‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 55 sur 277 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

y Sa/le du conseil des Dix, avec les sénateurs qu ils se sont adjoints pour composer le tribunal quon appelait la Junte ( Giunta )^ et qui sunt convoqués pour juger Marino Faliero et les autres conjurés accusés de trahison, )

GA.RDES, OFFICIERS, CtC. , CtC.

ISRAEL BERTUCCIO et PHILIPPE CALENDARO, enchaînés ; BERTRAM , LI ONI , témoins , etc. , etc. ; le chef DES DIX, BENINTENDE.

BE>-INTE>DE.

Après la conviction manifeste de leurs attentats multipliés, il ne reste plus qu'à prononcer la sentence de ces hommes endurcis : tâche pénible pour ceux qui interprètent la loi et pour ceux qui les écoutent. Hélas ! pourquoi cette tâche m'était-elle réservée?... Pourquoi faut-il que le temps de ma charge soit souillé , dans les annales des ages à venir, par cette noire trahison , ourdie pour la ruine d'un État libre et juste , connu de toute la terre comme le rempart des chrétiens contre les Sarrasins et le Grec schismatique , le sauvage Hun , et le Franc moins barbare ? C'est pour saper le trône d'une ville qui a ouvert à l'Europe les trésors de l'Inde , le dernier refuge des Romains poursuivis par Attila la reine de l'Océan , la fière rivale de l'orgueilleuse Gênes • c'est contre une telle cité que des honmies perdus ont risqué leur misérable vie... Qu'ils soient donc punis de mort !

ISRAEL lîEUTUCCiO.

Nous sommes prêts , grâces à vos tortures. Qu'on nous fasse périr.

BE?fi:srTE>iDE.

Si vous avez quelque chose à dire qui puisse vous obte-

too MARINO FALIERO.

nir une diminution de peine, la Junte consent à vous entendre... Si vous avez quelque aveu à faire, voici le moment: peut-être en recueillerez-vous le fruit.

ISRAEL BERTUCCIO

Nous sommes ici pour écouter , et non pour parler.

BENINTENDE

Vos crimes sont suffisamment prouvés par vos complices , et toutes les circonstances qui viennent à l'appui de leur témoignage. Cependant nous voudrions entendre de votre bouche l'aveu de votre trahison sur les bords de ce noir abîme qu aucun mortel ne doit repasser ; la vérité seule peut vous être utile sur la terre ou dans le ciel : dites-nous donc quel était votre motif.

ISRAEL BERTUCCIO

La justice.

BENINTENDE

Et votre but ?

La liberté.

ISRAEL BERTUCCIO

BENINTENDE

Vous êtes bref, Israël.

Telle est mon habitude; je fus élevé en soldat, et non en sénateur.

BENINTENDE

Peut-être pensez-vous , par cette brièveté , braver vos juges et retarder la sentence.

ISRAEL BERTUCCIO

Soyez aussi bref que moi , et croyez que je préférerai cette grâce à votre pardon.

BENINTENDE

Est-ce là votre seule réponse au tribunal?

ISRAEL BERTUCCIO

Allez demander à vos chevalets ce qu'ils ont pu arrachei de nous , ou placez-nous-y de nouveau : nous avons encore quelques gouttes de sang ; il reste quelque faible sensibilité

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