‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 47 sur 277 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

pas là ton ancien langage ni tes propres pensées; quelque misérable t'a communiqué ses mécontcntemens ; mais il ne faut pas que je te laisse égarer ainsi. Tu fus bon et tendre; tu n'es pas fait pour les lâches actions auxquelles la trahison et le vice voudraient te pousser. Avoue-moi tout,... fie-toi à moi,... tu connais mon caractère... qii'avez-vous donc résolu , toi et tes associés , qui doive m'empècher , moi ton ami , le seul fds de l'ami de ton père... Ah ! notre amitié est un héritage que nous sommes tenus de léguer à nos enfans, tel que nous l'avons reçu ou augmenté ;... qu'avez-vous donc résolu, te dis-je , qui puisse te rendre un homme dangereux pour moi, et me faire garder ma maison comme une femme malade ?

BERTRAM

Non, cesse de me questionner, il faut que je sorte...

LIONI

Et moi que je sois égorgé !... Parle , n'est-ce pas ce que tu disais , mon cher Bertram ?

BERTRAM

Qui parle de meurtre!... Qu'ai-je dit qui pût vous faire croire au meurtre?... C'est faux, je n'ai point dit cela.

LIONI

Tu ne l'as point dit ; mais ton œil farouche, que j'ai peine à reconnaître , tant il est changé , a le regard sinistre du meurtrier... Si c'est de ma vie qu'il s'agit, prends-la... je suis sans armes... et pars... je ne voudrais point devoir la vie à la capricieuse pitié d un homme tel que toi et de ceux qui t'ont enrôlé parmi eux.

BERTRAM

Plutôt que de verser ton sang, je risque le mien; plutôt que d'offenser un seul de tes cheveux, je mets en péril mille têtes dont quelques unes sont aussi nobles et plus nobles que la tienne.

LIONI

Oui ; en est-il ainsi ? excuse-moi , Bertram , je ne suis pas digne d'être seul mis à part dans des hécatombes aussi illustres... Qui sont-ils ceux qui sont en danger , et ceux qui nous en menacent?

BERTRAM

Venise et tous ceux qu'elle renferme dans ses murs sont divisés comme les fils d'une même maison , et périront demain au lever du jour.

LIONI

Encore des mystères , et des mystères terribles ! mais maintenant , ou toi , ou moi , ou tous deux peut-être , nous sommes sur le bord de l'abîme... Parle franchement, et tu conserves la vie, et tu acquiers de la gloire ; car il est plus honorable de sauver que d'égorger dans les ténèbres... Fi donc, Bertram ! ce n'est point là une perfidie digne de toi ! Que ferais-tu en voyant porter au bout d'une lance , devant le peuple saisi d'hoiTeur , la tête de celui dont le cœur te fut toujours ouvert? Tel sera mon sort; car je jure ici que de quelque péril que tu me menaces , je sortirai de mon palais, à moins que tu ne m'apprennes la cause et les conséquences de ce qui t'amène ici.

BERTILA.M.

N'est-il donc aucun moyen de te sauver ? Les heures volent et tu es pei'du!... Toi, mon seul bienfaiteur! le seul ami qui me fut fidèle dans toutes les circonstances ! Cependant ne fais pas un traître de moi ! laisse-moi te sauver... mais épargne mon honneur !

LIONI

L'honneur peut-il exister dans une ligue de meurtriers ? Qui sont les véritables traîtres ? ceux qui trahissent l'Etat.

BERTRAM

Une ligue est un contrat qui lie d'autant plus les cœurs sincères , que leurs paroles doivent tenir lieu de loi. Je sens qu'il n'est pas de traître comme celui dont la trahison domestique enfonce le poignard dans le cœur qui se reposait sur sa foi.

LIONI

Et qui enfoncera le poignard dans le mien ?

BERTRAM

Ce ne sera pas moi... J'aurais pu résoudre mon âme à

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