‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 9 sur 277 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

toque , que vous avez rejetée ; gartlez-la jusqu'à ce que vous la changiez pour une couronne. Je prends congé de vous, en vous suppliant de compter sur mon dévouement, comme votre parent fidèle et votre sujet non moins loyal.

{Bertuccio Faliero sort.)

LE DOGE

Adieu, mon fidèle neveu {Il prend la toque ducale.)

Vain jouet , tu es entouré de toutes les épines d'une couronne sans parer le front outragé que tu couvres, de la toute-puissante majesté des rois : oinement inutile et dégradé , je te reprends comme je prendrais un masque. (//

place la toque sur sa tête.) Que tu pèses doidoureusement

sur mon front ! Mes tempes battent avec le mouvement de la fièvre sous ton poids honteux. Ne pourrais-je te changer en diadème ? ne pourrais-je briser le sceptre multiplié qui arme du pouvoir ce sénat aux cent bras , réduit le peuple à rien , et fait du prince un roi de théâtre ? J'ai achevé dans ma vie des entreprises non moins difficiles , et pour qui ? pour ceux qui me récompensent ainsi. Ne puis-je m'acquitter envers eux "^ Je ne voudrais qu'une année , un seul jour de ma bouillante jeunesse , alors que ces membres affaiblis obéissaient à mon àme comme le généreux co'jrsier à son maître : je n'aurais demandé que l'aide de quelques bras pour fondre sur ces patriciens gonflés d'orgueil , et les renverser ; aujourd'hui il me faut chercher d'autres auxiliaires pour secourir cette tête blanchie par 1 âge. Ah ! du moins elle concertera ses plans de manière à ne point laisser la tâche au-dessus des forces humaines , quoique mes projets ne soient encore qu'un chaos de sombres pensées dont le germe n'est pas développé. Mon imagination est à son premier travail , et approche peu à peu de la lumière les images confuses , afin que le j'ugement plus calme fasse son choix... Les troupes sont peu nombreuses dans...

{Kîncenzo entre.)

VINCENZO

Un homme demande audience à votre Altesse.

LE DOGE

Je suis malade Je ne puis voir personne, même un

patricien Qu'il aille porter son affaire au conseil.

VINCENZO

Seigneur , je vais lui rendre votre réponse. 11 ne s'agit sans doute de rien d'important Cet homme est un plébéien , le patron d'une galère , je crois.

LE DOGE

Comment ? n'avez- vous pas dit le patron d'une galère.^... je veux dire un serviteur de l'Etat; introduisez-le, il vient peut-être poui- les affaires publiques. {Vïncenzo s^en va.) LE DOGE seul.

Ce pati'on peut être sondé ; je veux le questionner. Je sais que le peuple est mécontent ; il a des motifs de l'être depuis la malheureuse journée de Sapienza , où Gênes fut victorieuse : il en a plus sujet encore depuis qu'il n'est rien dans l'Etat , moins que rien dans la cité , ou simple instrument condamné à servir les nobles plaisirs des patriciens. La paie des troupes est arriérée. Les soldats , amusés par de

vaines promesses, murmurent avec aigreur un espoir de

changement les entraînera loin Ils se paieront avec le pillage Mais les prêtres ?.... Je crains que le clergé ne soit

pas pour nous ; il me hait depuis ce jour d'audace où , impatienté des lenteurs de l'évêque de Trévise, je le frappai pour hâter sa marche ^. Toutefois, on peut le gagner, ou, du moins , le pontife de Rome peut l'être par d'adroites concessions ; mais, avant tout, je dois agir avec célérité; je suis au soir de ma vie. Si je délivrais Venise et vengeais mes outrages, j'aurais vécu trop long-temps, et j'irais volontiers reposer l'instant d'après avec mes pères. Si je ne puis contenter ce vœu , je préférerais que soixante années de ma vie octogénaire fussent déjà où elles doivent aller

toutes se perdre.... Peu m'importe si ce sera bientôt

Plût au ciel que je n'eusse jamais vécu, plutôt que d'être ce que mes tyrans voudraient faire de moi.... Consultons-nous.

Trois mille honmies de troupes sont postés à

{Vincenzo entre et introduit Israël Bertuccio.)

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