire de mes derniers affronts ; tous les hommes la connaissent, et en jugent autrement que ceux qui ont rendu une sentence pour accumuler contre moi mépris siumik'- 4. 5

fiR MARINO FALIERO.

pris... épargnez-m'en un récit nouveau... l'outrage est là, clan<« mon cœur; l-e récit de mes inutiles plaintes ne ferait que montrer davantage ma faiblesse, et je viens ici pour donner de la force aux plus forts; je viens les presser d'agir et de ne point frapper à demi. Mais ai-je besoin de vous exciter? nos outrages particuliers viennent des vices de cette... je ne puis l'appeler république ni royaume, des vices de cet Etat, qui n'a ni prince ni peuple; mais qui réunit tous les défauts de l'antique Sparte , sans aucune de ses vertus , la tempérance et la valeur. Les seigneurs de Lacédémone étaient de vrais soldats; les nôtres sont des sibarites, et nous sommes leurs ilotes , dont je fus le plus dépendant et le plus abaissé , quoique paré pour conduire une pompe publique , tel qu'un de ces esclaves que les Grecs enivraient jadis pour les donner en spectacle à leurs enfans. Vous êtes réunis pour renverser cet Etat monstrueux, ce gouvernement dérisoire, ce spectre qu'il faut exorciser avec du sang pour renouveler ensuite les siècles de justice et de vérité... Nous rétablirons ime franche démocratie , non pas une incertaine égalité, mais des droits égaux, proportionnés comme les colonnes d'un temple , qui se prêtent réciproquement leur force , et rendent l'ensemble de l'édifice solide, beau et gracieux, de sorte qu'aucune partie ne peut en être soustraite sans nuire à la symétrie générale. Dans l'œuvre de ce grand changement, je demande à être un de vous... si vous vous fiez à moi... sinon frappez-moi sans plus tarder... ma vie est compromise, et j'aime mieux mourir par les mains d'hommes libres que de vivre un jour de plus pour faire le tyran comme délégué d'un sénat tyrannique; je ne suis point tyran, je n'en ai jamais mérité le nom... Lisez nos annales; je puis en appeler à mon gouvernement antérieur dans plusieurs contrées.... Qu'on vous dise si je fus un oppresseur , ou un homme touché des maux des autres. Peut-être si j'avais été ce que le Sénat cherchait en moi , un homme pompeusement paré pour figurer dans l'Etat comme l'image d'un souverain; si j'avais été le fléau du peuple, im juge prêt à signer toutes les sentences, un partisan du Sénat et des Quarante, n'approu-

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