‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 46 sur 277 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

le délire ! qu'ai-je à redouter ?... Quels sont mes ennemis ?... Ou si j'en ai , pourquoi es-tu ligué avec eux, toi ?... Ou si tu es ligué avec eux , pourquoi viens-tu m'avertir à cette heure et pas plus tôt ?

BERTRAM

C'est à quoi je ne puis répondre... Veux-tu sortir malgré cet avis fidèle?...

riONI.

Je ne suis pas né pour avoir peur d'une vaine menace dont j'ignore la cause. A l'heure du Conseil , je ne serai pas compté parmi les absens.

BERTRAM

Ne parle point ainsi... Pour la dernière fois, es-tu décidé à sortir ?...

LIONI

Oui... Et il n'est rien qui puisse m'en empêcher.

BERTRAM

Que le ciel ait donc pitié de ton âme ! Adieu !

( // se prépare à s'en aller.)

LIONI

Arrête... Quelque chose de plus que ma propre sûreté m'oblige à te rappeler... Nous ne devons pas nous séparer ainsi. Bertram , il y a long-temps que je te connais.

BERTRAM

Depuis mon âge le plus tendre, seigneur, vous avez été mon protecteur. Nous avons joué ensemble aux joiu's de l'enfance insouciante. Alors la noblesse oublie son ranpf, ou plutôt rien encore ne lui en a appris les froides prérogatives. Nous avons souvent mêlé nos jeux , nos sourires , nos larmes. Mon père était le client du vôtre , et moi le frère nourricier de son fils. Des années nous ont vus heureux et tendrement unis ! O Dieu ! quelle différence entre ce temps et le temps présent !

IJOM.

Bertram , c'est toi qui l'as oublié.

HERTRAAr.

Ni aujoiinriuil , ni jamais. Quelque chose qui fni iirrivé ,

j'aurais voulu te sauver. Quand nous fûmes parvenus à l'âge viril , et que ta naissance t'eut dévoué aux soins de l'Etat , Bertram , né dans un rang plus humble , et condamné aux travaux plus liumbles de son rang , Bertram ne fut point abandonné par toi. Si ma fortune n'a pas monté plus haut, ce n'est point la faute de celui qui plusieurs fois vint généreusement à mon secours , et fut mon appui lorsque j'eus à lutter contre le torrent des circonstances qui entraînent l'homme trop faible ; jamais un sang noble ne coula dans un cœur plus noble que le tien ; tu l'as prouvé au pauvre plébéien. Pourquoi tes collègues les sénateurs ne te ressenlblent-ils pas ?

LIONI

Comment , qu'as-tu à dire contre le Sénat i*

BEBTRAM.

Rien.

LIONI

Je sais qu'il est des esprits chagrins et des agitateurs qui murmurent tout bas leurs phrases séditieuses , se tiennent cachés dans des lieux retirés , et ne sortent que la nuit , enveloppés de leurs manteaux pour nous maudire dans l'ombre; ce sont des soldats déserteurs, des mécontens amis du désordre , et des débauchés sans espoir, qui clabaudent dans les tavernes. Toi , Bertram , tu ne fréquentes pas ces genslà... Il est vrai que depuis quelque temps je t'ai perdu de vue ; mais tu étais habitué à une vie sobre , tu ne te liais qu'avec d'honnêtes amis , et ton visage avait toujours un air de gaieté. Que t'est-il airivé ? tçs yeux creux, tes joues pâles et des gestes d'inquiétude , tout annonce que la douleur, la honte et la conscience se disputent ton cœur.

BERTRAM

Que la honte et la douleur tombent sur la tyrannie maudite qui corrompt jvTsqu'à l'air de Venise et fait délirer les liommes , comme la peste trouille par des accès de fureur les dernières heures du moribond !

LIONI

Des traîtres ont essayé de te gagnei- , Bertram ; ce n'est

Page 1