ACTE PREMIER. 15î
cela. Les vers sont dos ilioux, du moins ils se sont nourris de nos dieux , et ne sont morts que quand ce mets leur a manqué. Va, ces dieux ne furent que des hommes, regarde leur descendant... Je sens en moi mille choses mortelles, et rien de divin , si ce n'est peut-être ce que tu condanu)es en moi, une disposition à aimer, à être clément, à excuser les folies de mes sendjlables , et ( ceci est le propre de la nature humaine ) à être indulgent pour les miennes.
SAI.EMÈNES.
Hélas! le sort de Ninive est arrêté... Malheur!... malheur à la cité sans rivale!
sardanapale.
Que crains-tu ?
SALEMÈNES
Tu es gardé par tes ennemis... dans quelques heures peut éclater la tempête qui te frappera , toi, les tiens et les miens, et il ne faudra qu'un jour pour que la race de Bélus n'existe plus.
SARDANAPALE
Qu'avons-nous à redouter ?
SALEMÈNES
Une trahison ambitieuse qui t'a environné de pièges; mais il est encore une ressource: confie -moi ton sceau pour étouffer tous les complots , et je mets à tes pieds les têtes de tes principaux ennemis.
Les têtes! et combien?
SALEMÈNES
Le nombre doit- il m'arrêter quand le danger menace la tienne ? Laisse-moi faire... donne-moi ton sceau et reposetoi du reste sur moi.
SARDANAPALE
Je ne me fierai à aucun homme pour trancher un nombre illimité de vies : quand nous otons la vie aux mortels , nous ne savons pas ce qui leur est ravi, ni ce que nous leur donnons.
UiO SARDANAPALE.
SALEMÈNES
Ne voucliais-tu pas oter la vie à ceux qui en veulent à la tienne ;'
SARDANAPALE
C'est une question difficile... Cependant je réponds oui. N'y a-t-il pas d'autre moyen ? Qui sont ceux que tu soupçonnes ? — fais-les arrêter.
SALEMÈNES
Je te prie de ne pas me le demander... lui moment suffirait pour faire connaître ma réponse à la bande de tes courtisans, et bientôt elle parcourrait le palais, la ville même. Pour tout déjouer... fie-toi à moi.
SARDANAPALE
Tu sais que je m'y suis toujours fié, prends le sceau.
( // //// remet le sceau. )
J'ai encore une prière à te faire.
SARDANAPALE
Laquelle '^
SALEMÈNES
Ne va pas cette nuit au banquet dans le pavillon sur l'Euphrate.
SARDANAPALE
Ne pas aller au banquet! non • j'irai malgré tous les conspirateurs qui ont jamais ébranlé un royaume. Qu'ils viennent et n'épargnent rien , ils ne me feront ni pâlir , ni me lever plus tôt, ni laisser la coupe , ni me couronner d'une rose de moins , ni perdre enfin une seule heure de plaisir... je ne les crains pas.
SALEMÈNES
Mais tu t'armerais... si cela était nécessaire.
SARDANAPALE
Peut-être. J'ai une si belle armure , une épée si bien trempée , un arc et une javeline dignes de Nemrod... ces armes sont un peu pesantes , mais on peut encore les porter ; et , maintenant qiiej'y pense, il y a long-temps que je ne m'en