‹ Œuvres de Lord ByronChapitre 12 sur 114 · XXVI ESSAI · texte numérisé non relu

XXVI ESSAI

(lu chieu de Terre-Neuve , qui avait remplacé l'ours de Cambiidge dans ses affections. Le grand amusement de lord Byron était la nage et l'art de conduire un bateau, exercices dans lèsquels son habileté est connue. Pour éprouver la fidèle sagacité de son ami, il feignait de tomber dans un lac par accident, et l'animal se précipitant aussitôt après lui , ne manquait jamais de le saisir et de le conduire jusqu'au rivage. Lorsqu'il pei'dit ce cliien , il lui fit élever un mausolée en mémoire de son attachement , et il termine son panégyrique par ces quatre vers :

Ycf who perchance behold this simple urn Pass on, — il honours none you wish to mourn. To mark a Friend's remains these stones arise; I never knew but one and bere he lies.

O vous qui contemplez celte urne funéraire , Passez,., vous u'avez point à pleurer en ces lieux ; Cette urne est d'un AMI le monument pieux; Je n'en connus qu'un seul : — Il est sous cette pierre. »

Le nouveau propriétaire de Newstead-Abbey a respecté le monument , où avec ces vers on lit aussi l'épitaphe en prose de Boatswain : ainsi s'appelait ce chien qui méi'ite l'immortalité aussi bien que le Ban et le Buscar du vied Ossian et le Moida de sir Walter Scott :

Ici près

Sont déposés les restes

De celui qui possédait la beauté sans vanité ,

La force sans insolence ,

Le courage sans férocité ,

Et toutes les vertus de l'homme sans ses vices.

Ces louanges qui ne seraient qu'une insigniûante flatterie

Si elles étaient gravées sur des cendres humaines ,

Ne sont qu'un juste tribut à la mémoire

De BOATSWAIN, chien ,

Qui naquit à Terre-Neuve en mai i8o5.

Et mourut à Newstead

Le iS novembre 1808 *.

Mais la bizarrerie du noble lord fut surtout remarquable dans

"' Le major Parry nous raconte qu'en Grèce lord Ryron avait toujours avec lui un chien nommé Lyon qu'il aimait beaucoup, et qui, aprî's la mort du poi-te , a accompagné son cercueil jusqu'en Angleterre. Lyon devint la propriclc de su sœur mistress Leigh.

SUR LORD BYRON. xxvii

le choix qu'il fit pour sa coupe de la tête d'un de ses ancêtres. La boutade poétique gravée sur « cette dépouille dérobée au tombeau » est d'un goût certes fort étrange, et les belles convives de Newstead- Abbey ne devaient pas accepter sans quelque effroi les invitations d'un seigneur qui ressuscitait ainsi , dans le dix-neuvième siècle, les usages des Scandinaves.

Cette coupe est restée au colonel Wildman. Sa vue n'a rien de repoussant. C'était la coupe de cérémonie quand lord Byron présidait r ordre du crâne qu'il avait créé.

« Cependant Harold languit dans sa teiTC natale, qui lui semble plus triste que la solitude d'un anachorète; il avait soupiré pour plus d'une beauté, quoiqu'il n'en aimât qu'une; mais celleci ne pouvait être à lui : un besoin de distractions lui fit prendre la résolution de traverser les mers pour aller visiter ces climats qu'éclaire un soleil brûlant. »

Son compagnon de voyage fut ]\L Hobhousc *, à qui depuis il dédia le quatrième chant de son Pèlerinage poétique. Ils s'embarquèrent à Falmouth pour le Portugal. Arrivés à Lisbonne, ils faillirent être les victimes d'un assassinat, et s'étonnèrent de voir le poignard menacer chaque jour leurs compatriotes. Les secours intéressés de l'Angleterre humiliaient les Lusitaniens , dont la religion et les usages étaient souvent tournés eu ridicule. On a reproché à la vanité française d'avoir quelquefois légèrement blessé les préjugés et l'amour-propre des peuples conquis chez lesquels, pendant vingt-cinq ans de révolution et de gloire, nous avons transporté nos camps. L'orgueil britannique a aussi son intolérance : un jour les officiers anglais firent une procession publique de francs-maçons dans les rues de Lisbonne, et affectèrent de passer dévotement devant un corps-de-gardc portugais qui crut rendre les honneuis militaires au symbole du culte catholique. Si lord Bvrou avait connu ce trait et d'autres semblables, il n'eût pas attribué les assassinats fréquens qui ensanglantaient le Portugal à une dégradation nationale. Ces hommes indignes , selon lui, des riches contrées qu'ils habitent, sauront un jour secouer à la fois le joug de l'Angleterre et celui de la tyrannie qui les opprime encore. On ne doit pas désespérer d'un peuple de peur de le décourager.

' John Hobhouse, membre du Parlement . auteiu d^^usicurs ouvrages po- |iliques et liltéraiies.

Page 1