SCENE PREMIERE
y Sa/le du conseil des Dix, avec les sénateurs qu ils se sont adjoints pour composer le tribunal quon appelait la Junte ( Giunta )^ et qui sunt convoqués pour juger Marino Faliero et les autres conjurés accusés de trahison, )
GA.RDES, OFFICIERS, CtC. , CtC.
ISRAEL BERTUCCIO et PHILIPPE CALENDARO, enchaînés ; BERTRAM , LI ONI , témoins , etc. , etc. ; le chef DES DIX, BENINTENDE.
BE>-INTE>DE.
Après la conviction manifeste de leurs attentats multipliés, il ne reste plus qu'à prononcer la sentence de ces hommes endurcis : tâche pénible pour ceux qui interprètent la loi et pour ceux qui les écoutent. Hélas ! pourquoi cette tâche m'était-elle réservée?... Pourquoi faut-il que le temps de ma charge soit souillé , dans les annales des ages à venir, par cette noire trahison , ourdie pour la ruine d'un État libre et juste , connu de toute la terre comme le rempart des chrétiens contre les Sarrasins et le Grec schismatique , le sauvage Hun , et le Franc moins barbare ? C'est pour saper le trône d'une ville qui a ouvert à l'Europe les trésors de l'Inde , le dernier refuge des Romains poursuivis par Attila la reine de l'Océan , la fière rivale de l'orgueilleuse Gênes • c'est contre une telle cité que des honmies perdus ont risqué leur misérable vie... Qu'ils soient donc punis de mort !
ISRAEL lîEUTUCCiO.
Nous sommes prêts , grâces à vos tortures. Qu'on nous fasse périr.
BE?fi:srTE>iDE.
Si vous avez quelque chose à dire qui puisse vous obte-
too MARINO FALIERO.
nir une diminution de peine, la Junte consent à vous entendre... Si vous avez quelque aveu à faire, voici le moment: peut-être en recueillerez-vous le fruit.
ISRAEL BERTUCCIO
Nous sommes ici pour écouter , et non pour parler.
BENINTENDE
Vos crimes sont suffisamment prouvés par vos complices , et toutes les circonstances qui viennent à l'appui de leur témoignage. Cependant nous voudrions entendre de votre bouche l'aveu de votre trahison sur les bords de ce noir abîme qu aucun mortel ne doit repasser ; la vérité seule peut vous être utile sur la terre ou dans le ciel : dites-nous donc quel était votre motif.
ISRAEL BERTUCCIO
La justice.
BENINTENDE
Et votre but ?
La liberté.
ISRAEL BERTUCCIO
BENINTENDE
Vous êtes bref, Israël.
Telle est mon habitude; je fus élevé en soldat, et non en sénateur.
BENINTENDE
Peut-être pensez-vous , par cette brièveté , braver vos juges et retarder la sentence.
ISRAEL BERTUCCIO
Soyez aussi bref que moi , et croyez que je préférerai cette grâce à votre pardon.
BENINTENDE
Est-ce là votre seule réponse au tribunal?
ISRAEL BERTUCCIO
Allez demander à vos chevalets ce qu'ils ont pu arrachei de nous , ou placez-nous-y de nouveau : nous avons encore quelques gouttes de sang ; il reste quelque faible sensibilité