ACTE PREMIER
SAT,EMÈ\ES.
Quelle est rintention du roi ?
SARDANAPALE
D'honorer votre nouveau dieu et votre conquérant... Du vin , dis-je. ( Uéchanson entremette roi continue en s adressant à lui. ) Apporte-moi la coupe d'or incrustée de pierreries (pii porte le nom de coupe de Nemrod ; cours , va la remplir , et reviens promptement. ( Uéchanson sort. )
salemènes.
Est-ce le moment de recommencer des libations qui n'ont pas encore été suivies du sommeil ?
( Uéchanson rentre ai>ec du vin. ) SARDANAPALE prend la coupe.
Noble frère , si ces Grecs barbares , habitans des lointains rivages qui bornent nos royaumes , ne mentent pas , ce Bacchus conquit toute l'Inde.
Oui , et ses conquêtes lui valurent de passer pour dieu.
SARDANAPALE
Tu te trompes... de toutes ses victoires , quelques colonnes, qui pourraient m' appartenir si je les croyais dignes d'être achetées et transportées, sont tout ce qui reste des flots de sang qu'il versa, des royaumes qu'il mit au pillage, et des larmes qu'il fit répandre. Mais voici , voici dans cette coupe, son vrai titre à l'immortalité... la grappe immortelle dont il fut le premier à exprimer l'àme , et dont il voulut que l'homme réjouît la sienne en expiation des maux causés par ses victoires ; si ce n'eût été cela , il aurait encore le nom d'un mortel comme il en a le tombeau... semblable à mon aïeule Séniiramis , ce serait une espèce de monstre humain à demi glorieux; voici ce qui l'a déifié... Souffre que ce suc t'humanise, mon frère ; censeur farouche, bois avec moi au dieu des Grecs.
SALEMÈNES
Pour tous tes royaumes, je ne vou(hais pas blasphémer ainsi contre la croyance de ma patrie.
|;,fi SARDANAPALE.
SARDANAPALE
C'est-à-dire que tu le crois un dieu , parce qu'il répandil le sang par torrens ; et que tu cesses de le croire dieu, parce qu'il exprima d'iui fruit ce suc enchanteur qui bannit la tristesse du ccevu-, ranime l'âge avancé, inspire la jeunesse, fait oublier ses travaux à la lassitude, à la crainte ses dangers, et nous ouvre un nouveau monde quand celui-ci nous ennuie. Eh bien ! je bois à toi et à /«;', comme à un homme qui fit tout pour surprendre en bien et en mal l'espèce humaine. ( // boit. ) salemènes.
Veux-tu déjà recommencer une orgie ?
SARDANAPALE
Et quand je le ferais, ne serait-elle pas préférable à lui trophée, puisqu'elle ne coûterait pas une larme? Mais ce n'est pas mon dessein; tu ne veux point vider la coupe? eh bien! continue. ( A V échanson. ) Retire-toi.
( U écJicuisQii se retire. )
SALEMÈNES
Je voudrais te tirer de ton rêve ; j aimerais mieux te voii réveillé par moi que par la lébellion.
SARDANAPALE
Qui se révolterait? pourquoi? quelle cause? quel prétexte ? Je suis roi légitime , descendu d'une race de princes qui ne connurent point de prédécesseurs. Que t'ai-je fait, à toi ou aux peuples, pour que tu m'outrages, ou pour qu ils se lèvent contre moi ?
SALEMÈNES
Je ne parle pas de ce que tu m'as fait.
SARDANAPALE
Mais tu penses que j'ai été injuste envers la reine... ii estce pas ?
SALEMÈNES
Je pense... oui, tu as été injuste.
SARDANAPALE
Patience, prince, écoute-moi. Elle a tout le pouvoir et