‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 91 sur 277 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

SALEMÈl^ES.

Eiilin tu j)('u\ sentir!*

SARDANAHALE.

Sentir ! qui ne sent pas l'ingratitude ?

SAI.EMÈNES.

Je ne m arrêterai pas plus long-temps , afin de te répondre j)ar des actions. Toi , entretiens cette énergie qui parfois sommeille, mais qui n'a pas cessé d'exister en toi; et tu pourras encore être un monarque aussi glorieux que puissant. Adieu. ( // sort. )

SARDAN APALE , Seul .

Adieu. Il est parti, et il porte à sa main la bague qui me sert de sceau et qui est un sceptre pour lui. Il est sévère autant que je suis irréfléchi; et les esclaves méritent de connaître un maître. Quel peut être le danger ? c'est ce que j'ignore... c'est lui qui l'a trouvé, c'est à lui de le repousser. Irais-je consumer ma vie... cette courte vie... à combattre contre tout ce qui peut l'abréger ? Elle ne vaut pas tant de peine... ce serait mourir avant l'heure que de vivre dans la crainte de la mort, occupé à épier la rébellion , soupçonnant tous ceux qui m'entourent parce qu'ils sont près de moi, et tous ceux qui sont loin à cause de leur éloignement ; mais s'il le faut... s'il est inévitable qu'ils m'exilent de la terre et du trône, eh bien ! que sont la terre et le trône de la terre.'' J'ai aimé, j'ai vécu , et j'ai multiplié mon image ; mourir n'est pas moins naturel que... ces actes de l'existence matérielle ; il est vrai que je n'ai pas , comme je l'aurais pu , versé le sang par torrens jusqu'à ce que mon nom devînt le synonyme de la mort , un épouvantail et un trophée ; mais je n'en sens aucun regret: ma vie, c'est l'amour. Pour faire verser le sang, il faut que j'y sois forcé. Jusques à présent aucune goutte de sang assyrien n'a coulé à cause de moi , et la moindre partie des vastes richesses de Ninive n'a pas été prodiguée à des objets capables de coûter une larme à ses fils. S'ils me haïssent donc , c est parce que je ne hais pas ; s'ils se révoltent, c'est parce que je n'opprime pas! Mortels ,il fans

10 i SARD AN AP ALE.

vous gouverner avec des faux et non avec des sceptres , et vous moissonner comme les épis mûrs j sinon tout ce que nous récoltons est une abondance nuisible et une moisson corrompue de mécontens qui , infectant le plus beau sol , en font un désert de fertilité!... N'y pensons plus... Holà! quelqu'un. ( Un esclave. )

SARDANAPALE

Esclave, dis à l'Ionienne Myrrha que nous désirons sa présence.

l'esclave.

Roi , la voici. (Myrrha entre. )

sardanapale, à Veschwe.

Sors. ( A Myrrha. ) Aimable beauté , tu devines presque mon cœur ; il palpitait pour toi, et tu viens! laisse-moi croire que quelque influence inconnue , quelque tendre oracle nous fait communiquer ensemble, quoique invisible dans l'absence, et nous attire l'un à l'autre.

MYRRHA

C'est ce qui existe.

SARDANAPALE

Je le sais, mais j'ignore sous quel nom, dis-le-moi.

MYRRHA

Dans ma terre natale c'est un dieu; et dans mon cœur c'est un sentiment exalté , comme celui d'un dieu: cependant, je l'avoue, ce n'est que celui d'vme simple mortelle; humble, et cependant heureuse... c'est-à-dire aspirant au bonheur, mais... ( Myrrha s'interrompt. )

Cette hésitation m'afflige. Il s'élève toujours quelque chose entre nous et ce qui semble le bonheur : laisse-moi écarter la barrière qui s'oppose au tien , et le mien sera complet.

MYRRHA

Mon seigneur,

sardanapale.

Monseigneur!... monroi.... sire... souverain, voilà comme on s'adresse à moi avec respect: je ne puis jamais voir un

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