‹ Œuvres de Lord ByronChapitre 11 sur 114 · ESSAI · texte numérisé non relu

ESSAI

» J'ai abandonné ma froide patrie, et mes songes se sont diss""- 1) pes : les montagnes se sont évanouies j nia jeunesse n'est plus : D le dei'uier de ma race, je dois me flétrir seul, et n'avoir d'au- » tre bonheur que le souvenir des jours perdus dans le passé. » Ah I la fortune m'a donné des honneurs; mais elle a rempli ma » vie d'amertumej combien m'étaient plus chères les scènes de » mon enfance ! Quoique mes espérances aient été déçues , elles » ne sont pas oubliées : quoique mon cœur soit froid , il s'arrête » encore auprès de vous.

» Quand je vois quelque noire montagne élancer sa crête vers » les cieux, je songe aux rochers qui forment le diadème de Col- » bleen *• quand je vois l'azur si doux de deux yeux qui expri- » ment l'amour , je pense à ces yeux qui enchantaient pour moi » ces sauvages contrées : lorsque par hasard je vois ondoyer les » boucles légères d'une chevelure qui ressemble un peu aux » blonds cheveux de Marie, je pense à l'or de ces boucles flot- » tantes et si belles qui n'appartenaient qu'à vous.

» Cependant le jour peut venir où les montagnes s'élèveront » encore une fois à ma vue couvertes de leurs manteaux de » neige j mais quand elles s'élèveront ainsi toujours les mêmes , » Marie sera-t-elle là pour me recevoir? — Oh, non! Adieu » donc, ô montagne , où s'écoula m.on enfance j et toi douce ri- » vière de la Dee , adieu à tes eaux : aucun toit dans la forêt n'a- » britera ma tête. Ah ! Marie, dans quelle demeure pourrais-je » y habiter sans vous **? »

* Colbleen csl une montagne à l'estrémilé des Highlands d'Ecosse , non loin des ruines de Dee-Castle.

** Ces stances rappellent le sentiment qui a dicté à M. le vicomte de Chateaubriand la romance si connue du montagnard , qu'on trouve dans !e dernier des Abencerages :

Combieii j'ai douce dOUTenaocc Du joli lieu de ma naissance , cic.

Oh ] qui me rendra mon Ilélinr tt m» monl.^gnp et Ir grand clii''!

SUR LORD BYRON. xxv

Les critiques de hi Revue d'Edimbourg ne virent dans les épanchemens de cette jeune muse que le sujet d'un de ces articles cruellement ironiques dont ils aiment parfois à amuser leurs lecteurs. Plus d'un talent naissant s'est vu ainsi écrasé sans pitié par ce colosse littéraire , et tel auteur dont le génie et la renommée ont survécu à ses coups , comme Wordsworth, Soulhey , Montgommery , etc. , sont restés soumis à ses sarcasmes périodiques. Lord.Byron est peut-être le seul dont les représailles aient amené en quelque sorte à composition les aristarques calédoniens.

La satii'e des Critiques écossais et des poètes anglais atteste l'exaspération du jeune poète. La verve de ce poème est remarquable : pourquoi l'auteur ne s'est-il pas contenté de frapper ses agresseurs , sans confondre dans son aveugle ressentiment presque tous ses contemporains ? On croirait voir un gladiateur qui, révolté dans l'arène, tournerait son glaive non seulement contre les juges barbares à qui son inexpérience servait de risée, mais encore contre ses frères condamnés comme lui à amuser leurs cruels loisirs. Que d'inimitiés particulières lord Byron s'est attirées par ces nnprudentes attaques que Tamour-propre seul l'a depuis forcé de soutenir I

C'est ce qu'il a sans doute senti plus tard lorsqu'il a supprimé de lui-même ce poème. Il avait aussi renouvelé le combat dans une Epitre à Horace dont il arrêta l'impression après le tirage du second exemplaire.

Il paraît que pendant l'espace qui s'écoula depuis la publication de sa satire jusqu'à sa majorité, le jeune lord ne fut guère poète que par occasion, et que les plaisirs du monde l'occupèrent plus que le culte des chastes muses.

Comme Harold , il fit l'amère expéinence des fausses amitiés et des fausses amours; il ne chanta plus que rarement sa première Maria, oubliée pour de plus faciles maîtresses, et il fut désabusé de bonne heure des riantes illusions qui nous séduisent à l'entrée de la vie. Les ennuis de la satiété pesèrent sur son cœur. On reconnaît déjà ces tristes impressions dans l'épitaphe

Leur sbuvenir fait tous les jours

Ma peint;.

Uon pavs ttr» mes amouri M^

Toujours.

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