‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 90 sur 277 · ACTE PREMIER. 16i · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER. 16i

suis servi , même pour la chasse : les as-tu jamais vues , mon frère ?

SALEMÈNES

Est-ce le temps de plaisanter ainsi?... S'il le faut, les porteras - tu ?

SAllDANAPALE.

Tu me le demandes ? Oh ! s'il le faut , si ces téméraires esclaves veulent être ainsi gouvernés , je me servirai de l'épée jusqu'à ce qu'ils désirent de la voir changer en fuseau.

SALEMÈXES.

Ils disent que ton sceptre est déjà devenu tel.

SARDANAPALE

C'est faux ! mais qu'ils le disent. Les anciens Grecs , dont nous entretiennent souvent les chants de nos captifs , racontaient la même chose du plus grand de leurs héros, Hercule, parce qu'il aimait une reine indienne: tu vois que la populace de toutes les nations saisit toute calomnie capable de rabaisser les souverains.

salemènes.

On ne parlait pas ainsi de ton père.

SARDANAPALE

Non: les peuples le craignaient trop ; ils étaient continuellement dans les travaux et dans les combats , et ne changeaient jamais leurs chaînes que contre des armes 5 maintenant ils ont avec la paix et l'absence de toute peine la liberté de se réjouir et d'injurier leur roi. Je m'en offense peu. Je ne donnerais pas le sourire d'une jeune beauté pour tous les suffrages populaires qui ont tiré jamais un nom du néant. Que sont donc les langues empoisonnées de ce vil troupeau, que trop de nourriture rend insolent, pour que je doive ambitionner leurs bruyantes louanges , ou craindre leurs étourdissantes clameurs ?

salemènes.

Vous avez dit qu'ils étaient hommes , comme tels leurs cœurs sont quelque chose.

SARDANAPALE

Les cœurs de mes chiens aussi , et meilleurs encore, puis-

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qu'ils sont plus fidèles... Mais poursuivons... tu as mon sceau... puisqu'ils se font rebelles , qu'ils soient réduits, mais sans rigueur , à mo'us que la nécessité n'y force. Je hais toute douleur, quelle que soit la victime ; le dernier des sujets et le plus superbe des monarques en ont assez en eux pour ne pas ajouter au fardeau naturel de leur mutuelle misère... comme mortels , ils devraient plutôt diminuer , par de tendres soulagemens réciproques , les fatales nécessités imposées à la vie; mais c'est ce qu'ils ne savent pas ou ce qu'ils ne veulent pas savoir. Par Baal ! j'ai fait tout ce que je pouvais pour adoucir leur destinée; je n'ai point déclaré de guerre, je n'ai point levé de nouveaux impots, je ne me suis point mêlé de leurs affaires privées... et je leur ai laissé passer leurs jours à leur gré , en disposant des miens d'après mon goût. salemÈnes.

Tu t'affranchis des devoirs d'un roi , voilà pourquoi ils disent que tu es incapable d'être un monarque.

SARDANAPALE

Ils mentent... Malheureusement je ne suis capable que d'être sur un trône , sans cela le dernier des Mèdes pourrait s'y asseoir à ma place.

SALEMÈNES

Il est du moins un Mède qui y prétend.

SARDANAPALE

Que veux-tu dire.''... C'est ton secret... tu désires peu de questions , et je ne suis pas curieux. Fais tout ce que tu jugeras convenable, et, puisque la nécessité l'exige, je t'approuverai et te soutiendrai. Jamais homme ne souhaita plus que moi de gouverner en paix des sujets paisibles... s'ils me réveillent... ils auraient mieux fait d'évoquer de ses cendres le farouche Nemrod , « le puissant chasseur. » Je ferai de cet empire un vaste désert pour des animaux féroces qui étaient hommes malgré leur choix. Ils calomnient ce que j'ai été jusqu'à présent... ce que je saurai être défiera leur désir de me représenter sous des traits plus odieux... et qu'ils en rendent grâce à eux-mêmes.

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