‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 93 sur 277 · ACTE PREMIER. Ki · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER. Ki

MYRRHA

Parce que tu n aimes ni toi-même ni moi: car celui qui en aime un autre s'aime lui-même pour l amour de cet autre. C'est trop d'imprudence , on ne doit point perdre ainsi la vie et des royaumes.

SARDANAPALE

Perdre ?... Eh ! quel est donc le chef ambitieux (jui oserait tenter de me les ravir .•'

MYRRHA

Qui oserait le tenter ?... quand celui qui gouverne s'oublie , se souvient-on de lui ? Ne me regarde pas en fronçant le sourcil j tu m'as souri trop souvent pour ne pas rendre ces regards de courroux plus amers pour moi qu'aucun des châtimens dont ils pourraient être le présage... Roi, je suis ta sujette... maître, je suis ton esclave... homme, je t'ai aimé... aimé par je ne sais quelle fatale faiblesse, quoique Grecque et née ennemie des rois... esclave et abhorrant les fers... Ionienne, et par conséquent ne pouvant aimer un étranger sans être plus dégradée par un tel amour que par les chaînes... Eh bien! je t'ai aimé : si cet amour a été assez fort pour dompter une première nature , ne peut-il pas réclamer le privilège de te sauver ?

SARDANAPALE

Me sauver^ Myrrha ! Tues belle... et ce que je te demande c'est l'amour... et non ma sûreté.

3IYRRHA .

Quelle sécurité y a-t-il sans amour i'

Je parle de l'amour de la femme.

MYRRHA

Le premier aliment de la vie prend sa source dans le sein de la femme ; vos premières paroles vous sont apprises par ses lèvres; vos premières larmes sont essuyées par elle; et votre dernier soupir est trop souvent reçu par une femme , lorsque déjà les hommes ont reculé devant l'ignoble soin d'assister dans sa deinière heure celui qui fut leur chef.

168 SAllDANAPALE.

SA.RDAN APALE.

Mon éloquente Ionienne , tes paroles sont plus harmonieuses (jue les chœurs de ces chants tragiques dont je t'ai entendu parler comme du passe - temps favori de la terre lointaine de tes pères... Oh ! ne pleure pas... calme-toi.

MYRBHA.

Je ne pleure pas : — mais , je t'en prie , ne parle pas de mes pères ni de ma patrie.

SARDANAPALE

Cependant tu en parles souvent.

MYRRHA

Il est vrai... une pensée constante se trahira malgré elle en parlant : mais quand un autre parle de la Grèce , cela me déchire le cœur.

SARDANAPALE

Eh bien ! comment voudrais-tu me saui^erP

MYRRHA

En t'apprenant à te sauver toi-même... non pas seul, mais avec ces vastes royaumes , de la rage de la plus terrible des guerres... celle des frères entre eux.

SARDANAPALE

O ma bien-aimée ! je déteste toute sorte de guerre et les guerriers... je vis en paix et pour le plaisir... qu'est-ce qu'un homme peut faire de plus ?

MYRRHA

Hélas ! seigneur , pour les peuples il est trop souvent besoin d'un appareil de guerre afin de maintenir la paix , et pour un roi il est quelquefois plus heureux d'être craint qu'aimé.

SARDANAPALE

Je n'ai jamais désiré que d'être aimé.

MYRRHA

Et maintenant tu n'es ni aimé ni craint.

SARDANAPALE

Est-ce bien toi qui le dis , Myrrha ?

MYRRHA

Je parle de lamour populaire , de cet amour qui prouve

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