ACTE PREMIER
SARDANAPALE
Soupçonner!... c'est un métier d'espion. Oh! nous percions dix mille momens précieux en vains discours, en craintes plus vaines encore... Allons! esclaves, décorez la salle de Nennod pour le bancpiet de cette nuit. Si je dois faire une prison de mon palais, du moins nous porterons joyeusement nos l'ers. Si l'Euphrate nous est défendu ainsi que le pavillon d'été construit sur ses bords rians, ici du moins on ne nous menace pas encoie. Eh! quelqu'un là-dedans!
(Sardanapale sort.) MYRRHA , seule.
Pourquoi aimé-je cet homme? Les fdles de ma patrie n'aiment que des héros. Mais je n'ai point de patrie! l'esclave a tout perdu , excepté ses liens. Je l'aime ; et c'est l'anneau le plus pesant d'une chaîne... d'aimer celui qu'on n'estime pas. Eh bien! soit. L'heure approche où il aura besoin d'être aimé de beaucoup de cœurs , et il n'en trouvera point. L'abandonner maintenant serait plus lâche qu'il n'eût été noble aux yeux de ma patrie de l'avoir poignardé sur son trône au plus beau jour de sa puissance. Je ne suis née ni pour l'une ni pour l'autre de ces actions. Si je pouvais le sauver , ce n'est pas lui , c'est moi-même que j'en aimerais mieux... et j'en ai besoin; car je suis déchue dans mes propres pensées par l'amour que je porte à cet étranger ; cependant il me semble que je l'aime davantage , en m'apercevant qu'il est haï des barbares , ses sujets, les ennemis naturels de tout ce qui tient à la Grèce. Si je pouvais éveiller dans son cœur une seule pensée comme celles qui animaient jusqu'aux Phrygiens eux-mêmes, combattant entre Ilion et la mer, il foulerait aux pieds ces peuples barbares et triompherait. Il m'aime et je l'aime : l'esclave aime son maître et voudrait l'affranchir de ses vices. Sinon, il me reste un moyen do Uberté; si je ne puis lui apprendre à régner, je saurai lui apprendre du moins la seule manière dont un roi peut descendre de son trône. Il faut que je ne le quitte pas.
[Elle sort.)
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