‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 94 sur 277 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

que les hommes sont tenus en respect par les lois sans être opprimés... ou du moins il taut quils ne le pensent pas, ou, s'ils se l'imaginent, qu'ils le croient nécessaire pour éviter une oppression pire encore que celle de leurs propres passions. Un roi de festins, de fleurs, de vin, de débauches , d'amour et de folâtres jeux, ne fut jamais un roi de gloire.

SARDANAPALE

La gloire ! qu'est-ce que la gloire ?

Demande-le aux dieux tes ancêtres.

SARDANAPALE

Ils ne peuvent répondre ; quand les prêtres parlent en leur nom , c'est pour demander de nouveaux tributs destinés à leur temple.

, 3IYRRHA.

Consulte les annales des fondateurs de ton empire.

SARDANAPALE

Elles sont effacées par tant de sang , que je ne puis. . . Mais que voudrais-tu? L'empire a été fondé, je ne puis continuer de multiplier des empires.

MYRRHA

Conserve le tien.

SARDANAPALE

Du moins j'en jouirai. Viens, Myrrha, rendons -nous à l'Euphrate, l'heure nous y invite, la galère est prête; le pavillon décoré pour notre retour resplendira de tant de lumières qu'il semblera aux astres qui seront sur nos têtes un astre rival ; et nous nous couronnerons de fleurs nouvelles , comme...

MYRRHA

Des victimes.

SARDANAPALE

Non , comme des souverains ; tels que les rois pasteurs du temps patriarcal, qui ne connaissaient pas de plusbrillans diadèmes que les guirlandes de l'été , et dont aucune victoire ne coûtait des larmes... Allons. [Pania entre. )

i70 SARDANAPALE.

PANIA

Vive à jamais le roi !

SARDANAPALE

Pas une heure au - delà de celle où il cessera d'aimer. Comme mon âme hait ce langage qui fait de la vie elle-même un mensonge en flattant la poussière d'une promesse d'éternité ! Parle , Pania , et en peu de mots.

PANIA

Je suis chargé par Salemènes de réitérer la prière qu'il a faite au roi de ne point quitter son palais, pour aujourd'hui au moins : quand le général reviendra , il justifiera sa hardiesse et obtiendra peut-être le pardon de sa présomption.

SARDANAPALE

Quoi donc! suis-je enfermé ? Suis-je déjà captif? ne puis-je moi-même respirer l'air du ciel? Dis au prince Salemènes que, quand toute l'Assyrie révoltée pousseiait des cris de fureur autour de ces remparts , je sortirais...

PANIA

Je dois obéir , cependant.

MYRRHA

O monarque ! écoute... combien de jours et de nuits tu es resté pompeusement paré dans ce palais sans te montrer aux regards de ton peuple , privant tes sujets du plaisir de ta présence ; laissant les satrapes impunis , les dieux sans culte; partout enfin une telle anarchie causée par ton indolence, que tout dormait dans ton royaume excepté le mal ! et maintenant ne peux-tu rester dans cette enceinte un jour de plus , un jour qui peut te sauver?... refuseras-tu au petit nombre de ceux qui te sont fidèles quelques heures encore pour eux, pour toi, pour la race de tes ancêtres, pour l'héritage de tes fils ?

PANIA

C'est la vérité. D'après la hâte avec laquelle le prince m'a envoyé auprès de votre personne sacrée , j'oserai ajouter ma faible voix à <elle qui vient de parler.

SARDANAPALE

Non , cela ne sera pas.

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