ACTE PREMIER
somiii;, si ce n'est dans l'ivresse d'un grand banquet, quand les bouffons ont vidé assez de coupes pour se rendre mes égaux , ou quand j'ai moi-même assez fait de libations pour descendre jusqu'à leur abaissement. Myrrha , je puis écouter tous ces noms, seigneur.... roi... sire... monarque... bien plus , il fut un temps où je les entendais avec plaisir , ou du moins avec patience... dans la bouche des esclaves et des grands: mais quand ces mots sortent des lèvres que j'aime, des lèvres que j'ai pressées contre les miennes , un frisson saisit mon cœur j c'est en moi l'amer dégoût d'un rang qui repousse la sympathie dans ceux qui m'en inspirent le plus : voilà ce qui me fait désirer de pouvoir déposer la tiare pour partager une chaumière avec toi sur le Caucase, où je ne porterais plus que des couronnes de fleurs.
MYRRHA
Ah ! si cela était possible !
SARD ANAP ALE.
Tu sens donc la même chose ?... Pourquoi?
Tu saurais alors ce que tu ne peux savoir jamais.
SARDANAPALE
Et c'est...
MYRRHA
Le véritable prix d'un cœur, ou du moins de celui d'une fenmie.
sardanÂpale.
J'en ai éprouvé mille, et puis mille encore.
MYRRHA
Des cœurs ?
Je le pense ainsi.
SARDANAPALE
MYRRHA
Jamais un seul... Un temps peut venir où tu pourras faire cette épreuve.
SARDANAPALE
Ce temps viendra. Ecoute , Myrrha : Salemènes a déclaré...
166 SARDANAPALE
comment I'a-t-il deviné? Bélus, qui fonda ce grand empire, le sait mieux que moi... mais Salemènes a déclaré mon trône en péril.
MYRRHA
Il a bien fait.
Et c'est toi qui le dis ?... toi qu'il a traitée tout à l'heure si durement , toi qu'il a osé bannir de notre présence avec ses barbares sarcasmes , toi qu'il a fait pleurer et rougir ?
MYRRHA
Je devrais rougir et pleurer plus souvent, et je le remercie de m'avoir rappelée à mon devoir; mais tu parlais de péril... d'un péril qui te regarde?
SARDANAPALE
Oui: il s'agit de pièges et de noirs complots d'un Mède... de soldats et de peuples mécontens... je ne sais de quel labyrinthe inextricable de menaces et de mystères... Tu connais Salemènes... c'est là sa manière accoutumée, ni<iis il est vertueux. Viens , ne pensons plus... qu'à la fête de cette nuit.
MYRRHA
Il est temps de penser à autre chose qu'à des fêtes : tu n'as pas dédaigné de sages avis ?
SARDANAPALE
Quoi !... as-tu peur?
MYRRHA
Peur ?... je suis Grecque, comment redouterais-jela mort.f^... Je suis esclave , pourquoi redouterais-je ma liberté ?
SARDANAPALE
Alors pourquoi as-tu pâli ?
MYRRHA
J'aime.
Et moi , je n'aime donc pas ? oui , je taime... bien plus que la courte vie ou le vaste empire qui sont peut-être menacés... cependant je ne tremble pas.