ACTE CINQUIÈME
LE DOGE
Allons ! cette heure qui nie reste peut être pénible , mais elle linira... Ai-je encore quelque chose à souffrir avant la mort?
BENINTENDE
Vous n'avez plus qu'à vous confesser et à mourir. Le prêtre est revêtu de ses habits sacerdotaux , la hache est nue , l'un et l'autre vous attendent... Mais surtout ne songez pas à haranguer le peuple ; il accourt en foule aux portes , mais elles sont fermées. Les Dix , les Avogadori , la Junte , et les chefs des Quarante seront seuls spectateurs de votre mort, et ils sont prêts à escorter le Doge.
LE DOGE
Le Doge ?
BENINTENDE
Oui , Faliero , le Doge ; tu as vécu et tu mourras souverain; jusqu'au moment qui précédera le coup de la hache , ta tête et ta couronne ducale resteront unis. Tu as oublié ta dignité en daignant conspirer avec des traîtres vulgaires; nous ne voulons pas l'oublier, nous qui reconnaissons le prince , même en le punissant. Tes vils complices ont péri de la mort des dogues et des loups ; mais toi , tu succomberas comme succombe le lion au milieu des chasseurs assez fiers pour le plaindre et pour gémir sur sa mort inévitable qu'a provoquée sa fureur sauvage et royale. Nous te laissons maintenant le loisir de te préparer. Hàte-toi , car bientôt nous viendrons nous-mêmes te conduire au lieu où nous te fûmes naguère unis comme tes sujets et ton sénat... et où nous te dirons adieu sans cesser de l'être... Gardes, escortez le Doge jusqu'à son appartement. ( Ils sortent.)