‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 67 sur 277 · ACTE CINQUIEME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIEME

mort, niais une autre mort que celle qui convient à un vieillard... » Il dit, et poursuivit sa marche... L'heure est venue.

ANGIOLINA

Ne pouviez-vous pas, après cet avis, chercher à eloigner le moment fatal , et réparer votre faute par le repentir ?

I,E DOGE

J'avoue que ces paroles pénétrèrent mon cœur si vivement que je me les rappelais au milieu du tumulte de la vie connue si elles m'étaient répétées par la voix d'un spectre dans un songe surnaturel. Je me repentis , mais je ne sus point prendre une résolution déterminée ; je ne pouvais empêcher ce qui devait être , et je n'aurais pas voulu en avoir peur... Bien plus , tu n'as pas oublié ce dont chacun se souvient, que le jour où je débarquai ici comme doge, à mon retour de Rome , un nuage d'une épaisseur inusitée précéda le Bucentaure comme la colonne de vapeur qui guida Israël hors de l'Egypte ; le pilote s'égara , et , au lieu de toucher à la rive délia Paglia , il nous fit aborder entre les piliers de Saint-Marc, où, selon un antique usage, on met à mort les criminels d'Etat... Tous les citoyens de Venise frissonnèrent à ce présage.

Ah ! que sert-il de rappeler maintenant de telles choses ?

LE DOGE

Je trouve une sorte de consolation à penser que tout ce qui m'arrive est l'œuvre du destin; car j'aimerais mieux céder à des dieux qu'à des hommes ; j aimerais mieux me réfugier dans la fatalité que de croire que ces patriciens soient autre chose que les aveugles instrumens d'un pouvoir tout-puissant. Eux qui pour la plupart sont aussi méprisables que la poussière... par eux-mêmes pourraient-ils vaincre celui qui a si souvent vaincu pour eux ?

ANGIOLINA

Employez les minutes (|ui vous restent à des pensées plus consolantes , et soyez en paix avec ces misérables pour prendre votre essor vers le ciel.

du manteau ducal, tuseras conduit au palier de l'escalier du Géant, où nos princes sont investis de leur dignité; et là, après avoir été dépouillé de la couronne ducale au lieu où elle te fut donnée jadis, tu auras la tête tranchée... Que le ciel ait pitié de ton âme !

LE DOGE

Est-ce la sentence de la Junte ?

BENINTENDE

Oui.

LE DOGE

Je l'accepte... Et quand sera-t-elle exécutée ?

BEMNTE>'DE.

Sans aucun délai... Fais ta paix avec Dieu; dans une heure tu seras en sa présence.

J'y suis déjà; et mon sang montera vers son trône avant les âmes de ceux qui l'auront répandu... Toutes mes terres sont-elles confisquées?

BENINTENDE

Oui... ainsi que tes trésors et tes joyaux , excepté deux mille ducats dont tu peux disposer.

LE DOGE

Cette clause est dure... J'aurais voulu réserver mes terres près de Trévise , dont je fus investi par Laurence, comteévêque de Ceneda, comme d'un fief perpétuel transmissible à mes héritiers. J'aurais voulu, dis-je, les partager entre mon épouse et mes parens, et j'aurais fait à Venise l'abandon de mes palais et de mes trésors.

BENINTENDE

Tes parens sont sous l'interdiction de l'Etat ; leur chef , ton neveu, risque de perdre la vie; mais pour le moment le Conseil diffère son procès. Si tu veux faire une donation à ta veuve, ne crains rien, nous lui rendrons justice,

ANGIOLINA

Seigneurs , je ne partage point ses dépouilles avec vous. Sachez que dès ce jour j'appartiens à Dieu seul, et je vais chercher un refuge dans le cloître.

Page 1