THÉÂTRES
Tliéàlrc de Sainl-iluîsc, ojiéra.
• de Salnt-Denoil, comédie de caractère.
de Saint-Luc, relâche.
Si on réfléchit à ce qu'est l'hostie des catholiques , on pensera peut-être qu'elle mériterait d'être mieux placée qu'entre une charade et un opéra.
i Sparl'e a plus d'un citoyen meilleur que lui : réponse de la mère de Brasidas à des étrangers qui louaient son fils.
' Le lion, dans son voyage aux Invalides, n'a perdu que l'Évangile que soutenait une de ses pattes. Les chevaux aussi sont venus reprendre la place mal choisie d'où ils avaient été enlevés, et sont comme autrefois à demi cachés sous le portique de l'église de Saint-Marc. Leur histoire , après bien des discussions, est enfin établie sur des renseignemens satisfaisans. Les décisions et les doutes d'ErizzOjde Zanetti, et dernièrement du comte Leopold Cicognora, tendaient à leur donner une origine romaine, et à les faire remonter jusqu'au temps de Néron ; mais M. de Schlegel survint pour apprendre aux Vénitiens la valeur de leurs trésors , et un Grec prouva définitivement les droits de ses concitoyens sur cette noble production de l'art : M. Mustoxidi n'est pas resté sans réponse , mais jusqu'ici il n'en a point reçu qui fût digne d'attention ; il paraîtrait que les chevaux sont irrévocablement de l'ile de Chio, d'où ils furent transférés à Constantinople par Théodose. La science lapidaire est une occupation chère aux Italiens, et plus d'un littérateur de leur nation y a acquis de la réputation. Un des meilleurs specimen de la typographie de Bodoni est un gros volume d'inscriptions toutes écrites par son ami Paciaudi. Plusieurs a^aient été destinées pour le retour des chevaux. Il faut croire que ce n'est pas la meilleure qu'on choisit , quand on grava celle qui suit , en lettres d'or , au-dessus du porche de la cathédrale :
Quatuor, equorum. signa, a. Vcnilis. Byzantio. capta ad. tcmp. D. mar. a. r. s. MDCCIF. posila. quœhosiilis. cupiditas . a.MDCCCUl. abstu- Icrat. Franc. I. imp. pads. orbi. datœ. tropbœum. a. MDCCCXV. victor, rcduxit.
Je ne dirai rien du latin ; majs il doit être permis de faire observer que l'injustice des Vénitiens, lorsqu'ils enlevèrent ces chevaux à Constantinople , était au moins égale à celle des Français ; il eût été plus prudent d'éviter toute allusion à l'une et l'autre spoliation. Un prince apostolique se serait peut-être opposé à ce que l'on posât sur la principale entrée d'une église métropolitaine une inscription qui n'a aucun rapport à la religion. La pacification du monde pent seule excuser un tel solécisme *.
^ Après un grand nombre de \ains efforts de la part des Italiens pour secouer entièrement le joug de Frédéric -Barberousse, après que ce prince eut échoue dans son projet de se rendre niaitre absolu dans les domaines de la Cisalpiu<' ,
Il tfl curieux de comparer ce jugeniinl n i ^ qur dil « aller ScoU dr la «polialion des muaé» , dan» ses IcUret de Pnul ri U l'ic de Kapoiccn. i. p.
DU CHANT QUATRIEME. 32i)
une lutte sanglante de vingt-quatre ans fut enfin terminée dans la ville de Venise. Les articles du traité furent préalablement convenus entre le pape Alexandre et Barberousse. Le premier , ayant reçu un sauf-conduit , était déjà arrivé de Ferrare à Venise, accompagné des ambassadeurs du roi de Sicile et des consuls de la ligue lombarde. Il restait encore plusieurs points à discuter , et pendant plusieurs jours on regarda la paix comme impraticable ; dans cette conjoncture, le bruit se répandit tout -à -coup que l'empereur était arrivé à Chiozza, ville située à quinze milles de la capitale. Les Vénitiens se soulèvent en tumulte, et insistent pour conduire aussitôt le monarque dans leurs murs. Les Lombards prennent l'alarme, et se retirent vers Trévise. Le pape lui-même .ippréhendait quelque malheur , si Frédéric avançait soudain de son côté; mais il fut rassuré par la prudence et l'adresse du doge Sebastian Ziani. Plusieurs ambassades allèrent et revinrent de Chiozza à la capitale, jusqu'à ce qu'enfin l'empereur, se relâchant un peu de ses prétentions , « se dépouilla de sa férocité de lion , et revêtit la douceur de l'agneau'. »
Le samedi 23 juillet 1177, six galères vénitiennes conduisirent Frédéric en grande pompe de Chiozza au Lido, qui n'est qu'à un mille de Venise. Le lendemain de grand matin , le pape, accompagné des ambassadeurs siciliens et des envoyés de la Lombardic, qu'il avait rappelés, se rendit avec un grand concours de peuple à l'église de Saint-Marc, et donna une absolution solennelle à l'empereur et à ses adherens , pour le laver de l'excommunication prononcée contre lui. Le chancelier de l'empire, de la part de son maître, renonça aux antipapes et aux schismatiques qui les soutenaient. Alors le doge, avec un grand cortège d'officiers laïques et séculiers, monta à bord des galères, et. allant trouver Frédéric, le conduisit en grande pompe du Lido à la capitale. L'empereur débarqua au quai de la Piazzetta. Le doge, le patriarche , les évêques , tout le clergé et le peuple de Venise avec ses croix et ses bannières, le précédèrent en procession solennelle jusqu'à l'église de Saint -Marc. Alexandre était assis devant le vestibule de la basilique , entouré de ses prélats et de ses cardinaux , des patriarches d'Aquilée, des archevêques et des éyêques de Lombardie,tous revêtus de leurs robes pontificales. Frédéric s'avança , « conduit par le Saint-Esprit, ré- «vérant le Très-Haut dans Alexandre. Oubliant sa dignité , et se dépouillant de • son manteau impérial, il se prosterna aux pieds du pape. Alexandre, les larmes » à l'œil , le releva avec bonté , l'embrassa , lui donna sa bénédiction , et aussitôt ■îles Allemands de sa suite se mirent à entonner le psaume : Nou^ te louons , ô t Seigneur. L'empereur prit le pape par la main, le mena à l'église, et, ayant «reçu sa bénédiction, retourna au palais ducal **. « La cérémonie de son humiliation fut répétée le lendemain. Le pape lui -même, à la prière de Frédéric, dit la messe dans l'église Saint- Marc. L'empereur ôta une seconde fois son manteau impérial , et, prenant une baguette à la main, officia comme porte-verge à la tète des laïques du chœur, et précédant le pontife à l'autel. Après l'évangile , Alexandre prêcha au peuple. L'empereur se plaça près de la chaire, dans l'atti-
Quibus audilis impcralor, opérante eo qui corda priocipuni sicul tult el quando tull hamilitei ioclioat , Iconinâ TerocitaU dcposiiâ , nTinam mansucludinrm iuduit. Rcinuiildi Salcrtiani Chronic. , t. VU.
" Ibid., page lôt.
tilde d'un homme qui écoule; ellesaint père, touchédecelteallention, commanda ju patriarche d' Aquilée de traduire en allemand son sermon latin , sachant bien que Frédéric n'entendait pas un mot de cette dernière langue; on chanta ensuite le Credo. Frédéric fit son oblation et baisa la mule du pape. La messe terminée , le monarque conduisit le pontife par la main à son cheval blanc. 11 lui tint l'étrîer et voulait tirer le cheval par la bride jusque du côté de la mer ; mais le pape se contenta de sa bonne volonté, et le congédia avec sa bénédiction. Tel est le précis de ce que nous a transmis l'archevêque de Salerne, qui était présent , et dont le récit est confirmé par tous les auteurs du temps. Cette histoire ne m'eût pas paru si digne d'attention , si la liberté n'avait pas dans cette circonstance triomphé autant quela superstition. C'est à cette humiliation de Frédéric, que les états de Lombardie durent la confirmation de leurs privilèges; et Alexandre eut raison de remercier le Dieu du ciel qui avait donné à un vieillard infirme et sans armes le pouvoir de dompter un souverain si terrible.
7 On se rappellera l'exclamation des montagnards écossais : « Ah! seulement une heui'e de Dundee ^. a
Henri Dandolo, lorsqu'il fut élu doge en 1192 , avait quatre-vingts ans. 11 en comptait donc quatre- vingt-dix-sept lorsqu'il commandait les Vénitiens au siège de Constantinople. Ce fut à cet âge qu'il réunit au territoire des doges de Venise plus de la moitié de l'empire de la Romanic , comme on appelait alors l'empire romain. Les trois huitièmes de cet empire furent conservés dans les diplômes, jusqu'à l'époque où Giovanni Dolfino parvint à la dignité ducale. Dolfino se servit de l'expression ci-dessus dans l'année l'SSy.
Dandolo entreprit en personne le siège de Constantinople : deux vaisseaux , le Paradis et le Pèlerin, furent liés ensemble ; et un pont-levis ou une échelle fut placée contre les remparts du haut des vergues. Le doge fut un des premiers à fondre dans la ville. Ce fut alors , disent les Vénitiens , que fut accomj)lie la prophétie de la sibylle érythréenne : « Une réunion des puissans aura » lieu dans les parages de l'Adriatique sous un chef aveugle ; ils entoureront le » bouc... ils profaneront Byzance... ils fouilleront ses maisons... ils disperse-
• ront ses dépouilles. Un nouveau bouc bêlera jusqu'à ce qu'ils aient mesuré et
• parcouru cinquante-quatre pieds neuf pouces et demi *. »
Dandolo mourut le 1 «■' juin i2o5, ayant gouverné trente ans six mois cl cinq jours. Il fut enseveli dans l'église de Sainte-Sophie à Constantinople. Il doit paraître singulier que l'apothicaire rebelle qui reçut l'épée du doge et abolit l'ancien gouvernement, en 1-96 et 1797, portât le nom de Dandolo.
«Après la perte de la bataille de Pola et la prise de Chiozza, le 16 août iSjg. par les armées ravales réunies des Génois et de Francesco de Carrara , seigneur de Padoue, les Vénitiens furent réduits à la dernière extrémité. Une ambassade fut envoyée aux vainqueurs avec une feuille de papier blanc, pour les supplier de dicter les conditions qu'ils voudraient , pourvu qu'ils conservassent à Venise sa seule indépendance. Le prince de Padoue était d'avis d'accepter ces propositions ; mais les Génois , qui , après la victoire de Pola , s'étaient écriés :
* Lf ClaTerhouse des Purilains d'Ecofsf. i. t.
" Fiet polenlium in »T>iii Adrialici» eoiigifjîslin , rinn prw duce, Hiicum «tubigml , «tf. (hronkon y pan XXXIV
A Venise! à Yenisei et vive saint Georges! voulurent l'extinction d'une ville rivale; el Pierre Doria. leur commandant en chef, répondit en ces termes aux supplians : • Au nom de Dieu , seigneurs de Venise , vous n'aurez point de ■ paix du seigneur de Padoue ni de notre république de Gênes, que vous .1 n'ayez d'abord mis une bride à vos chevaux sans frein , qui sont sur le por- )' tique de votre évangéliste saint Marc. Quelque indomptables qu'ils soient, » nous les forcerons bientôt de se tenir en repos. C'est le. bon plaisir de nous » et de notre commune. Quanta nos frères, Génois, que vous avez menés » avec vous pour nous les donner, je les refuse. Ramenez-les ; car je veux , d'ici « à peu de jours , aller les tirer de vos prisons , eux et tous les autres. »
Les Génois s'avancèrent jusqu'à Malamocco , à cinq milles de la capitale; mais cet extrême danger et l'orgueil de leurs ennemis rendirent le courage aux Vénitiens , qui firent des efforts prodigieux et des sacrifices individuels que les historiens de Venise ont relatés avec soin dans leurs annales. Vellor Pisani fut mis à la tète de trente-quatre galères. Les Génois abandonnèrent Malamocco et se retirèrent à Chiozza dans le courant du mois d'octobre ; mais ils menacèrent une seconde fois Venise, qui fut réduite à l'extrémité. Sur ces entrefaites, arriva Carlo Zeno, qui avait croisé sur les côtes de Gênes avec quarante galères; les Vénitiens furent assez forts pour assiéger les Génois. Doria fut tué, le 2a janvier i58o, par un boulet de quatre-vingt-quinze livres lancé par une bombarde appelée la Tréiisane. Chiozza fut investie; cinq mille auxiliaires, parmi lesquels étaient quelques condottieri anglais , commandés par un capitaine Ceccho, vinrent joindre les Vénitiens. Les Génois , à leur tour, demandèrent des conditions; mais ils furent forcés de se rendre à discrétion, el, le 24. juin i38o , le doge Contarini fit son entrée triomphante à Chiozza. Quatre mille prisonniers, qualre-vingt-dix galères, plusieurs petits bâtimens avec toutes les munitions et les armes , tombèrent entre les mains des vainqueurs , qui , sans la réponse de l'inexorable Doria , se seraient contentés , dix mois auparavant , de la ville de Venise. On trouve les détails de cette guerre dans un ouvrage intitulé la Guerre de CliioxzOf écrit par Adrien Gbinazzo, historien contemporain et témoin oculaire ".
9 Plante le //on , c'est-à-dire le lion de Saint-Marc, étendard de la république , d'où vient le mol Pantalon , Piantaleone , etc.
»° La population de Venise, à la fin du dix-septième siècle , montait après de deux cent mille âmes. Au dernier recensement , fait il y a deux ans , elle n'était plus que de cent trois mille , et elle diminue tous les jours. Le commerce et les emplois officiels , qui étaient la source de la grandeur vénitienne , n'existent plus **. La plupart des maisons patriciennes sont abandonnées et disparaîtraient peu à peu j si le gouvernement, alarmé parla démolition de soixante - douze palais pendant les deux dernières années, n'avait pas expressément défendu celte triste ressource de la pauvreté. Tout ce qui reste de la noblesse vénitienne est aujourd'hui dispersé et confondu avec les riches juifs sur les bords de la
* Chronica delU guerra di Chiozza. Script. Eer. liai. , lom. XV, p. 699 à Soi.
" Nonnullorum é nobililale immensse sunl opes adeo ut vis aestimari possini : quid tribus è rebiu oritur parcimoniâ , commercio alque ijs emoluuienlis qu« è republicâ peicipiunt quje banc ob eau» sam diuturna fore credilur. Voyez de Princ'.patihut ItaUa tracXaiiu.
Brenla. Là aussi les palais se sont écroulés ou s'écioulenl dans la ruine générale. Le nom seul du gentil uomo veneto est tout ce qui nous est connu de lui. 11 n'est plus que l'ombre de lui-même , mais il est encore poli et gracieux. Il est certainement bien excusable de se lamenter assez souvent. Quels qu'aient été les vices de la république , et quoique les étrangers puissent bien penser que le terme naturel de son existence était arrivé selon le cours ordinaire des choses de ce monde , on ne peut s'attendre qu'à un seul sentiment de la part des Vénitiens ; jamais les sujets de la république ne furent aussi unanimes pour se rallier autour de l'étendard de Saint-Marc , que la dernière fois qu'il fut déployé. La lâcheté et la trahison de quelques patriciens , qui opinèrent pour une fatale neutralité , ne peuvent être imputées qu'à ces traîtres eux-mêmes exclusivement. On ne peut penser que la génération actuelle regrette les formes aristocratiques, et un gouvernement despotique. C'est leur indépendance seule qui est l'objet des regrets des Vénitiens. Ils gémissent à ce souvenir; cette idée suspend pour un moment leur joyeuse humeur. On peut dire de Venise, suivant l'expression de l'Ecriture, qu'elle meurt tous les jours. Sa décadence est si générale et si évidente, qu'elle est pénible même pour un étranger, qui ne peut se faire à la vue de toute une nation expirant sous ses yeux. Le principe qai avait créé l'état de Venise, ne soutenant plus son existence vraiment artifi- »;ielle, il n'est pas étonnant que cet état se soit brisé en mille pièces tout d'un coup, et qu'il tombe plus rapidement qu'il ne s'était élevé. L'horreur de l'esclavage, qui appelait les Vénitiens sur la mer, les a forcés, depuis leurs disgrâces, a se fixer sur une terre où ils pourront du moins être oubliés peut-être au milieu de la foule des peuples dépendans , et ne plus offrir le spectacle humiliant de toute une nation chargée de chaînes récentes. Leur vivacité, leur affabilité, et cette heureuse indifférence que donne le seul tempérament, et à laquelle aspire vainement la philosophie, n'ont point été ravies aux Vénitiens au milieu de leurs malheurs. Mais plusieurs particularités du costume et des mœurs se sont perdues par degrés ; et les nobles , par un orgueil commun à tous les Italiens qui ont dominé, n'ont pu être amenés à masquer leur nullité sous le faste. Cette splendeur, qui était une preuve et une partie de leur pouvoir, serait avilie, selon eux , s'ils la déployaient sous les chaînes de leur esclavage. Ils se sont retirés de la sphère qu'ils avaient occupée aux yeux de leurs concitoyens; y demeurer leur eût paru un signe d'acquiescement et une insulte pour ceux qui souffrent d'une infortune commune. Quant à ceux qui sont restés dans la capitale dégradée . ils sont plutôt comme des ombres qui viennent visiter les lieux témoins de leur ancienne puissance , que comme des hommes vivans. La réflexion sur ceux qui leur ont imposé des fers ne peut être un sujet de commentaire pour quelqu'un qui est nationalement Vàm'i et l'allié des vainqueurs.il doit m'être permis d'avancer du moins , sans aller plus loin , que , quel que soit l'ennemi qui nous subjugué , il ne peut qu'être odieux à ceux qui soupirent pour leur indépendance ; et on peut prédire avec certitude que cette inutile aversion des Vénitiens pour les Allemands ne perdra rien de sa force jusqu'au jour où Venise disparaîtra dans la vase de ses canaux encombrés. » > Voyez cette histoire dans la vie de Nicias par Plutarquc.
'^ Venise sauvée, les Myslères d'tJolphe , le Sorcier oui' Arménien , le Marchand (le Venise , Othello.
'ï 11 y a dans le texte anglais (onnen, pluriel de tanne, espèce de sapins particuliers aux Alpes. Ils ne croissent que sur des parties excessivement rocailleuses, où l'on trouve à peine un terrain suffisant pour nourrir leurs racines. C'est là qu'ils viennent beaucoup plus hauts qu'aucun arbre des montagnes.
'i Cette description pourra sembler imaginaire ou exagérée à ceux qui n'ont jamais vu le ciel d'Italie , ou celui d'Orient. Je ne donne pourtant ici que la peinture exacte d'une soirée du mois d'août , telle que j'en ai été témoin dans une de mCs fréquentes excursions sur les bords de la Brenta (18 août).
■' Grâce à la critique subtile d'un Ecossais , nous en savons sur Laure aussi peu que jamais *. Les découvertes de l'abbé de Sade, ses triomphes, ses plaisanteries, ne peuvent plus nous instruire ni nous amuser **. IVous nedevons pas cependant regarder tout-à-fait ses mémoires comme un roman dans le genre de Bélisaire ou des Incas, quoi qu'en dise le docteur Beattie, nom illustre , mais de peu d'autorité ""*. Le travail de M. de Sade n'a pas été vain , si son amour (commue font toutes les passions en général) l'a rendu ridicule****. L'hvpothèse qui accabla les Italiens au milieu de leurs discussions, et entraîna des critiques moins intéressés, cette hypothèse n'existe plus ; nous avons une autre preuve qui nous présage la possibilité de voir succéder l'ancien préjugé au paradoxe le plus singulier, le plus agréable par conséquent , et le plus authentique en apparence.
Il semble d'abord que Laure naquit, vécut , mourut et fut ensevelie à la campagne et non à Avignon. Les eaux de la Sorgue , les bosquets de Cabrières , peuvent reprendre leurs prétentions ; et La Basile, si consulté, peut encore être écouté avec complaisance ; l'hypothèse de l'abbé n'avait d'autres soutiens que le sonnet sur parchemin et la médaille trouvés dans le tombeau d'Hugo de Sade et la note manuscrite qu'on peut voir dans le Virgile de Pétrarque, à la bibliothèque Ambrosienne de Milan. Si ces preuves étaient incontestables, le sonnet eût été écrit , la médaille composée , fondue et déposée, dans l'espace de douze heures ; et le tout auprès du cadavre d'une personne morte de la peste , et portée à la hâte à son tombeau le jour de sa mort. Ces documens sont trop décisifs. Ils ne prouvent point le fait , mais l'imposture. Ou le sonnet , ou la note du Virgile , sont une falsification. L'abbé les cite comme incontestables l'un et l'autre ; la conséquence en est rigoureuse , ils sont évidemment faux tousles deux *****.
En second lieu, Laure ne fut jamais mariée , et fut plutôt une fière pucelle que celte tendre et sage épouse qui honora Avignon en rendant cette ville le théâtre d'une honnête passion à la française, et en jouant pendant vingt-un ans
'Voyez un Etsaî historique et critique sur la Fie et te caractère de Pétrarque ^ et one Dissertation stir une liypoth'eie Itistorique de l'abbé de Sade. Le premier parut en 1784 ; l'antre est insérée dans le IV' volume des Transactions pliltosophlques de ta Société royale d'Edimbourg. Les deux ouTrages ont été réunis dans un Tolume publié sous le premier des deux litres , par Ballanlyne , i 810.
*' Mémoires pour ta Fie de Pétrarque.
'" Fie de Beattie , par sir W. Forbes, t. II , p. 106.
*•'* M. Gibbon appelait ses Mémoires un traçait d'amour fDe ta décadence de l'emp. rom., cL. Lxi , not« 1), et il l'a suiïi avec eoufiance et plaisir. Tout compilateur d'un ouvrage Tolumineus doll croire beaucoup de critiques sur parole : M. Gibbon comme les uuires , mais bien moins cependant. Le sonnet avait déjà éveille les soupçons d'Horace W'.ilf oie. Lettre à Tî'harton , 1763.
33i NOTES
son petit manege de faveurs et de rigueurs alternative!; envers le plus grand poète de son siècle *. Il est vrai qu'il eût été peu galant de mettre onze enfans sur le compte d'une femme telle que Laure , et cela pour une abréviation mal interprétée, et par la décision d'un bibliothécaire *''; pourtant il est satisfaisant de penser que l'amour de Pétrarque n'était pas platonique. La félicité qu'il désirait connaître une seule fois, et pour un moment, n'était sûrement pas une jouissance de l'âme ***; on peut trouver même des allusions à un projet de mariage avec celle qu'il appelait une nymphe aérienne. L'amour de Pétrarque n'était ni platonique , ni poétique; et si dans un de ses ouvrages il appelle amore veemenlissimo, ma unico ed onesto, il confesse à un ami qu'il était coupable et pervers et que son cœur en était tout occupé et tyrannisé ****,
Dans cette circonstance, il fut peut-être alarmé de ses désirs criminels , car l'abbé de Sade lui-même , qui n'aurait pas été si scrupuleux s'il avait pu prouver qu'il descendait de Pétrarque comme de Laure , est forcé de défendre dans les règles sa vertueuse aïeule. Pour ce qui regarde le poète, nous n'avons d'autre garant de son innocence que ses constantes amours. Il nous assure, dans son épître à la postérité , qu'arrivé à quarante ans il avait non seulement toute irrégularité*'^***en horreur, mais qu'il ne se rappelait pasen avoirjamaisété coupable. Cependant la naissance de sa fille naturelle ne peut être rapportée plus loin que sa trente-neuvième année , et la mémoire du poète ou sa moralité ont dû être en défaut une fois dans sa vie au sujet de ce faux pas '<■*****, Le plus faible argument qu'on ait pu trouver en faveur de la pureté de son amour a été tiré de sa durée. H a survécu en effet à l'objet de sa passion. La réflexion de M. de La Bastie, qu'il n'y a que la vertu seule qui soit capable de faire des impressions que la mort n'efface pas, est une de ces sentences que tout le monde applaudit, et que chacun trouve fausse en consultant franchement son propre cœur
' • Par ce pelil manège , celle alleinalive de faïeurs el de ligueurs bien ménagée , celte femme tendre et sage amusa pendant vinglun ans le plus grand poêle de son siècle sans faire la moindre brèche à son honneur. • [ Mémoirei pour (a vie de Pélrar<jue , Piéfaee aux Français. ) I.Vdileiir italien de l'édition anglaise de Pélrarque, qui a traduit lord Woodhousclee , reud la femme tendre et sage par raffinata civetlao. f Rifleizioni intorno a Madonna Laura, vul. Ill, p. 234) 1811.
■■ Dans un dialogue arec saint Augustin , Pétrarque a décrit Laure comme ayant un corps épuisé par de fréquens ptubs. Les Tieux éditeurs lisaient el imprimaient perturbationlhus ; mais M. CapperoDnier , bibliothécaire du roi de France en 176a , Tit le manuscrit dans la bibliolhèquc de Paris, el attesta qu'on lisait et qu'on devait lire pietobis eibacstcm. De Sade joignil au nom de M. Capperonnier eeur de JIM- Boudot et Béjol, el , au sujet de celle discussion sur les ptubs , il se montra un Trai pied plal litléraire. Voyez Riflezzioni, etc. etc. , page S67. Saint Thomas d'iquin est pris aussi pour juge sur la question de savoirfli Laure était une chaste fille ou une femme continente.
•'• Pigmation , ijuanto todar io dei
Dell' imagine taa.^ se milte votte iV* avetti ^uet eh* i'so/ una vorrei.
Sonetto 68.
Quando giunte a Simon Vatto concetto.
le HIme, etc., part. I, p. 189 , édit. Ven. , 175C.
■•■• Qucila re» r perrcrsa passionc che solo lutin mi occnpava c mi reguava nel cunre.
Ation disonesta , dit Pélrarque.
A qatsla eonfesiione cnii swrera diede fiir»e tcrafione una nuoia 'adula ch' <i fice. TimbotcUi,
Ijritt, tir., etc.. t. V, p. i'jt.
ou l'Iiistoire des sentimens de riioinme. De tels apophthegmes «ont de peu de force pour la cause de la morale et pour celle de Pt-trarque , excepté auprès de la jeunesse et des esprits fa ihl es. Celui qui a fait quelques pas au-delà de l'âge de l'ignorance et de l'ingénuité , ne peut être édifié que de la vérité seule. Rien n'est plus futile, plus ennuyeux et moins instructif que les écrits destinés à ce qu'on appelle la défense de l'honneur d'un individu ou d'une nation. Néanmoins un écrit de ce genre aura toujours plus de succès que cette critique sage qui est attribuée au désir malicieux de réduire un grand bomme à l'éclielle commune de l'humanité. Après tout, il est vraisemblable que notre historien a eu des raisons pour persister dans son hypothèse favorite. C'est une échappatoire qui sauve l'auteur, mais qui n'est guère suffisante pour sauver l'honneur de la maîtresse encore inconnue de Pétrarque.
«s Pétrarque se retira à Arqua, l'an lô-o, aussitôt après son retour de Rome , où il n'avait pu parvenir à être présenté à Urbain V ; il paraît que , sauf le voyage qu'il fit à Venise avec Francesco Novelto da Carrara, il passa les quatre dernières années de sa vie dans ce séjour enchanteur ou à Padoue. Durant les quatre mois qui précédèrent sa mort, il fut dans un état continuel de langueur; et le 19 juillet au matin, l'an i^ji, on le trouva mort sur une chaise de sa bibliothèque , et la tète appuyée sur un livre. On conserve encore cette chaise au milieu des précieuses reliques d'Arquà ; et , d'après la vénération non interrompue dont tout ce qui est relatif à ce grand homme a été l'objet depuis le moment de sa mort jusqu'à nos jours , il est permis de croire que ces monumens sont un peu plus authentiques que ceux auxquels on veut rattacher le souvenir de Shakspeare à Stratford-sur-l'Avon.
Arqua ,car la dernière syllabe est accentuée dans la prononciation, est située à douze milles de Padoue , et à environ trois milles en droite ligne de la grande route deRovigo, au milieu des collines Euganéennes. Après vingt minutes de marche, au travers d'une prairie unie et couverte d'arbres , on trouve un petit lac azuré , limpide et très profond ; et l'on arrive au pied d'une chaîne de petites collines couvertes de vignobles et de vergers, au milieu desquels on distingue des grenadiers, dis sapins, et toutes sortes d'arbres fruitiers. En quittant le bord du lac, la route serpente entre les collines ; et l'on aperçoit bientôt l'église d'Arquà, à un endroit où la chaîne s'interrompt brusquement : le village occupe cet espace et semble borné des deux côtés par les collines. Les maisons sont éparpillées sur les rochers : celle du poète est située sur une petite élévation où l'on arrive par deux montées, et d'où l'on jouit non seulement delà vue des jardins qui couvrent les vallons , mais encore de celle des plaines plus reculées, au-dessus desquelles on dislingue de petits bois de mûriers et de saules réunis en une masse obscure par les festons de la vigne , quelques cyprès isolés et les clochers de plusieurs villages , jusqu'aux embouchures du Pô et aux côtes de l'Adriatique. Le terrain d'Arquà est d'une formation volcanique. Le climat est très chaud , et les vendanges y commencent toujours une semaine plus tôt que dans les pKiines de PaJoue. Le corps de Pétrarque est enfermé , on ne peut pes dire enseveli , dans un saioophage de marbre rouge, porté sur quatre pilastres qui reposent sur une base élevée au-dessus du sol , et bien distinct de tousles autrns tombeaux. Ce sarrophage est très apparent; mais il sera bientôt
entièrement ombrajjé par quatre lauriers qu'on a plantés dernièrement. La fontaine de Pétrarque , car ici tout porte son nom , prend sa source sous une voûte artiCcieile, un peu au-dessous del église; elle répand abondamment, même au temps de la plus grande sécheresse , celte eau qui formait jadis la richesse des collines Euganéennes. Cette fontaine serait bien plus agréable si , dans quelques saisons de l'année, elle n'était peuplée de frelons et de guêpes. Le tombeau de Pétrarque n'a pas d'autres rapports avec celui d'Archiloque. Les révolutions des siècles ont épargné ces vallées écartées ; et , si le repos des cendres de Pétrarque a été troublé , ce fut plutôt par la vénération que par la haine. On a essayé une fois de dérober le trésor que contient le sarcophage, et un Florentin parvint à en tirer un bras par une fente qui se voit encore aujourd'hui. On n'a pas oublié ce larcin; mais il a servi à identifier le poète avec le pays où il avait pris naissance, et dans lequel il ne voulut pas demeurer. Un petit paysan d'Arquà , à qui l'on demandait ce qu'était Pétrarque, répondit que les gens du\illage connaissaient toutes les particularités qui le concernaient , mais que, pour lui, tout ce qu'il savait, c'est que c'était un Florentin.
M. Forsyth * n'a pas eu tout-à-fait raison de dire que Pétrarque n'était jamais revenu en Toscane depuis son enfance. Il paraît qu'il traversa Florence , en allant de Parme à Rome, et à son retour de Rome, l'an i55o. Il y resta même assez long - temps pour lier connaissance avec les habitans les plus distingués de cette ville. Un Florentin, honteux de l'aversion que le poète avait manifestée pour sa patrie, s'empressa de rectifier celte erreur triviale de notre vovageur , dont il connaissait et respectait la capacité extraordinaire , l'érudition vaste , et le goût parfait . joints à cette simplicité de manières qu'on a si souvent reconnue être le trait le plus sûr (quoiqu'il n'ait pas été toujours regardé comme indispensable ) pour caractériser un génie supérieur.
On a recherché avec empressement les traces de tous les pas de l'amant de Laure ; on montre à Venise la maison dans laquelle il logea. Pour trancher l'ancienne controverse qui s'était élevée entre eux et leurs voisins d'Ancisa , où Pétrarque fut porté à l'âge de sept mois , et resta jusqu'à sept ans , les habitans d' Arezzo ont indiqué , par une longue inscription , le lieu où leur célèbre compatriote a pris naissance. La cathédrale de Parme lui a élevé , dans la chapelle de Sainte-Agathe, un monument avec l'inscription que je vais transcrire. Il était archidiacre de ce chapitre, et il aurait été enseveli dans l'église s'il ne fût pas mort loin de son pays.
Francisco Peteabch^e
PABMEXSI ABCniDIACOMO.
PARENTIBUS PRJ.CLARIS, GENERE PERANTIQUO
ETHICES CHRISIIANiE SCRIPTOKI EXIMIO
RoMAR* LIXGUi RESTITUTORI
ETBCSC-E PRINCIPI
AfRIC/E OB CARMEN HAC IN UREE PKRACTUM BEGICtS ACCITO
S. P. Q. R. I.AUREA nONATO.
Remarijuss sur l'ilatie , p. 95, noie; jecoiidf cdiiioii.
TASTI VIRI
JUVEJflLlTIM JUVENIS SENILIUM SENEX
STUDIOSISSIMUS
GOMES KiCOLAtJS CAWOWICtJS ClCOGSARUS
MARMOREA PROXIMA ARA EXCITATA.
IBIQUE COXDITO
nuM JasuarijE cruesto con pore H. M. P.
SCFFECTUM
SED ISFRA MERITUM FrAJTCISCI SEPDLCHBO
SCMMJi HAC IN SEDE EFFERRI MA\DANTIS
SI PARMiE OCCCMBERET
EXTERA MORTE HEU NOBIS EREPTl.
A Pavie , on lui a dédié une autre inscription asec son buste , parce qu'il passa dans cette ville l'automne de i568 avec son gendre Brossano. La situation politique qui a empêché long-temps les Italiens de s'occuper des vivans leur a fait tourner tous leurs soins vers l'illustration des morts.
'7 II est tout aussi vraisemblable que nous combattons avec li^s démons qu'avec nos meilleures pensées. Satan choisit un désert pour le lieu où il voulait tenter notre Sauveur , et notre chaste John Locke préférait la présence d'un enfant à une solitude complète.
'' Les deux vers dans lesquels Boiieau déprécie le Tasse pourraient, comme beaucoup d'autres, servir à justifier l'opinion qu'on émet ici sur l'harmonie de la poésie française.
AMalfaprbp, à Bacan. préférer XhéopLile, El le clinquant du Tasse à loul l'ur de Virgile.
Satire IX , t. 17C.
Le biographe Serassi *, dans son respect pour la réputation du poète italien et du poète français, s'empresse d'observer que le satirique rétracta sa censure , et conséquemment reconnut l'auteur de la Jérusalem dôllvrée pour un génie sublime , vaste et né pour les plus nobles essors de la poésie. La rétractation est bien loin d'être satisfaisante, si du moins nous nous en rapportons à l'abbé d'Olivet, qui a raconté tout au long l'anecdote. La sentence prononcée contre lui par Bouhours n'est citée que pour confondre le critique, dont Serassi ne cherche pas à découvrir et ne voudrait même pas admettre la palinodie. L'opposition que l'ouvrage du Tasse trouva dans l'académie de la Crusca , qui déclara le Tasse incapable d'être mis en concurrence avec l'Arioste, et inférieur à Boiardo et à Pulci , cette opposition peut être attribuée à l'influence d'AIpiions? et de la cour de Ferrare. En effet, il est certain que Léonard Salviali, le principal et presque le seul moteur des attaques de la Crusca , était guidé par l'espoir d'obtenir la faveur de la maison d'Est. Il crovait atteindre ce but en rehaussant la reputation d'un jeune poète aux dépens de celle d'un rival qui était alors pri-
• La rila ilel Tau,< . I. III , I. tl , p. 5?',
sonnier d'état. La conduite de Salviali doit nous servir à juger les opinions que ses contemporains ont émises sur les causes de l'emprisonnement du Tasse , et combler la mesure de notre indignation contre le tvran cpii le chargea de fers. L'effet des critiques de Salviati répondit parfaitement à ce qu'il avait espéré : il fut appelé un momenta la cour de Ferrare ; mais , malgré les efforts qu'il fit pour augmenter ses titres à la faveur, par des panégyriques sur la famille de son souverain , il fut abandonné à son tour et mourut dans la plus obscure misère. L'opposition delà Crusca fut terminée six ans après le commencement de la dispute; et si cette académie dtit sa première renommée à un tel paradoxe, il est probable que le soin de sa propre réputation dut plutôt alléger qu'aggraver la rigueur de la captivité du malheureux poète. Le Tasse eut à employer beaucoup de ses heures solitaires à sa défense et à celle de son père, car tous deux étaient enveloppés dans la censure de Salviati. Le prisonnier aurait été peu em.barrassé de répondre à des accusations parmi lesquelles figurait le grief d'avoir méchamment négligé de faire mention de la coupole de Sainte-Marie del Fiore de Florence, dans le passage où il compare 1 Italie à la France. Le dernier biographe " d'Arioste semble vouloir renouveler la dispute, en révoquant en doute le jugement que le Tasse avait porté sur lui-même , et qui est cité dans sa vie par Serassi ; mais Tiraboschi avait déjà fait cesser la rivalité en démontrant qu'entre le Tasse et l'Arioste il ne s'agit que d'une question de préférence el non de comparaison.
«9 Avant que les restes d'Arioste eussent été transportés de l'église des Bénédictins dans la bibliothèque de Ferrare, un buste , qui était placé au-dessus de sa tombe ,fut frappé par la foudre, et une couronne de laurier de fer qui ceignait sa tète fut fondue par le même météore. Cet événement a été rapporté par un écrivain du dernier siècle. La translation de ces cendres sacrées , qui eut lieu le 6 juin 1 Soi , fut l'un des plus brillans spectacles de la république éphémère de l'Italie. Pour consacrer la mémoire de cette cérémonie , on ressuscita les intrepidi , autrefois si fameux , et on les organisa en académie Ariostéenne. La grande place au milieu de laquelle passa la procession fut , pour la première fois , appelée la place d'Arioste.
L'auteur d'Orlando est proclamé , par les Ferrerais jaloux , l'Homère non pas de l'Italie , mais de Ferrare. La mère d'Arioste était de Rfggio , et la maison cù naquit le poète a été soigneusement signalée par cette inscription : Qui nacqtie Ludoiico Ariosio il giorno S di setlembre dcW anno i474' Mais les Ferrarais font peu de cas de l'accident qui fit naître Arioste hors de leur [>ays , cl le réclament comme leur appartenant exclusivement. Ils possèdent ses os ; ils montrent encore son fauteuil , son écritoirc et sesmanuscrils.
Ilic illiusaima ,
Uic curriis fuit
La maison où il a vécu, la chambre où il est mort, sont désignées parson propre monument qu'on y a replacé , et par une inscription récente. Les Ferrarais sont encore plus jaloux de leurs droits, depuis que l'animosité deDenina (dont leurs apologistes insinuent mystérieusement que la cause ne leur est pas
'LavUa di U. L. Aiiost iciitla dull' Âbjlc Grobaio BaruO'aldi giuuiore , etc. Ferrare, 1S07.
inconnue) s'est hasardécà dégrader leur sol jusqu'à l'incapacité béotienne, pour toutes les productions d'esprit. On a mis au jour un in-quarto pour repousser la calomnie ; et ce supplément à l'Histoire des célèbres Ferrarais de Barotti a été considéré comme une réplique triomphante au Quadra storico statislico deW alla Italia.
><> L'aigle , le veau marin , le laurier el la vigne blanche, étaient comptés parmi les préservatifs les plus accrédités contre la foudre. Jupiter choisit l'aigle, Auguste César le veau marin , et Tibère ne manquait jamais de porter une couronne de laurier quand le ciel menaçait d'un orage accom;'agné de tonnerre. On ne peut pas rire de toutes ces superstitions dans un pays où l'on croit encore au\ propriétés magiques de la hagueltffde coudrier ; et le lecteur ne sera pas surpris d'apprendre qu'un commentateur de Suétone a pris la peine de réfuter gravement les vertus attribuées à la couronne de Tibère , en racontant que , quelques années avant le temps où il écrivait , un laurier avait été frappé par la foudre, à Rome.
" Le lac Curtien, et le figuier Rumine, qui était dans le forum , ayant été frappés parle feu du ciel, furent regardés comme sacrés; et la mémoire de cet accident fut perpétuée par un puteal , ou autel qui ressemblait à l'ouverture d'un puits, avec une petite chapelle recouvrant la cavité censée faite par le tonnerre.
On regardait comme incorruptibles tousles objets qui avaient été touchés par la foudre , et les corps des pei sonnes qu'elle avait tuées. Quand la fulguration ne causait pas la mort de lindividu, elle conférait une dignité perpétuelle à l'homme que le ciel avait honoré d'une telle preuve de distinction ; on enveloppait ceux qui étaient tués d'un vêlement blanc, et on les ensevelissait à la place où ils a'> aient succombé. Celte superstition n'existait pas seulement parmi les adorateurs de Jupiter ; les Lombards croyaient aux augures fournis par le tonnerre : un devin prédit à Agiluf , duc de Turin , un événement qui se réalisa et lui donna une reine et une couronne. Cependant il y avait quelque chose d'équivoque dans ce signe ; car les anciens Romains ne le regardaient pas toujours comme propice. Comme il est vraisemblable qua les craintes causées par la superstition durent plus long-temps que les consolations qu'elle donne , nous ne devons pas être surpris que les Romains , du temps de Léon X , aient conçu assez de terreur à propos de quelques orages qu'on avait mal interprétés, pour implorer les exhortations d'un érudit , qui rassembla tout ce qu'il savait touchant le tonnerre et les éclairs, pour prouver que c'était un augure favorable, en commençant par le coup qui frappa les murs de Velletri , et terminant par celui qui serpenta sur la porte de Florence , prophétisant l'avènement de l'un des citoyens de celte ville au pontificat.
" Les deux stances xlu etxuii sont, à l'exception d'un vers ou deux , une traduction du fameux sonnet de Filicaja :
Ilalla , Iialia , o lu coi feo la sorte.
'î La fameuse lettre de Servius Sulpicius à Cicéron , sur la mort de sa fille , contient une description , vraie encore aujourd'hui , d'une route que j'ai souvent suivie dans la Grèce, par terre et par mer, dans différens voyages.
3iû NOTES
(( En revenant de l'Asie, faisant-voile d'Égyple à Mégare, je commençai à contempler l'aspect de la contrée qui m'environnait, Egine était derrière moi , Mégare devant ; j'avais le Pirée à ma droite , Corlntlie à ma ganche. Toutes ces villes , jadis célèbres et florissantes , gisent aujourf'.'hui renversées et cornue ensevelies dans leurs ruines. A. cette vue , je ne pus m'empêcher de penser en moi-même : Mallieureu\ que nous sommes, comment nous désolons-nous quand nous venons à perdre un de nos amis, nous .dont la vie est si courte, tandis que les ruines de tant de cités frappent ma vue toutes à la fois? » {Vie de Cicéron , par Middleton.)
»4 C'est Poggio qui , du haut du Mont Capitolin , jetant un regard sur les ruines de l'ancienne Rome , laissa échapper cette exclamation : Vl tumc oruni décore nudata, proslratajaccl , instar giganlei caduvcris corrupli al.jue undiqite exesi.
'5 La vue de la \'éuus deMédicis nous rappelle lout d'abord un passage du poème des Saisons; et la comparaison de l'objet avec la description prouve, non seulement la vérité du portrait , mais encore le tour particulier de la pensée , etsi l'on peut s'exprimer ainsi, l'imagination sexuelle du poète descriptif. On peut dire la même chose d'une autre pensée qui se trouve dans le même épisode de Musidora ; car les notions qu'avait Thomson des privilèges de l'amour heureux étaient très peu avancées, ou il manquait de délicatesse, puisque la nymphe reconnaissante dit à son discret Damon que dans un moment plus heureux il pourra être son compagnon de bain.
The time may come you need not fly.
<i Le temps pourra venir que lu ne fuiras plus.»
Le lecteur se rappelle l'anecdote rapportée dans la vie de Thomson par le docteur Johnson *.
Ne quittons pas la galerie de Florence sans dire un mot du rémouleur. Il paraît sin^uber que le caractère de cette statue, sur laquelle on a déjà tant disputé ne soit pas encore décidé, au moins dans l'esprit de ceux qui ont vu le sarcophage qui est dans le vestibule de la basilique de Saint-Paul, sur les dehors des murailles, et où tout le groupe de la fable de Marsyas est passablement conservé. L'esclave scythe qui aiguise le couteau est présenté exactement dans la même attitude que la statue du rémouleur. L'esclave n'est pas nu; mais il est plus aisé de résoudre cette difficulté que de prendre pour un instrument à raser celui qui est dans les mains de la statue florentine que Lanzi suppose représenter tout bonnement le barbier de Jules César. Winckelmann, analysant un bas-relief qui reproduit le sujet du supplice de Marsyas, adopte l'opinion d'Agostini ; et son autorité peut être regardée comme concluante , quand même la ressemblance ne frapperait pas l'observateur le moins attentif.
Pan.-' les bronzes de la même collection, on voit la table qui porte une inscription queGibbon *' a copiée et commentée. Notre historien fut arrêté par
"Une dame pritendail deviner dans les ouvrages de Thomson qu'il élail un grand amoureux, un grand nageur, et un homme sobre. Savage prouva à celle dame qu'elle se trompait sur ces trois point». >■ r.
" Nomina genlesque antiquœ Italia. Page ao4, «d. in 3'.
DU CHANT QUATRIEME. 3it
quelques difficultés , mais il ne renonça pas à son entreprise. Il serait vexé d'apprendre qu'il perdit son temps et sa critique , sur une inscription qui aujourd'hui est reconnue apocryphe.
"* O<p6a^/Jiovç £<yTt5iv.
. . Atque oculos pascal uterque suos.
Ovide, ^rf d^aimer.
»7 Ce nom rappellera non seulement la mémoire de tous ceux dont les tombeaux ont rendu la Santa-CroceXi centre d'un pèlerinage, et la Mecque de l'Italie; mais encore celle delà femme éloquente qui célébra ces cendres illustres, et dont la voixest aujourd'hui muette comme les grands hommes qu'ellechanta. CORINNE n'est plus; avec elle devraient expirer la crainte, lallallerie etl'envie, qui ont répandu des nuages trop brillans ou trop sombres autour du génie dans sa carrière, et se sont opposées à l'examen calme d'une critique impartiale. Les portraits que nous avons de cette femme célèbre sont ou flattés ou défigurés , selon que l'amitié ou l'envie ont tenu le pinceau. On ne peut guère attendre le portrait fidèle d'un contemporain. La voix de ceux qui lui survivent ne saurait donner une juste estimation de son rare talent. La galanterie, l'amour du merveilleux, et l'espoir d'une association de gloire, qui émoussèrent l'arme de la censure, doivent cesser aujourd'hui. Les morts n'ont point de sexe; ils ne peuvent plus nous étonner par des miracles nouveaux ; ils ne donnent aucun privilège. Corinne a cessé d'être une femme , elle n'est plus qu'un auteur. On peut déjà s'attendre à ce que plusieurs critiques voudront se payer de leurs complaisances passées, en usant envers elle d'une sévérité à laquelle l'extravagance de leurs premiers éloges donnera peut-être les couleurs de la vérité. La postérité la plus reculée aura à prononcer sur le mérite de ses diverses productions, car on peut bien croire qu'elles v arriveront toutes; et plus sera lointaine la perspective au travers de laquelle on verra ses ouvrages , plus l'examen en sera minutieux , et j)lus la justice de la décision sera certaine. Corinne va commencer maintenant celt" existence par laquelle les grands écrivains de tous les âges et de toutes les nations sont réunis, pour ainsi dire, dans un monde qui leur est propre, el répandent de cette sphère supérieure leur éternelle influence pour guider et consoler l'humanité. Mais l'individu disparaîtra de plus en plus à mesure que l'auteur sera vu plus distinctement : quelqu'une des personnes que les charmes d'un esprit sans affectation etd'une aimable hospitalité attiraient dansles cercles de Copet devrait sauver de l'oubli les vertus privées de Corinne '. Quoiqu'on dise que les vertus aiment l'ombre , il est trop vrai que souvent elles sont plutôt refroidies qu'excitées par les soins de la vie domestique. Quelqu'un devrait peindre les grâces naturelles qu'elle déployai t dans l'accomplissement de ces devoirs delà parenté, qu'il faut plutôt étudier dans les secrets de l'intérieur d'une famille que dans les relations extérieures des parens. Il fautj il est vrai, toute la délicatesse d'un attachement véritable pou'r y intéresser un spectateur indifférent. Quelqu'un devrait , non pas célébrer, mais décrire l'aimable maî-
• Ce vœu a été eiaucé par matiamc Neoker de Snufsiire, dans sou adiuiiaMe F.psai sur madnme d Slat! « f-
3i2 NOTES
tresse d'une maison toujours ouverte, l'àmu d'une société toujours variée et toujours satisfaite , et dont le créateur, dépouillé de l'ambition et de l'artifice des rivalités publiques, semblait ne briller que pour cbarmcr sans cesse ceux qui l'entouraient. Mère tendre et tendrement aimée ; amie capable d'une générosité sans bornes , mais toujours éclairée ; patronne cbaritable de tous les malheureux , elle vivra toujours dans le cœur de ceux qu'elle a chéris , nourris ou protégés. Sa perte sera mieux sentie dans les lieux où elle était le mieux connue. Qu'il soit permis à un étranger de mêler un regret désintéressé à raffliclion de ses nombreux amis , et du plus grand nombre encore de ceux qu'elle combla de bienfaits. Au milieu des scènes sublimes que m'offrait le Léman, mon plus grand bonheiu- fut de pouvoir admirer les belles qualités de l'incomparable Corinne ".
'^ Alûeri est le grand nom de ce siècle. Sans attendre une centaine d'années, les Italiens le regardent déjà comme un poète légalement reconnu. Ils chérissent sa mémoire, parce qu'il est le barde de la liberté , et que ses tragédies ne peuvent recevoir aucune protection de la part de leurs souverains. On n'en joue qu'un très petit nombre ; encore est-il rare qu'on en permette la représentation. Cicéron a remarqué que les véritables opinions et les sentimens des Romains ne se manifestaient nulle part plus clairement qu'au théâtre. Dans l'automne de 1816, un improvisateur célèbre donna un échantillon de ses talens à l'Opéra de Milan. L'auditoire était nombreux; et les programmes qui indiquaient les sujets que le poète devait traiter furent reçus avec indifférence ou avec le rire du mépris; mais toul-à-coup celui qui les annonçait proclama \'Apolhéose de Vidor Al{ieri;\e théâtre retentit d'acclamations et d'applaudissemens long-temps prolongés. Le sort ne désigna pas ce sujet ; et le signor Sgricci eut à débiter ses lieux communs et extemporanés sur le bombardement d'Alger. A la simple vue de la cérémonie , il est bien facile de voir qu'on ne confie pas au hasard le choix des matières d'improvisation. La police a d'abord le soin d'inspecter le prospectus avant qu'on le distribue; et ensuite, si la prudence lui suggère quelque arrière-pensée , elle corrige le choix du sort. U Apothéose «/'^//lert avait été accueillie avec d'autant plus d'enthousiasme, qu'on pensait bien que ce sujet ne serait pas traité.
29 On affecte quelquefois dans les inscriptions gravées s=ur les tombeaux, une simplicité qui nous fait douter si le monument que nous contemplons renferme la cendre d'un mort, si c'est un cénotaphe ou un simple monument élevé à sa mémoire. C'est ainsi que sur la tombe de Machiavel on a omis de nous informer du lieu et du temps de sa naissance , de sa mort , de son âge , et de ses parens.
Tanto nomini nullum par elogium.
NicoLAUS Machiavblli. •
Je ne vois pas pour quelle raison on a mis la sentence avant le nom auquel elle se rapporte.
On peut bien s'imaginer que les préjugés qui avaient rend* proverbial le nom de Machiavel, comme épithète d'iniquité , n'existent plus à Florence. Sa
• V'.jii ail fiijM <\r crue nule (lu poèlr, i'EiiAi tiir U caractcre cl le génie d* lord Byroii. i. r.
vie fui persécutée, el sa mémoire a été outragée à cause de son altatliement à une liberté aujourd'hui incompatible avec le nouveau système de despotisme qui a succédé à la chute des gouvernemens libres d'Italie. Machiavel fut mis à la torture parce qu'il était un libertin, c'est-à-dire parce qu'il désirait la restauration de la république de Florence; et tels sont les efforts des hommes intéressés à pervertir non seulement la nature des actions , mais encore à changer la signification des mots , que ce qui voulait dire jadis patriote a fini par signifier débauché. JSous avons nous-mêmes oublié l'ancienne acception du mot libéralité ; aujourd'hui il est synonvme de trahison dans un pays , et de folie dans tous. I! faut qu'on se soit étrangement trompé pour regarder comme un suppôt de la tyrannie Y auteuv dn Prince! Comment se persuader qu'un ouvrage écrit pour le despotisme ait été condamné par l'inquisition ? Le fait est que Machiavel , comme tous ceux contre qui l'on n'a aucune preuve de crime , fut soupçonné et accusé d'athéisme. Les plus violions ennemis de son livre furent deux jésuites , dont l'uu persuada à l'inquisition de le prohiber, benchè fosse tarda ; et l'autre dit que le secrétaire de la république de Florence n'était qu'un fou : la suite a prouvé que le père Possevin n'avait jamais lu /e Prince, et que le père Lucchesini ne l'avait pas compris. Certes, ce n'était point contre la servilité des doctrines de Machiavel qu'étaient dirigées les poursuites , mais plutôt contre la tendance d'une leç^jn dans laquelle il montre que les intérêts d'un monarque sont tout-à-fait opposés au bonheur des hommes. Les jésuites sont rétablis en Italie; et le dernier chapitre du Prince nécessitera sans doute une réfutation nouvelle de la part de ceux à qui Ton veut de nouveau confier l'éducation de la génération naissante, afin qu'ils préparent son esprit à recevoir les impressions du despotisme. Le titre du cha pitre est amsi conçu : Esorlazione a Uberare la Ita'ia dai Barbari; el il est terminé par un encouragement liberlino à la rédemption future de l'Italie : Non si deve adunque laseiar pûssare qucsta occasione, acciocchè la Italia vegga dopo tanto tempo apparire un suo redentorc. Né posso esprlmcre con quai amore ei fosse riceviito in tulle quelle provincie , che hanno patito per questc illuvioni eslerne ; con quai sete di vendetta , con che oslinala fedc , con che lagrime, Quali porte se li terrercbbero? Quali p ipoli li negherebbero la obbediinza? Quale Italiuno li negherebbe l'oiscquio? ad oc>cso pizza questo babeaeo do-
MIMO ". »
î" Le Dante naquit à Florence l'an 1261. Il se trouva à deux batailles, fut quatorze fois ambassadeur et une fois prieur delà république. Quand le parti de Charles d'Anjou l'emporta sur celui des Bianchi, il était absent parce qu'il était alors en ambassade à la cour du pane Boniface VII ; il fut condamné à deux ans de bannissement età une amende de huit mille livres. Comme il ne put la paver, on séquestra tous ses biens. La république ne se contenta pas de cette satisfaction ; car, en 1 772 , on a trouvé dans les archives de Florence une liste de quinze personnes condamnées à être brûlées vivantes , et le nom du D;mte est le onzième sur cette liste. La sentence est datée de l'an i5o2 ; Talis pcncniens igné eomburatur sic quad moriatur. Le prétexte de ce jugement fut des échanges
'Il principe di Nicolo Machiatelli , etc., con la piefazioDe e le note tèloiiche e puIilicL; di M. AojHol de la HsuMaje , e reomr e cODful^zioDe dell' opera Cotmopoli , 1763.
3ii NOTES
iniques, des vols et des gains illicites . baratUriarum iniquarutn, exlorsionum ei illicilorum tucroriim. Il n'est pas étonnant que , poursuivi par une telle accusation , le Dante ait toujours protesté de son innocence et de l'injustice de ses concitoyens. 11 en appela à Florence et à l'empereur Henri ; mais la mort de ce souverain, en j5i5, fut le signal de la sentence qui le baimit à perpétuité. Avant cette époque fatale , il avait langui près des frontières de la Toscane , en espérant toujours son rappel. Mais alors il se dirigea vers le nord de l'Italie-, il séjourna long-temps à Vérone, et finit par se fixer à Ravenne, où il demeura presque toujours jusqu'à la fin de sa vie. On dit que la principale cause de sa mort, qui eut lieu en i32i, fut l'impossibilité d'obtenir une audience publique, que les Vénitiens lui firent refuser pendant qu'il était chez Guido Novctlo da Poienia. son protecteur. Il fut enseveli à Ravenne, rn sacra minorum œdc, et Guido lui éleva un monument qui fut restauré en 1 348 , par les soins de Beracardo BemLo, préteur de cette république, qui avait refusé de l'entendre. Ce monument fut de nouveau restauré en 1692 par le cardinal Corsl , et enfin remplacé par un autre plus riche construit aux frais du cardinal Luigi Falenti Gonzaga.
Le véritable tort, ou plulôt le malheur du Dante , fut son attachement à un parti vaincu, et, comme les biographes les moins indulgens le lui reprochent, une trop grande liberté dans ses discours et trop de hauteur dans ses manières. Mais le siècle suivant rendit des honneurs presque divins à celui que ses contemporains avaient puni par l'exil. Les Florentins ayant fait des tentatives fréquentes , mais toujours vaines , pour avoir ses cendres , couronnèrent son image dans une église. Un tableau représentant Dante est encore placé parmi les idoles de leur cathédrale : ils lui élevèrent des statues, frappèrent des médailles en son honneur. Comme il ne peut pas y avoir de doute sur le lieu de sa naissance , les villes d'Italie se disputent pour l'honneur de lui avoir vu composer son grand poème, et les Florentins croient que leur gloire est intéressée à soutenir que le septième chant en était fait avant que Dante fût baimi de leur ville. Cinquanteun ans après sa mort ils dotèrent une chaire de professeur pour commenter ses vers , et Boccace fut nommé à cette charge patriotique. L'exemple de Florence fut suivi par Bologne et par Pise; et si les commentateurs ne rendirent que de faibles services à la littérature, du moins ils augmentèrent la vénération qui trouvait une allégorie sacrée ou morale dans toutes les images de sa muse mystique. On découvrit qu'en naissant , et pendant son enfance, Dante s'était déjà montré un homme extraordinaire. Son premier biographe , l'auteur du Decameron , raconte que sa mère avait été avertie de l'importance de sa grossesse; et d'autres afGrment que dès l'âge de dix ans il manifesta son penchant précoce pour cette sagesse ou théologie qu'il appelait Beatrice^ et qu'on avait cru à tort n'être qu'une amante mortelle.
Lorsqu'il fut reconnu que la Divine Comédie était une {>roduction mortelle, et qu'à cette distance de deux siècles la critique et la rivalité eurent poli le goût des Italiens , le Dante fut sérieusement déclaré supérieur à Homère ; et, quoique cette préférence semblât à quelques casuistis un blasphème digne des llammes, la dispute se soutint vigoureusement pendant près de cinquante ans. Dans les derniers temps ,on a agité la question de savoir quels étaient les seigneurs de Vérone qui pouvaient se vanter que leurs aïeux eussent protégé le Dante ; et
DU CHANT- QUATRIÈME. Siô
le jalouï scepticisme d'un écrivain est allé même jusqu'à dire qu'il n'était pas certain que Ravenne possédât ses cendres. Le critique Tiraboschi a prétendu que le poète avait prévu et annoncé l'une des découvertes de Galilée. L'on a souvent changé d'opinion sur le mérite du Dante, comme sur celui des auteurs de toutes les nations. Dans le dernier siècle, on semblait le mépriser comme modèle et comme livse d'étude. Bettinelli gronda un jour son élève Monti , parce qu'il lisait les extravagances surannées de la Commedia. La génération naissante, ayant abjuré l'idolâtrie gallique * de Cesarotti , est revenue à l'ancien culte. Aujourd'hui les Toscans les plus modérés regardent comme indiscret le Danteggiare des Italiens du nord. Il est d'autres détails curieux sur la vie et les écrits de ce grand poète qui n'ont pas été encore recueillis par les Italiens eux-mêmes ; mais le célèbre Ugo Foscolo se propose d'y suppléer, et l'on ne doit pas regretter que ret ouvrage national ait été réservé à un auteur si dévoué à son pays et à la cause de la vérité.
3» Scipion l'Africain eut un tombeau ( si toutefois il n'y fut pas enseveli ) à Linlemitm, où il s'était condamné à un exil volontaire. Ce tombeau était au bord de la mer; et l'histoire de l'inscription ingrata patria , d'où est venu le nom d'une tour qui a été bâtie à celte place , est une fiction heureuse si elle n'est pas véritable. Si IJfricain ne fut pas enterré à Linternum, certainement il y a passé plusieurs années de sa vie **.
Id cosi angusia e Solilaria yilla
Era 'I gi-..nd' uoojo che d' Africa s' appella,
Perché prima col ferro al vivo aprilla "'.
L'ingratitude est généralement regardée comme le vice capital des républiques ; l'on oublie sans doute que pour un exemple d'inconstance populaire, nous en avons cent autres delà disgrâce des favoris de la cour. Les monarques ne se repentent que bien rarement ou jamais. Laissant de c6té plusieurs preuves connues que je pourrais citer à l'appui de ces faits , je vais raconter une courte histoire qui montrera bien la différence qui existe même entre une aristocratie et la multitude.
Vettor Pisani ayant été battu en i554)à Portolongo,et quelques années après à Pola dans une affaire décisive contre les Génois , fut rappelé parle gouvernement vénitien et jeté dans les fers, hts Avogadori proposèrent de le faire décapiter, mais le tribunal suprême se contenta de la sentence d'emprisonnement. Pendant que Pisani subissait cet arrêt iiijuste , Chiozza, dans le voisinage de la capitale , fut livré à Pietro Doria, par l'assistance du signor de Padua. En apprenant ce désastre, on sonna la grande cloche de Saint-Marc pour appeler aux armes; le peuple et les soldats des galères furent sommés d'aller s'opposer à l'ennemi qui s'avançait. Tous protestèrent qu'ils ne feraient pas un seul pas, si Pisani n'était délivré et ne se mettait à leur tête. Aussitôt on assemble le grand conseil , le prisonnier est appelé , et le doge André Contarini lui fait part de la
* C'est-à-dire Ouianique : Cesarolli a Iraduit Oseian. i. p.
"• Fitam Linterni egit sine desiderio urbis. Voy. Tili Livii HiJl. lib. sxjTiir. Cel liiilorien dit que quel ques personnes crojraienl que Scipion avait été enterré à I.internum , d'aulrr» à Rome. *■■ Trionfo della Casiilà. »
3ifi NOTES
demande du peuple'el des besoins de l'état, dont tout l'espoir reposait sur ses efforts; il le supplie d'oublier l'injustice dont il a été la victime en le servant. « Je me suis soumis , répond le magnanime républicain , je me suis soumis , sans me plaindre, à vos délibérations; j'ai supporté patiemment la perte de ma liberté, parce qu'elle m'était ravie par vos ordres. Ce n'est pas le moment de savoir si j'avais mérité mon sort. Le bien de la républiqae semblait l'exiger, et ce que la république onlonne est toujours sagement ordonné. Vous me verrez sacrifier ma vie pour le salut de ma patrie. » Pisani prit le commandement des troupes ; et ses efforts, réunis à ceux de Carlo Zeno , rendirent bientôt aux Vénitiens la supériorité que leurs rivaux maritimes avaient prise un moment.
Les républiques italiennes ne furent pas moins injustes envers leurs citoyens que les républiques grecques. Les unes et les autres paraissent n'avoiraspiré qu'à la liberté nationale et non pas à celle des individus , et, malgré la fameuse égalité devant la loi , qu'un ancien écrivain grec* regardait comme la marque distinctive entre les citoyens et les Barbares , les droits mutuels des citoyens n'ont, ce me semble, jamais été le principal objet des anciennes démocraties. L'auteur des Républiques italiennes a écrit un essai qui n'est peut-être pas encore connu , et dans lequel il a ingénieusement développé la différence qui existe entre la liberté despremiers états et la signification attachée à ce mot dans l'excellente constitution de l'Angleterre. Les Italiens, depuis qu'ils ont cessé d'être libres, regrettent toujours en soupirant ces temps de troubles où chaque citoyen pouvait aspirer à partager le pouvoir suprême : ils n'ont jamais appris à apprécier le repos d'une monarchie. Quand François-Marie II, duc de Rovera , proposa à Spcro Speroni la question suivante : Quel gouvernement est préférable ? la république, ou la principauté? un gouvernement parfait et qui ne peut durer, ou bien un autre moins parfait et moins sujet aux révolutions? « Notre bonheur, lui répondit Spero , doit se mesurer par sa qualité et non par sa durée. J'aime mieux vivre un seul jour comme un homme que cent ans comme une brute , une souche ou une pierre. » Jusqu'aux derniers jours delà servitude italienne on a partagé l'opinion de Spero , et sa réponse a été appelée magnifique**.
3' Les Florentins ne profitèrent pas de la courte visite que leur fît Pétrarque en i35o , pour révoquer le décret par lequel on avait confisqué les biens de son père , qui avait été banni peu de temps après l'exil du Dante. Ils ne furent pas éblouis de la gloire de leur compatriote ; mais, lorsque l'année suivante ils eurent besoin de son secours pour former leur université , ils se repentirent de leur injustice , et Boccaccio fut envové à Padoue pour engager Pétrarque à venir se fixer dans le sem de sa patrie , où il pourrait finir son immortelle Africa . rentrer dans tous ses biens et jouir de l'estime de ses compatriotes. On lui laissait le chois de la science ou du livre qu'il voudrait professer ou commenter. On l'appelait la gloire de son pays; on lui disait qu'il était déjà bien cher aux Florentins, et qu'il le serait encore davantage; enfin que, s'il trouvait, dans la lettre par laquelle on lui adressait toutes ces propositions , quelque expression
■ L"' GiPc SI' vaiilait d Tlir Jo-oVOUlOÇ. Voyri le dcroiei l'hapilrr du dcrnirr livre dr Driiys d'IIali-
••E inlorno alla ma.ijnitira rlspnsl.i , etc. S.msi , VHa itt Timo , tih. Ill, fi.ijf i/,3, hwt 11 a' erfid'on Bfijritmo. r.Vsi la priifre (lu C.aloii d'Addi.»oti
qui ne lui convint pas , il revint parmi ses concitoyens , ne fût-ce que pour corriger leur style. Pétrarque parut d'abord écouter favorablement les flatteries et les ouvertures de son ami ; mais il ne retourna point à Florence , et préféra faire •un pèlerinage à la tombe de Laure et aux ombrages de Vaucluse.
5î Boccace fut enterré dans l'église de Saint-Michel et Saint- Jacques , à Certatdo, petite ville du Valdelsa, où quelques uns croient qu'il avait pris naissance. Il y avait passé les dernières années de sa vie dans une élude laborieuse qui abrégea son existence. On devait croire que dans ce lieu sescendres pouvaient espérer, sinon de la gloire . au moins le repos; mais les hyènes bigotes de Certaldo violèrent sa tombe et en jetèrent les ruines hors de l'église où elle avait été construite. I/occasion et peut-être l'excuse de cette violation, fut la réparation du pavé de l'église. Le fait est que le monument élevé à Boccace fut enlevé et jeté de côté dans le fond de l'édifice. Ici l'ignorance partagea la faute de la bigoterie. Userait pénible de remarquer un pareil oubli de la vénération que les Italiens professent pour tous les grands noms de leur pays , si je n'avais en même temps à ciîer un trait qui fait honneur et qui est plus conforme au caractère général de la nation. Le principal personnage du pays, dernier rejeton de la branche de Médicis, protégea la mémoire outragée du défunt avec ce zèle que ses ancêtres les p'us illustres avaient mis à encourager tous les talensde leurs siècles. La marquise Lenzoni vengea la tombe de Boccace du mépris et de l'obscurité dans laquelle on l'avait laissée quelque temps, et lui assigna une place plus honorable dans son propre palais. Elle a fait plus : la maison où le poète était né avait été aussi peu respectée que sa tombe ; le propriétaire, indifférent à la gloire de son ancien maître, la laissait tomber en ruines. ( Cette maison se compose de deux ou trois petites chambres et d'une tour peu élevée , sur laquelle Cosme II fit placer une inscription. ) La marquise a pris ses mesures pour l'acheter, et elic se propose de la faire restaurer avec tout le soin et toute la distinction que méritent le berceau et le toit du génie.
Ce n'est pas ici le lieu d'entreprendre la défense de Boccace ; mais un homme qui sacrifia son faible patrimoine au désir d'acquérir de l'instruction; qui devint le savant le plus capable de faire connaître dans tout son pays les livres et les poésies des anciens Grecs; un homme qui non seulement inventa un nouveau style, mais encore fonda et fixa une langue nouvelle; un homme qui jouit de l'estime des cours les plus polies de l'Europe, et fut jugé digne des charges les plus élevées de la première république de l'Italie, et, ce qui est bien plus honorable encore , de l'amitié de Pétrarque ; un homme qui vécut en philosophe et en citoyen, et qui mourut victime de son amour pour la science, méritait plus de considération qu'il n'en obtint des prêtres de Certaldo , et de la pai t d'un voyageur anglais qui l'a appelé dernièrement écrivain odieux, méprisable et licencieux , dont on aurait dû laisser pourrir le cadavre impur sans jamais penser à lui *. Par malheur pour ceux qui déplorent la perte d'un homme aima-
'Clastlcal Tour { V.iyage clatsSque J. cap. ix , vol. II , p. 555. . Je ue veux rien diie de Botciiccio , le moderne Pétrarque : labus du génie est plus odieux cl plus méprisable que son absence lolale , cl il imporle fort peu de savoir en quel lieu soni déposés les resles impurs d''un aulenr licencieux. i\ir le même mnlif , le Toyageur passe sans s'arrOler auprès de la lomlic du méchant Arélin. . '
Le sens louche de celle phrase ne peut paraniir Taulcnr du .«onprpn dax.ir commis une aulri It-
3i8 NOTES
l)le , le voyageur anglais est hors des atteintes de toute ciilique ; mais la mort , (jui n'a pu protéger Boccace contre les attaques de M, Eustace, ne pourra garantir M. Eustace du jugement impartial de ceux qui lui survivront. La mort pourra canoniser ses vertus , mais elle ne consacrera pas ses erreurs; on dira modestement qu'il a outre-passé les bornes comme auteur et comme homme , en évoquant l'ombre de Boccace avec celle de l'Arétin, au milieu des tombeaux de Santa-Croce , pour la chasser ensuite indignement. Pour tout ce que le vr)yageur dit au sujet de
Il flagello de' prîncipi Il diTÎD Pielro Arelino ;
peu nous importe la triste renommée d'un faquin qui ne la doit qu'à ce burlesque caractère que lui donne le poète cité dont l'ambre a préservé de la putréfaction tant d'autres impuretés et tant d'autres insectes: mais assimiler Boccace à l'Arétin, et excommunierses cendres, cette action doit par elle-même nous faire douterdes titres que le voyageur classique peutavoirpour parler de la littérature italienne , et même de toute autre littérature; car, si l'ignorance est un motif d'incompétence pour prononcer en pareille cause, les préjugés attachés à une profession doivent égarer un auteur sur tousles sujets. La méchanceté ou l'injustice peuvent prendre le nom de ce qu'on appelle vulgairement cas de conscience; et cette misérable excuse sera la seule que pourront alléguer le prêtre de Certaldo, et l'auteur du Classical Tour. Il aurait bien pu se contenter de censurer les contes de Boccace; mais, s'il s'était rappelé que c'est à cette source que Dryden a puisé ses vers les plus harmonieux, la reconnaissance aurait dû lui faire borner sa critique aux qualités répréhensibles des Ccnl nouvelles. Quoi qu'il en soit, le repentir que Boccace montra d'avoir composé ces ouvrages devait faire respecter ses cendres ; ceux qui violèrent sa tombe auraient dû se rappeler que, dans sa vieillesse, il avait écrit à l'un de ses amis une lettre pour le dissuader delà lecture du Décaméron. La modestie l'engageait à cette démarche ; et d'ailleurs il y était encore poussé, « parce que, disait-il, je ne puis avoir partout des apologistes qui m'excusent de ce que j'ai écrit pendant ma jeunesse et par l'ordre de mes supérieurs*. » Ce n'est ni la licence de l'écrivain, ni la corruption des lecteurs, qui ont donné au Décaméron , seul entre tous les ouvTages de Boccace , une éternelle popularité. Mais la formation d'une langue nouvelle et harmonieuse ne pouvait éviter d'immortaliser le livre dans lequel on la trouvait fixée pour la première fois. Pour la même raison , les sonnets de Pétrarque ont dû survivre au poème dont il était le plus content, cette Africa qui était le poème favori des rois. Le naturel et le sentiment qui se trouvent
vue, à propos de la pince occupée par le tombeau de l'Arélin. ("c lombeau élail à Venise dans l'église de Saint-Luc , et donna lien à la fameuse contro\erse dont il est question djns Bayle. L'analhèmc de M. Einlace nous ferait croire que celte tombe est à Flnrence ,\iu du moins qu'on peut la retrouver quelque pari. Il est impossible desavoir aujourd'bui si l'inscription sur laquelle on a tant disputé fut jamais placée sur la tombe d'Arélin ; car tous les monnniens qui pouvaient perpétuer sa mémoire ont disparu de l'église de Saint-Luc , depuis que celle église est convertie en magasin de lampes.
" Non enim uhique est q\ii in eicusationrra nieam cousurgens dical : JuTcnis scripsil , el majoris coarlus^iiuperio. La Itllrc éltiii adressée à Mn^hinard de Cavalconti , maiiilial du rujaiimf dt Sicilr Tiraboschi.
DU CHANT QUATRIEME. 3i9
partout dans les nouvelles et dans les vers des deux autours, voilà sans doutf' la cause principale de la vogue que leurs ouvrages ont dans les [)a)s étrangers. Mais, comme homme , il serait aussi absurde de juger Boccace d'après son livre, que de considérer Pétrarque autrement que comme l'amant de Laure. Et. quand même le père de la prose toscane ne serait connu que comme auteur du Decameron , un écrivain prudent se serait bien gardé de prononcer contre lui une sentence qui fût en contradiction avec l'infaillible jugement des nations et des siècles. Il est inouï qu'on ait jamais regardé comme irrévocablement bon un ouvrage qui ne se recommande que par la licence des pensées.
Le véritable motif du haro que l'on cria de bonne heure sur Boccace, ce fut que le poète choisissait toujours dans les cours ou dans les cloîtres les personnages scandaleux qu'il voulait peindre ; les princes ne tirent que rire des aventures si injustement attribuées à la reine TItéodolinda , mais les prêtres furent indignés de voir peindre les couvenfe et les ermitages comme des lieux de débauche. Sans doute qu'ils étaient frappés de la vérité des tableaux. On assure que deux nouvelles sont fondées sur des faits déguisés en contes par l'auteur, pour tourner en ridicule l'usage de canoniser des fripons et des voleurs. Ser Ciappellelo et Marceltnus sont cités avec éloges , même par le réservé Muratori. Le grand ArnauM ( comme l'appelle Bayle) assure que l'on proposa de faire , des Nouvelles , une édition dans laquelle on aurait retranché les mots de moine et de nonne , et attribué à d'autres personnages les actions licencieuses qui en sont le sujet. L'histoire littéraire de l'Italie ne fait pas mention d'une semblable édition; mais il parait qu'avant peu tous les savans de l'Europe n'eurent qu'une seule et même opinion sur le Dècaméron.... Le moment où l'auteur a été regardé comme loutà-fait absous remonte à plus de cent ans. « On se ferait siffler si l'on prétendait convaincre Boccace de n'avoir pas été honnête homme, parce qu'il a fait le Dècaméron. » Voilà comment s'exprime l'un des meilleurs hommes, et peut-être l'un des meilleurscri tiques qui aient jamais vécu, un véritable martyr de l'impartialité *. Mais comme cette assertion peut sembler venir d'un de ces ennemis que l'on doit toujours redouter, même quand ils nous font présent de la vérité, l'on trouvera un argument bien plus fort contre la proscription des cendres, de l'âme et de la muse de Boccace , dans une lettre de l'un de ses contemporains, homme vertueux et patriote ardent. Nous y verrons qu'il jugea digne d'être traduit par lui-même , en latin , l'un des contes de cet auteur si licencieux. « J'ai » remarque ailleurs , écrit Pétrarque à Boccace , j'ai remarqué que le livre lui- » même a été attaqué par quelques chiens ; vous l'avez vigoureusement défendu » par la voix et le bâton. Je n'en ai pas été surpris , car je connais la force de « votre génie , et je savais que vous connaissiez déjà la race insolente et impure » de ces hommes qui blâment dans les autres tout ce qu'ils ne veulent pas ou ne » peuvent faire eux-mêmes , tout ce qu'ils n'aiment ou ne connaissent pas. Ce » n'est qu'alors qu'ils ont du savoir et de l'éloquence ; ils sont muets dans toute » autre occasion **. »
'Eclaircissement , etc., p. 638 , éd. de Bâie , 1741, dans le sapplément au Dictionnaire de Bajie.
" Auimadfcrti alicubi librum ipsum canum denlibus lacessitum, tuo tamen baculo egregiè, tuâqup Toce defensum. Nec miratus sum , oam et Tires ingenii fui noyi , el scio expertus esses bominuut genua iosoleos el ignaTum , qui quidquid ipsi Tel aoluDt, Tel nesciunt , Tel dod posauni , in aliis
Heureusement tous les prêtres ne ressemblent pas à ceux de Certaldo; il s'en est trouvé un qui, ne pouvant avoir les eemlres de Boccace , a élevé à sa mémoire un cénotaphe. Au commenceincnt du seizième siècle, Bévius, chanoine de Padoue , fit placer à Anjua , en l'ace du tombeau du poète , une table portant une inscription dans laquelle il l'clevait aux mêmes honneurs que Dante et Pétrarque.
34 Notre vénération pour les Médicis commence à Gosme et finit à son petil- (ils. Cette famille n'a été pure que dans ses premiers membres ; et ce n'est que pour chercher les monumens élevés à la mémoire des vertueux républicains qu'elle a produits, que nous visitons aujourd'hui l'église de Lorenzo, à Florence. Une chapelle surchargée d'ornemens, et qui pourtant n'est pas encore achevée , est consacrée aux mausolées des ducs de Toscane : quoique remplie de tombeaux et de couronnes, elle ne fait naitre en nous que le sentiment du mépris pour la prodigue vanité d'une race de despotes, pendant qu'une dalle du pavé sur laquelle on a inscrit le nom du père de ces pays nous réconcilie avec le nom des Médicis*. Il était bien naturel que Corinne"* supposât que la statue du duc à'Urbino, dans la chapelle de' Vepositi, était élevée en l'honneur du grand homme qui portait ce nom ; mais Laureul-le-MagniCque n'occupe qu'une bière à demi cachée dans une niche de la sacristie. La décadence de la Toscane date de l'époque où les Médicis devinrent souverains. Notre Sidney a tracé une peinture énergique, mais fidèle, du calme sépulcral qui a succédé , en Italie , à l'établissement des familles aujourd'hui régnantes. « Malgré toutes les séditions de Florence et de quelques autres villes de Toscane, malgré les horribles factions des Guelfes et des Gibelins , des Fieri et des Bianchl, des nobles et des communes , ces cités furent toujours populeuses , fortes et très riches. Mais, en moins de cent cinquante ans , le paisible règne des Médicis réduisit à un dixième la population de celte province. On a remarqué , entre autres preuves de ce genre, que lorsque Philippe II d'Espagne donna Sienne au duc de Toscane, son ambassadeur, qui était alors à Rome, lui écrivit qu'il lui avait donné plus de six cent cinquante raille sujets nouveaux ; et aujourd'hui on ne peut évaluer à plus de vingt mille âmes la population de Sienne et de son territoire. Pise, Pistoie, Crotone et autres villes, alors riches et populeuses, sont déchues dans la même proportion; aucune ne l'est plus que Florence. Quoique cette cité eût long-temps été troublée par des séditions et des guerres presque toujours infructueuses, elle avait pourtant une telle force, que, lorsque Charles VIII de France , reçu comme ami dans ses murs avec son armée , qui plus tard conquit le royaume de Naples, essaya de se rendre maitre de Florence, le peuple, qui prit les armes , lui inspira tant de terreur qu'il s'estima heureux de se retirer en acceptant les conditions qu'il prétendait imposer. Machiavel dit qu'à cette époque Florence et ia vallée d'Arno, petit territoire qui appartient à cette cité, pouvaient, par le son d'une cloche, rassembler en quelques heures cent trente et un mille hommes bien armés ; au lieu qu'aujour-
rc'prebeiidtiDt ; .1(1 boc ununi docti cl arguli , scU eliiiguc.'> ni rcliqiia. • £/)is(. Jean. hocCMcio , op. t. I , p. 64o , edil. Basil.
' C.09IUU» Mrdicis, (Jecrelo publico, paler patrio:.
•' Curiiine , lib. XVIII , cap. m , vol. m, p. 248.
d'Iiui Florence et (ouïes les autres villes de la Toscane sont réiluiles à un tel degré de faiblesse, de mi.-ère et d'avilissement . qu'elles ne pourraient résister à l'oppression de leur propre souverain , ni le défendre ou se défendre elles-mêmes contre les attaques d'un ennemi étranger. La population a été dispersée ou détruite, et les meilleures familles ont été obligées de chercher un asile à Venise, à Gènes, à Rome, à Naples, ou à Lucque?. Ce désastre n'a point été causé par la guerre ou lu peste: la Toscane jouit d'une paix profonde, et le seul mal qui l'afflige est le gouvernement auquel elle est soumise *. Parmi tous les souverains qui se sont succédé , depuis l'usurpateur Cosme jusqu'à l'imbécile Gaston, nous chercherions vainement quelqu'une de ces qualités' par lesquelles un patriote se rend digne de commander à ses concitoyens. Les grands-ducs, et particulièrement Cosme III, ont opéré un tel changement dans le caractère toscan , que, pour excuser quelques imperfections du système philanthropique de Leopold, les naïfs Florentins sont obligés de confesser que ce souverain était le seul homme libéral qu'il y eût dans ses états. Encore même cet excellent prince ne regardait-il une assemblée nationale que comme destinée à faire connaître les besoins et les désirs des peuples , et rien de plus.
î5 « L'animosilé des deux arnues fut si grande, elles étaient si occupées par le combat, qu'aucun guerrier ne fit attention au tremblement de terre qui renversa presque de fond en comble plusieurs villes d'Italie , changea le cours de fleuves très rapides , fit refluer la mer dans les rivières , et renversa des montagnes très élevées*". » Voilà comment s'exprime Tite-Live : je ne sais si nos tacticiens modernes croiront que l'attention des soldats puisse être absorbée de celte manière.
Il est impossible de méconnaître les lieux où se donna la balaille de Trasi- >nène : en allant du village qui est au-dessous de Crolone, à Casa di Pluno, après la seconde poste de la route de Home , le voyageur a autour de lui , mais plus particulièrement à sa droite , pendant les deux ou trois premiers milles qu'il parcourt ,1a plaine qu'Annibal dévasta pour obliger le consul Flaminius à quitter Arezzo. A gauche et devant lui se trouve une chaîne de montagnes qui s'abaissent du côté du lacTrasimène, et que Tite-Live appelle montes Cortonenses. On les nomme aujourd'hui Gualandra. Le voyageur s'approche de ces montagnes, à Ossaja , village que l'on prétend avoir été ainsi désigné, parce que l'on y trouva des ossemens. Mais le fait est qu'on n'a point trouvé d'os dans cet endroit ; et la bataille se donna de l'autre côté de la montagne. Après Ossa'a , la route commence à s'élever un peu; cependant elle ne touche guère le pied des montagnes qu'à soixante-sept milles de Florence. La montée est peu rapide, mais elle est continue , et dure environ vingt minutes. On aperçoit bientôt le lac dans le bas ; sur la droite , Borghetto , tour ronde qui se détache au-dessus de l'eau ; les ondulations des collines en partie couvertes de bois au milieu desquels serpente la route , s'abaissent par degrés jusqu'au niveau des marais qui avoisinent
■ On government , chap, ii , Sidney, Locke el Iloadiey soul ks Iruis écrivains que M. lîuaie qualifie de l'épitbèle de méprisafftes,
** TaDtusque fuit ardor animorum . adeô inleulus pugnœ auimus , ut eum (erra; luoiuu qui ojullarum urbium Italia; magoa» parles proslrafit averlilque cursu rapide atones, mare lluaiinibus in- \ex\l. meules lapsu ingenli pioruit , nemo puguaniium senseril. Tit- Liv. lib, XXII ^ cap. \u.
celte lour. C'est un \nm plus bas que la route , et à la droite du voyageur, que font ces collines boisées où Annibal avait placé sa cavalerie ' ; au milieu , ou, pour mieux dire, au-dessus d'un déûlé qui se trouvait entre le lac et le lieu occupé aujourd'hui parla roule, et probablement très près de Borghelto, justement au-dessous des plus bas tumuW^*. A gauche et au-dessus des chaînes, on voit, sur une élévation , les ruines d'un édifice circulaire que les paysans appellent encore la tour d' Annibal le Carthaginois. Quand on est parvenu au point le plus élevé des chemins , on voit une partie de la fatale plaine que l'on découvre tout entière en descendant la Gualandra. Elle est bornée devant, derrière, et à gauche ,"par les montagnes de celte chaîne qui forme tout autour un arc de cercle très large, et s'abaisse rapidement à ses deux extrémités vers le lac qui représente la corde de cet arc. Des plaines de Cortona , on ne peui se douter de celle position ; elle ne parait même si complètement circonscrite qu'au spectateur placé au milieu. Aussi c'est un lieu naturellement disposé pour une embuscade , locus insidiis natus. Borghelto est située dans un passage étroit et marécageux qui s'étend entre la colline et le lac; mais de l'autre côté on ne peut trouver d'autre issue qu'en traversant la petite ville de Passignano , bâtie sur la pente delà Gualandra, donlle pied est baigné parle lac***. Il y a une petite eminence couverte de bois touffus, qui s'étend depuisles montagnes jusqu'àl'extrémi té la plus élevée de la plaine , très près et du côté de Passignano ; c'est là-dessus qu'est bâti un village nommé Tore. C'est sans doute **** à cette eminence que Polybe fait allusion, en disant qu' Annibal fit camper et développa les Espagnols et les Africains armés pesamment dans une position qui dominait la plaine. C'est de là qu'il fit avancer des Baléariens et les troupes légères ; ils suivirent à droite les hauteurs de la Gualandra, et, sans être aperçus, ils allèrent s'embusquer au milieu des collines interrompues, à l'endroit où passe aujourd'hui la route , pour se tenir prêts à charger le côté gauche et le front des ennemis , pendant que la cavalerie leur couperait la retraite. Au coucher du soleil, Flaminius arriva aux bords du lac, près de Borghelto; et sans envoyer des éclaireurs en avant , il s'engagea dans le passage le lendemain malin avant que le jour eût paru , en sorte qu'il ne put voir la cavalerie et les troupes légères dont il était entouré ,• il n'aperçut que les Carthaginois pesamment armés , qui étaient devant lui, sur la colline de Tore. Le consul déploya son armée dans la plaine , et , pendant ce temps , la cavalerie embusquée s'empara derrière lui des passages de Borghelto. Par celte manœuvre, les Romaius furent complètement cernés. Ils avaient à leur droite le lac ; en face , le gros de l'armée d'Annibal (]ui était posté sur l'éminence de Tore ; à leur gauche , les montagnes de la Gualandra étaient couvertes de ses troupes légères , et la retraite leur était coupée par sa cavalerie qui s'emparait du passage de Borghelto à mesure qu'ils l'abandonnaient. Outre cela , un brouillard , qui s'élevait de la surface du lac, enveloppa l'armée du consul sans nuire aux ennemis, qui occupaient des positions élevées, et sur lesquelles le soleil brillait de tout son éclat. Toutes les troupes embusquées
* Equiles ad ips.is fiiuces >,illus tuiniilis .iplù ii-goiiiibus local. TH. Liv. lih. Z^IIT , top. ir. '• Ijbi m:txinié monlps Corlonrnsep Tr;x?iinrnus svibil. Ibid '" hide cuIIps assiirgunt. î,oc. cit.
■■•' ni>l lih. Ill , iM|). nntiii.
pouvaient apercevoir la colline de Tore, afin de se concerter pour l'ordre de l'attaque. Annibal donna le signal du combat , et abandonna lui-même sa position : au mèmç instant, toutes les troupes qui étaient placées sur les hauteurs, en face de Flaminius , et sur la gauche , se précipitèrent dans la plaine comme d'un commun accord. Les Romains, qui se rangeaient en bataQle au milieu, entendent soudain les cris de l'ennemi qui est déjà dans leurs rangs, et qui les attaque de tous les côtés. Avant d'avoir songé à les repousser , avant d'avoir eu le temps de tirer leurs épées ou de reconnaitre l'ennemi qui les charge , les Romains sont enveloppés et perdus.
Deux petits ruisseaux qui prennent leur source à la Gualandra traversent la plaineet vont se perdre dans le lac. On rencontre le premier après avoir parcouru environ un mille dans la plaine ; il sépare le territoire de la Toscane des états de l'Église. Le second , qui est éloigné du premier d'un quart de mille , est appelé le ruisseau de sang ; et les paysans montrent entre les collines et le .Sanguinetto un lieu découvert qui fut, disent-ils, le principal théâtre du carnage. L'autre partie de la plaine est couverte de champs à blé dans lesquels sont plantés des oliviers très serrés; elle n'est guère unie que vers les bords du lac. Ce fut probablement dans celte partie de la vallée que se livra la bataille ; car les six mille Romains qui au commencement de l'action s'échappèrent au travers des rangs ennemis, gagnèrent le sommet d'une eminence qui devait être dans cet endroit ; autrement ils auraient eu à traverser toute la plaine, et à se frayer un passage au milieu du gros de l'armée d' Annibal.
Les Romains se battirent en désespérés pendant trois heures ; mais la mort de Flaminius fut le signal d'une déroute complète. Alors la cavalerie carthaginoise chargea les fuyards ; et le lac , le marais qui entoure Borghelto , mais surtout la plaine du Sanguinetto et les défilés de la Gualandra, furent couverts de morts. A gauche , au-dessus du Sanguinetto , dans un terrain qui est près d'anciens m.urs tombés en ruines , on a trouvé à plusieurs reprises des ossemens humains , et ces découvertes ont confirmé les assertions des paysans et la dénomination du ruisseau.
Chaque canton de l'Italie a ses héros particuliers. Dans le nord , le "énie familier du heu est pour l'ordinaire quelque peintre, et l'étranger Jules Romain partage avec Virgile les hommages des habitans de Mantoue *. Dans le midi, on fête des noms romains. Sur les bords du Trasimène , la tradition est restée fidèle à la gloire d'un ennemi : Annibal le Carthaginois est le seul nom antique que l'on vante sur les bords du lac Pérugien. Flaminius est inconnu , mais les postillons savent très bien montrer la place où fut tué il console romano. De tous les hommes qui combattirent ou périrent à la bataille du Trasimène , l'historien lui-même n'en a nommé qu'un seul après Maharbal et les généraux des deux armées. L'on retrouve encore le nom d'Annibal sur la roule qui conduit à Rome. A Spoleto , l'antiquaire du pays , qui est le palefrenier de la poste aux chevaux , conte à tous les voyageurs que sa ville repoussa l'ennemi victorieux , et montre une porte qui s'appelle encore porta dl Annibale. Il est presque super-
■ Vers le milieu du douzième siècle , les monnaies de Manloue portaienl d'un côté l'image de Virgile. Zecca d'italia , pi. XVII , i , 6. Foyage tant le UUanais , etc., par A. Z. Millio , tome II, p. jq4, Paris. 1817.
(lu de remarquer ici qu'un Français voyageur el écrivain bien connu , sous le nom (lu président Dupaty . a pris pour le Trasimène le lac Bolsena , qu'il lui a été commode de rencontrer sur sa route en se rendant de Sienncà Rome.
3*» Aucun voyageur n'a manqué de consacrer un long chapitre de son livre au temple de Clituninus , situé entre Folr«;no et Spolelo. Dans le fait , l'Italie n'offre rien qui soit plus digne d'une description. Pour l'historique de la dévastation de ^e temple, nous renvoyons le lecteur aux liistoricat illuslralions du quatrième chant de Cliildc-Harold.
^7 J'ai vu deux fois la ca.tcala del marmorc de Terni , et à deux époques différentes. La première fois , je l'ai vue du haut du précipice , et la seconde du bas de la vallée. Je préfère la vue que l'on obtient de cette dernière , et je la recommande au voyageur qui n'aurait pas le temps de voir la cascade d'en haut et d'en bas ; mais, de quelque position qu'on la considère , celte cascade vaut à la fois toutes les cascades et tous lestorreiis de la Suisse. Le Staubach, le Reichenbach , le Pisse-Vache , la chute d'Arpenaz, etc., etc., sont des ruisseau.x en comparaison de la cascata del marmorc. Je ne puis parler de la cbute d'eau de SchaCTouse , je ne l'ai pas encore vue.
38 Le lecteur trouvera dans une note de Manfred quelques mots touchant le temps, le lieu, et l'apparition de cette espèce d'arc- en-ciel. La chute ressemble tellement à the Ittll of waters ( i'enferdes eaux ), qu'Addison crut que cette cascade était le gouffre par où Alcclon se plongeait dans l'infernal séjour. 11 est assez singulier que deux des plus belles cascades de l'Europe soient artificielles, celle de Vulino et celle de Tivoli. J'engage fortement le voyageur à visiter celle de Velino au moins jusqu'à la hauteur du [)elit lac, appelé Pie di Lup. Pline appelle le territoire de Riélin le Tempe d'Italie; et, parmi plusieurs beautés très variées , le naturaliste latin mentionne les arcs-en-ciel que l'on voit chaque jour sur le lac Velinus. Un savant illustre a consacré un traité à la description de ce canton .seul.
39 Dans presque toutes les parties de la Suisse, on désigne l'avalanche par le nom de lamvlne.
4" Ces stances rappelleront sans doute au lecteur les remarques de l'enseigne Notherton, damn homo *. Mais ce n'est pas tout-à-fait le même motif qui nous fait haïr, lui Homère , et moi Horace. J 'ai voulu dire que nous sommes toujours lassés de notre tâche avant d'en avoir pu sentir les beautés ; que nous apprenons par routine avant de pouvoir ajiprendre par cœur ; que la fleur d'un ouvrage est déjà perdue ainsi pour nous ; que nous méconnaissons et dédaignons le plaisir et les avantages qu'il pourrait nous procurer, parce que la didactique nous fait anticiper sur les temps futurs dans un âge où nous ne pouvons ni sentir ni comprendre les conceptions ingénieuses»ou fortes d'un auteur. Pour les goûter el les discuter, il faut être aussi familiarisé avec la vie qu'avec le grecel le Jalin. Pour les mêmes raisons, nous ne pouvons jamais sentir tout le sublime de quelques passages de Shakspeare ( le to be or not to be , par exemple). Dès l'âge de huit ans on nous les a l'ail entrer dans la lêlc pour exercer notre mémoire et non pas notre esprit. Aussi quand nous arrivons à l'époque de notre vie où nous pourrions apprécier ces morceaux , la curiosité est affaiblie et le goût est passé. Dans quel-
■ Au diable tolrc (luiiio .' Voyez le looian de Tom Jone» i. p.
DU CHANT QUATRIÈME. S.Sô
ques écoles du continent , on ne laisse entre les mains des enfans que des auteurs d'un ordre inférieur, et ils ne peuvent lire les meilleurs classiques qu'après avoir atteint l'âge de maturité. Malgré tout ce que je dis ici , qu'on ne m'accuse pas de faire éclater de la haine ou du dépit contre l'école où j'ai été élevé. Quoique paresseux, je n'étais pas un élève arriéré ; je crois même que personne ne peut être plus attaché au collège de Harrow que je l'ai toujours été moi-même, et ce n'est pas sans raison : une partie du temps que j'y ai passé a été le temps le plus heureux de ma vie : mon précepteur, le révérend docteur Joseph Drurv, n'a jamais cessé d'être le meilleur et le plus digne de mes amis: quand j'ai commis des fautes, je me suis trop bien souvenu de ses conseils, quoiqu'il fut trop tard ; et c'est toujours lorsque je m'y suis conformé , que j'ai agi avec prudence et sagesse. S'il lui arrivait jamais de lire ces lignes , dans lesquelles j'exprime imparfaitement les sentimens que son souvenir me rappelle , qu'il soit toujours assuré du respect et de la reconnaissance d'un homme qui serait plus fier d'avoir été son élève, s'il pouvait faire rejaillir sur son maître une gloire obtenue par l'observation plus stricte de ses préceptes.
•i' Pour cette stance et pour les deux suivantes ,1e lecteur peut consulter les historical illustrations du quatrième chant de Childe-Harold.
*' Orosius dit qu'il y eut trois cent vingt triomphes. Pavinius a suivi l'opinion d'Orosius, et M. Gibbon et tous les écrivains modernes ont suivi celle de Pavinius.
*^ Certes, si la vie de Sylla n'eût offert les deux traits auxquels je fais allusion dans cette stance, les qualités les plus belles ne pourraient effacer à nos yeux l'horreur qu'il nous inspirerait. Le sacrifice qu'il fit en abdiquant volontairement le pouvoir doit peut-être le réliabiîiter dans notre esprit, comme il parait l'avoir réhabilité dans celui des Romains ; car sans doute ils le respectaient, puisqu'ils le laissèrent vivre. Il est impossible d'être divisé d'opinion à ce sujet: tous les Romains crurent sans doute, comme Eucrate, que ce qui avait d'abord sembla de l'ambition était l'amour de la gloire , et que ce qu'on avait pris pour de l'orgueil était une véritable grandeur d'âme*.
<* Le 5 septembre, Cromweil gagna la victoire de Dunbar; un an après il obtint son crowning mercy** de 'Worcester. Quelques années plus tard, et le même jour qu'il avait toujours regardé comme le plus heureux pour lui, il mourut.
<5 Le projet de partager la statue de Pompée a déjà été mentionné par l'auteur de la Décadence et de la fin de l'empire romain. M. Gibbon l'avait trouvé dans les écrits de Flaminius Vacca ***. L'on peut ajouter à celte mention que le pape Jules III donna cinq cents ecus ( trois mille francs ) à ceux qui s'en disaient les propriétaires, et en fit présent au cardinal Capo di ferro , qui avait empêché qu'on exécutât sur elle le jugement de Salomon. Dans des temps plus civilisés, elle a souffert une véritable opération: les Français qui jouèrent ie
* Seigneur , tous changez toules mes idées , de la façon dont je tous vois agir. Je crojais qui- TOUS aiiez de l'ambition . mais aucun amour pour la gloire. Je croyais bien que Toire ânif êiait h.TUte , mais je ne soup<;oniiais pas qu'elle fût grande. (Dialogue de Sytia et iCFMcrate. ;
** La miséricorde couronnante : fat-eur du ciet , dans le tangage m\»liqtie de IVnoque. a. r.
'" lltmnrie , num. LVII, p^g** 9. ilonifaucon . Diarium itotieiim.
Brulus de Voltaire dans le Colysée de Rome , voulurent que leur César tombât près de la statue de Pompée , sur laquelle on croit que coula le sang du dictateur romain. Le héros, de neuf pieds de hauteur, fut donc transporté dans l'arène de l'amphitliéûlre ; et , pour faciliter ce transport , on lui amputa momentanément le bras droit. Les tragédiens républicains ont prétexté que ce bras était rapporté, et non antique; mais leurs accusateurs ne sont point persuadés qu'ils eussent respecté davantage la statue , quand même l'authenticité de toutes les parties eût été bien prouvée. Le désir de retrouver toutes les circonstances du fait de la mort de César avait fait prendre pour une goutte du sang du dictateur une tache qui se trouve près du genou droit. Mais une critique plus sage a rejeté non seulement l'authenticité du sang, mais encore celle de l'image, en disant que le globe du pouvoir, que la statue tient à la main, caractérisait jiUilot le premier des empereurs de Rome, que le dernier de ses maîtres républicains. Winckelmann " cherche à prouver que c'est peut-être la statue héroïque d'un citoven romain ; mais le Grimant Agrippa est bien héroïque, et elle est presque du même temps : d'ailleurs les statues romaines toutes nues étaient fort rares à la vérité, mais non pas défendues absolument. La figure convient beaucoup mieux à celui que"^* Cicéron appelle Iwminem integrum et caslum et gravem, qu'elle ne ressemble à aucun des bustes d'Auguste: "elle est trop sévère pour celui qui , selon Suétone , fut beaiT à tous les âges de sa vie. On a prétendu y retrouver les traits d'Alexandre-le-Grand ; mais la tète ressemble à celle des médailles dePompée"^**. Le globe, quia fait tant discuter, était une flatterie que méritait bien celui qui avait assez reculé les bornes de l'empire romain pour que r Asie-Mineure en devint le point central , tandis qu'auparavant elle en formait la limi le. Il me semble que Winckelmann **"* a eu tort de penser que le lieu dans lequel fut trouvée d'abord la statue ne peut point servir à prouver que c'est la même qui fut arrosée du sang de César. Flaminius Vacca dit qu'on la trouva sotio una cantina ; et l'on sait que cette cantina était dans le Viccolo de Leuiari, près de la Canceltaria, position correspondant exactement à cellede Janusdevant la basilique du théâtre de Pompée , dans lequel Auguste fit transporter la^statue après que la Curia eut été bri'dée ou démolie ♦*"*". Une partie de Y Ombra Pompeia******^ le portique, existait encore au commencement du quinzième siècle, elYJirium s'appelait encore Satrum. Ainsi nous le dit Blondus '***'^***^. Quoi qu'il en soit, la statue présente tant de majesté et une sévérité si imposante, elle se rattache à des souvenirs si mémorables , qu'en la voyant l'imagination ne laisse pas à l'esprit le loisir d'exercer ses jugemens, et que la fiction, si c'en est une, produit sur le spectateur un effet non moins puissant que la vérité. 46 Dans l'ancienne Rome, comme dans la moderne Sienne, il y avait sans
• Ilisloire de l'arl , elc.
•• Cirero, EpUt. ad Alticum.
■■■ Publiées par Causai)» dans Ir Muteum romaiium.
"■• Uiïluirc de l'art.
Suetan. in vit. Auguiii et Jut.Cocsar.
Tu modii Pompeia lenla ijiatiare sut umbra.
Ovin. Ars amamU.
*' FiOma iniiaurata.
doute beaucoup d'images de la mère-nourrice de son fondateur ; mais l'histoire fait plus particulièrement mention de deux louves. Dionysius * dit qu'il en a vu une en bronze et d'un travail antique , dans le temple de Romulus, sur le mont Palatin. On croit généralement que c'est celle-là dont parlent les historiens latins. Selon eux, elle fut fabriquée avec le produit d'une amende à laquelle on condamna les usuriers; elle était placée sous le figuier Rumine"" ; l'autre est celle que Cicéron "** a célébrée en prose et en vers. L'historien Dion ** ' ' dit , comme l'orateur , qu'elle fut frappée de la foudre. Maintenant les antiquaires agitent la question de savoir si la louve qui est aujourd'hui dans le palais des monumensest celle de Tite-Live et de Dionysius, ou celle de Cicéron ; ou bien enfin , si ce n'est ni l'une ni l'autre. Les auteurs du moyen âge ne sont guère moins divisés d'opinion que les modernes : Lucius Faunus **•'• dit que les trois auteurs ont voulu parler de la même , ce qui est impossible ; et que c'est de celle-là que Virgile a aussi parlé, ce qui se peut bien. Fulvius Ursinus ""'""''"rappelle la louve de Dionysius, et Martianus *"'*"'* dit que c'est celle dont Cicéron fait mention. Ricquius***"****adopte en tremblant l'opinion de Martianus. Nardini •*"»»i"<» croit que ce pourrait bien être une des louves que l'on conservait en très'grand nombre dans l'ancienne Rome ; mais , s'il faut se décider à la rapporter à quelqu'une de celles mentionnées par les auteurs anciens , il incline à la croire celle dont parle Cicéron. Montfaucon adopte cette opinion, et dit qu'il ne peut pas y avoir de doute à ce sujet. Parmi les auteurs des derniers temps, le tranchant Winckelmann dit que celte louve fut trouvée dans l'église de Saint- Théodore, très près de laquelle, ou même à sa place, était bâti le temple de Romulus, En conséquence, il croit que cette louve est celle de Denys *•"***'*"'. Il s'appuie sur l'autorité de Lucius Faunus, qui dit seulement que la louve était placée, mais non pas qu'elle fut découverte , près du figuier Rumine, dans le voisina^'C de Comitium , et cette indication-là ne convient guère à l'église de Saint-Théodore. Ricquiusfutle premier à commettre l'erreur, et Winckelmann »»"'»i'*»»»f l'a répétée après lui. Flaminius Vacca nous fait une histoire toute différente : il a , dit-il , entendu conter que la louve , avec les deux jumeaux , avait été trouvée près de l'arc de Septime-Sévère. Le commentateur de Winckelmann est de l'avis de ce savant ; et il se fâche contre Nardini , de ce qu'il n'a pas remarqué que Cicéron, en parlant de la louve frappée par la foudre dans le Capitole , se sert du temps passé. Mais, avec la permission de monsieur l'abbé, Nardini ne dit pa^ positivement que la louve est celle-là même dont Cicéron a parlé. Et, ijuand même
* Ântiq. Tom. lib. î.
•'Tlt.Liv. nui. lib. X.
■■• In Calil. Ill, 8 ; de Comutaiu , lib. II.
*•" Dion., flis(., lib. XXXVII.
Lac. Fauni, de Antiq. urh. Rom., lib. II.
••■*" Âp. Nardini, Roma vêtus , lib. V.
* Uartiani Vrh. rom. Topograph., lib. II.
"""" Imt. Kicquii, de capit. Roman. Comon , cap. xiiv.
"* Nardini, Roma vêtus, lib. V.
" Diarium italicum , lome I, p. 17^4.
Bittoire de t'arl. Winckelmann a commis une erreur bien étrange mdieanlqiie la Iou\e
dont parle Cicéron n'était pas dans le Capitol», et que Dion » eu tort de l'affirmer.
il l'aLirait affirmé, cette assertion n'aurait pas été si dépourvue de fondement. L'abbé est obligé d'avouer qu'il f a , aux jambes de derrière de la louve , des traces qui semblent bien annoncer la fulguration ; et , pour se débarrasser diî cette preuve qui le gène, 11 dit que la louve vue par Denys peut bien aussi avoir été frappée de la foudre, ou dégradée par quelque autre cause.
Pour bien examiner le sujet , faisons attention aux mots qu'emploie Cicéron. Dans deux passages, l'orateur semble spécialement désigner comme atteint par le tonnerre, Rémus, et plus particulièrement Romulus, qui, selon ce qu'il se rappelait avoir esitendu dire, avaient été dans le Capitole. Dans ses vers, il dit que les jumeaux et la nourrice furent renversés en même temps, et que les traces des pattes de la dernière laissèrent leur empreinte. Mais Cicéron ne dit pas qu'elle fut consumée par le météore, et Dion se borne à dire qu'elle fut renversée , sans faire allusion , quoi qu'en dise l'abbé , à la violence du coup , ni à la solidité avec laquelle elle était fixée sur sa base. Ainsi donc, toute la force de l'argument de l'abbé ne porte maintenant que sur le temps passé ; et, pour faire perdre s» force à cet argument, il suffit de remarquer que la phrase de Cicéron ne dit pas autre chose , sinon nue la statue ne resta pas après l'accident dans sa position accoutumée. "VVinckelmann a fait l'observation que les jumeaux qui sont aujourd'hui placés sous la louve ne sont pas antiques; il est également certain que la louve porte des traces de dorure , et par conséquent on peut bien croire qu'elle appartient véritablement à l'ancien groupe. D'ailleurs, on sait que les images sacrées du Capitole n'étaient point détruites quand elles avaient été dégradées par le temps ou par quelque accident; on se bornait à les reléguer dans un dépôt souterrain appelé favissœ. Il est bien possible que !a louve eût été placée dans ce dépôt, et qu'on l'eût ensuite retirée pour la mettre dîms quelque place distinguée quand le Capitole fut rebâti par Vespasien. Sans citer aucune autorité, Ricquius dit qu'on la transporta du Comitlum au Latran, et de là au Capitole. Si elle fut trouvée pç^s de l'arc de Seplime Sévère , c'était peut-être une de ces statues que le tonnerre abattit dans le Forum lorsque Alario s'empara de Rome. Certes, on ne peut contester que cette louve ne soit réellement un morceau antique: la Onesse du travail est une preuve décisive, 'et cette circonstance aura induit Winckelmann à croire que c'était la même louve dont a parlé Denys. Cependant la louve duCapiloie pouvait bien être d'une date aussi reculée que celle du temple de Romulus, Lactance dit que , de son temps, les Romains adoraient une louve, et il est certain que les /(//jcrea/cs se célébraient encore, quoique toutes les autres fêtes de la superstition païenne fussent depuis long-temps tombées en désuétude. Cela nous explique comment on aura pu conserver une ancienne image , après qu'on avait fait disparaître toutes celles du paganisme.
Qu'on me permette de remarquer en passant , que la louve est le synibole de Rome, mais que l'adoration de ce symbole est une accusation gratuite portée contre les Romains parle zèle de Lactance. Les premiers écrivains chrétiens ne doivent pas toujours être crus quand ils attaquent les païens. Euscbe les accusa à leur barbe d'adorer Sinion-le-iMagicien, et de lui avoir élevé une statue dans l'ile du Tibre. Les Romains n'avaient sûrement jamais entendu parler de ce personnage , qui a joué néanmoins un rôle très important, mais scandaleux , dans l'histoire de l'Église. Il a même laissé plusieurs marques de son combat
DU CHANT QUATRIEME. ;i59
aérien avec sainl Pierre. Par mallieur, une inscriplion, trouvée dans celte île du Tibre, nous apprend que ce Simon Magus , mentionné par Eusèbe, n'était autre qu'une divinité indigène , et qui s'appelait Semo Sangtis , ou Fidius *.
Après qu'on eut abandonné le culte du fondateur de Rome , on trouva convenable d'entretenir les habitudes des bonnes femmes.de cette ville, en les envoyant à l'église de Saint-Théodore avec leurs enfans malades, comme elles avaient coutume de les porter avant au temple de Romulus *" ; cet usage dure encore aujourd'hui et semble prouver que l'église de Saint-Théodore occupe la place où fut jadis le temple de Romulus. En sorte que , si réellement la louve eût été trouvée dans ce lieu, comme le croit "VVinckelmann, on ne pourrait douter que cette statue ne fut la même que celle dont Dionysius fait mention. Mais Faunus, en disant qu'elle était sous le figuier Rumine, près du Comllinm , ne voulut parler que de son ancienne position mentionnée par Pline. Si même il avait bien fait attention à la place où on la découvrit, il ne nous eût jamais indiqué l'église de Saint-Théodore, mais un lieu bien différent où l'on croit qu'étaient jadis le figuier Rumine et le Comilium : ce lieu est aujourd'hui indiqué par trois colonnes près de l'église de Sainte -iMarie- Libératrice, au coin du mont Palatin , du côté du Forum.
Nous ne pouvons former que des conjectures touchant le lieu où celte louve fut trouvée. Après tout , les traces de la dorure et de la foudre prouvent son identité avec celle qu'a décrite Cicéron , bien mieux que tous les argumens possibles ne pourraient prouver le contraire. J'en ai parlé dans Childc- Harold comme de l'un de« morceaux les plus intéressans qui nous restent de l'antiquité. Cet éloge est très juste ; et certainement, si ce n'est pas la même statue , c'est au moins une copie de celle qui inspira ces beaux vers à Virgile :
Gerainûs liuic ubera circura
I.udere pendenles puPros et lambere matreru . ImpaTidos : l'IIam Icreli cerrice rrflpxam Muïcere allcrnos, pl corpora fiogere lingua.
JÎSEID. lib. VI[(.
il On peut être un grand homme en demeurant inférieur à César, que Bacon regarde comme le caractère le plus parfait de toute l'antiquité. La nature semble incapable de produire les combinaisons qui composaient ce génie, dont la souplesse étonna même ses contemporains. César est le premier de tous les capitaines ; il a été le seul politique triomphant ; personne ne le surpassa en éloquence dans ce siècle \s plus fécond en grands capitaines , en hommes d'état , en orateurs et en philosophes. Composant dans sa voiture de voyage un modèle parfait d'annales militaires; soutenant un jour une controverse avec Caton ; le lendemain écrivant un traité sur les jeux d'esprit , et formant un recueil de
'Eusebius, Eccles. Dijl., lib. II. Aianl lui, JusliD le niaM\r aiail racoDté celle histoire: ronius lui même fut obligé d'en avouer la fansselé. Voyez Nardini, Roma velus, lib. VII. " Rient, XII . Ripa accurala di Roma moderna dell' abb. Ridolf. r«nuH' , 1 761»,
bons mots ; combattant et faisant l'amour presque au même moment *, prêt à abandonner son empire et sa maîtresse pour aller visiter les sources du Nil ; tel dans ce siècle et le siècle suivant , César a toujours paru aux yeux des hommes les plus disposés à maudire ou à déplorer son génie fatal.
Cependant ne nous laissons pas éblouir par sa gloire incomparable , par ses qualités aimables, ou par sa grandeur d'âme, au point d'oublier l'impartiale sentence de l'un de ses compatriotes : jure c«sds esistimetur '* ; il fut justement immolé.
^^ Omnes penè ictères, qui nihil cognosci, nihil perd pi , nihil sciri
posse dixerunt ,■ angusios sensus , imbecillos animas , brevia curricula vitœ ; in profunda veritaiem demersam ; opinionibus et insiilutis omnia teneri; nihil verilati relinqui : deinceps omnia tenebris circumfusa esse dixerunt*** . Depuis dix-huit cents ans que Cicéron a écrit cela , l'humanité n'a perdu aucune de ses imperfections ; et l'on peut , sans injustice et sans affectation , transporter dans un poème écrit d'hier les lamentations des anciens philosophes.
^9 Ici j'ai fait allusion à la tombe de Cecilia Métella , appelée Capo di Bave, qui se trouve dans la voie Appienne. (Voyez les Eclaircissemens historiques du IF" chant de Childe-Harold.)
^° Ov 01 Otoi yiXovcnv àiroGv/iaxEi ve'oç.
To yap Gay£~v ovx a'{7j(pov,àXVac(7;(pw; Gavcîv.
Rich. Franc. Phil, Brunch Poetœ Gnomici, p. 23i, éd. 1784.
' • Le Palatin est une masse de ruines , surtout du côté du cirque. Le sol est formé de débris de briques. Rien de ce qui a été dit , rien de ce qu'on peut
■ Lucain , au dixième livre de la Phar^aU , nous aioulre César leiul encore du sang de Pbarsale el dans les bras de Cléopâlre:
Sanguine ThessaticcB cladU perfusits adulter AdmUît Fenerem curis etmiscuït ariiitt.
Après avoir soupe avec sa maîtresse , iJ passe toute la nuit à converser avec les sages de t*£g}'plet et dit à Achoreus :
« Spes sii miki ceria vUendi l'iîtiacos' fonte» ^ betlum civile retinquam. > " Sic velut in tutâ securi pace traliebant flociii iter medium. ^
Un momenl après il combat de nouveau , et défend chaque position :
Sed adesl defensor ubique
Ccsiary et tws aditus gladiis. ho$ ignibui urcet
Cacù node carinis
Imituil Cœtar semper féliciter usui ' Pracipiti curêu bellorum et tempore rupto.
" Ainsi s'exprime Suétone, après avoir apprécié dignement le caiactère de César. Il se sert ici dune formule qui était en usage du temps de Tite-Live : Julium jure cœsum pronunliavil etiamsi regni frimine imont'i'fuerit , et que l'on conserva dans les jugcmens prononcés dans le cas d'bomicide justifiable , comme, par exemple , quand on avait tué un voleur. Vojei Suét. , fil. C. J. ftiarii, avec les oomairntaires de Pitiscus.
"' Acad. i-i5.
DU CHANT QUATPxIEME. 361
dire , ne saurait satisfaire que la crédulité d'un antiquaire romain. (Vo) ei les Historical iltustrations , pag. 206.)
5» L'idée qu'avaient les Romains, Cicéron lui-même, de la Bretagne, a mspiré ces lignes éloquentes à l'auteur de la Vie de Cicéron : « En voyant » combien ils nous raillaient sur la barbarie et la misère de notre île , on ne » peut s'empêcher de réfléchir sur les destinées et sur les révolutions des » empires. Rome , autrefois la maîtresse du monde , le centre des beaux-arts , 0 de la puissance et de la gloire , Rome languit aujourd'hui dans l'indolence et » dans la misère. Elle est esclave des plus cruels et des plus méprisables tyrans, » la superstition et l'imposture religieuse ; tandis que cette contrée lointaine , » jadis l'objet des railleries et du mépris des Romains policés , est devenue » l'heureux séjour de la liberté , de l'abondance et des lettres ; florissante pour M tous les arts et tous les raffinemens de la vie ; suivant peut-être la même » marche que l'ancienne Rome ; acquérant de grandes richesses pour pris de » sa vertueuse industrie ; passant de la richesse au luxe, du luxe à l'impatience » de la discipline et de la corruption, jusqu'à ce que, dégénérée et privée de » toutes ses vertus , s'approchant du moment de sa destruction , elle devienne " la proie de quelques oppresseurs audacieux , et que , perdant toutes ses quali- » tés estimables avec sa liberté , elle retombe par degrés dans son premier état » de barbarie *. •>
53 La colonne Trajane est surmontée d'une statue de saint Pierre, et saint Paul est placé au-dessus de la colonne Aurélienne. (^''oyez les Éclaire. Iiist.)
^i. Le nom de Trajan était devenu proverbial , pour désigner le meilleur des princes romains ''*.
Il serait plus facile de trouver un prince d'un caractère tout-à-fait opposé , que d'en rencontrer un qui fût doué de toutes les belles qualités de cet empereur. « Au moment où il monta sur le trône, dit l'historien Dion , il avait un )> corps robuste , une âme forte , et l'âge n'avait affaibli aucune de ses facultés. M II n'était ni envieux , ni médisant : il honorait tous les hommes de bien et les » faisait parvenir aux emplois; leur élévation ne réveilla jamais en lui la haine » ou la crainte. Il n'écouta jamais les délateurs ; il ne se livra point à la co- » 1ère ; il sut s'abstenir d'opprimer et de punir injustement ; il aima mieux être » aimé comme homme, qu'honoré comme souverain ; il fut affable avec le )) peuple , respectueux envers le sénat , et chéri de l'un et de l'autre ; il n'in- » spira de crainte qu'aux ennemis de son pays. >j
5 5 Les personnes qui ont lu Gibbon doivent être familiarisées avec le nom et les exploits de Rienzi. On trouvera dans les Hist, illustrations quelques détails et quelques manuscrits inédits relatifs à ce héros malheureux.
5 6 La respectable autorité de Flaminius Vacca nous porte à ajouter foi à ce qu'il dit au sujet de la grotte d'Égérie. Il nous assure avoir vu sur le pavé une inscription constatant que la fontaine était celle qu'Égérie avait consacrée
■ History of the life of M. Tullias Cicero, seel. VI. Un fail récent a été un exemple remarquable du renversement de ce contraste. On avait emprisonne une personne à Paris. On fit des efforts pour lui faire rendre la liberté. Le ministre français pcrsi.sia à la retenir en prison, sous prétexte qu'au lieu d'être un Anglais le captif n'était qu'un Romain. Voyci Fail» intéressans, concernant Joachim Màrat.
•■ Eutrope, Brer. Hisl. ïioman,, lib. VIU.
aux nymphes. L'inscription n'y est |>lus aujourd'hui ; mais Montfaucou cile deux vers d'Ovide inscrits sur une pierre de la vil/a Justiniani , et il croit que cette pierr** a été tirée de la même grotte *.
Cette grotte et la vallée qui l'avoisine étaient autrefois très fréquentées pendant l'été , et particulièrement le premier dimanche de mai , par les Romains , qui regardaient comme très salutaire l'eau de la fontaine qui coule au fond de la voûte, et qui, après avoir alimenté le petit lac, serpente dans le gazon touffu, et va se rendre au ruisseau du bas de la vallée. Ce ruisseau est celui qu'Ovide appelle Almo; mais ses qualités et son nom sont perdus dans la désignation moderne lYJqiiutaccio. La vallée elle-même s'appelle va/Zc «/«' Cafarelli, parce que les ducs de ce nom abandonnèrent leur fontaine aux Pallavicini , avec soixante rubbia de terrain environnant.
On ne peut guère douter que cette longue vallée ne soit la .même qu'a mentionnée Juvénalj sous le nom de vallée d'Egeria, et où Umbritius venait méditer, quoique la plupart de ses commentateurs aient cru que le satirique et son ami se rendaient dans le bosquet d'Aricie , à l'endroit où la nymphe rencontra Hippolyte et où elle était particulièrement adorée.
La porte de Capena est dislaiite de quinze milles de la colline d'Albe : cet espace Sf rait un peu trop grand. Devons-nous nous en rapporter à l'étrange conjecture de Vossius à ce sujet ? Il suppose que de l'endroit où la porte se voit aujourd'hui , et où il assure qu'elle était placée du temps des rois, elle aurait été reculée jusqu'au bosquet d'Aricie , et qu'ensuite on l'aurait remise à son ancienne place, à mesure que la ville "'' diminuait d'étendue. Le tuf ou le ptimex , que le poète préfère au marbre , est la substance dont se compose la couche de terrain dans lequel la grotte est creusée.
Les topographes *"* modernes disent qu'il } a dans la grotte une statue de la nymphe et neuf niches pour les Muses. Dernièrement un voyageur **** a découvert que la grotte avait été rendue à cette simplicité cjue le poète regrettait de voir remplacée par des ornemens mal appropriés. Par malheur , la statue sans tête qu'il y a dans la grotte semble moins avoir représenté une nymphe que quelque divinité d'un autre sexe, au moins. autant qu'on a pu en juger par ce que le temps a épargné ; neuf Muses auraient eu bien de la peine à se loger dan s six niches, et Juvénal ***** ne fait certainement allusion à aucune grotte en particulier. D'après la lecture des vers du satirique, on ne peut conchire autre chose, sinon que l'on désignait près de la porte Capena un endroit où l'on croyait que Numa avait eu ses entrevues nocturnes avec Egérie : là aussi il y avait un bosquet , une fontaine sacrée et des temples jadis consacrés aux Muses. Enfin do
* In villa Justiiiiiinâ exstal ingt^ns lapis qnai^ratiis >o1idus , in quo sculpta bfcc duo Ovidii Cdraiiiin juiit :
Jigerut eit quw prcehei atjuas dca grata Cawœnis; liln Hiimiœ conjux consHiumqim fuit.
Qui Ltpis videtur ex codem Ëgrria; fonte aut ejus viriniâ isihc coiiiporlalua. Dntrium ilutnum.
" De Magnit. vet. Rom. ap.Grœi'. Ant. roman., I. vi.
■" Ëc'ijinai'd, Descriziom di Roma • detl' agro romano, ilc.
■"' Classical Tour , cliap. vi.
•••'• Juviual , «alire III.
cet endroit on descendait dans la vallée d'Égérie, où se trouvaient plusieuis grottes artificielles. Il est clair que les statues des Muses ne faisaient point partie des ornemens que le satirique trouvait déplacés dans ces grottes. Il indique expressément d'autres temples( rfc/«6ra ) voués à ces divinités, au-dessus de la vallée , et il ajoute qu'elles en avaient étéchasséespour faire place à des Juifs. Effectivement , le petit temple , qui s'appelle aujourd'hui temple de Bacchus , était anciennement regardé comme ayant appartenu aux Muses, et Nardini les place dans un bosquet de peupliers qu'il y avait alors au-dessus de la vallée.
11 est probable, d'après l'inscription, et d'après la position de la grotte , que c'est «ne de ces speluncce dissimiles verts dont on retrouve encore la trace un peu plus haut dans la vallée , sous une touffe de buissons d'aunes. Si l'on vient aujourd'hui nous désigner spécialement une telle grotte comme étant celle d'Egérie, c'est une erreur que quelque moderne antiquaire aura commise en appliquant à une grotte en particulier l'épithète que Juvénal a donnée à plusieurs en général. Une erreur semblable pourrait tout aussi raisonnablement faire chercher, sur les bords de la Tamise .les lieux fréquentés par Numa.
Notre Juvénal anglais ne s'est pas laissé égarer par Pope. En traduisant , il a soigneusement conservé le pluriel :
Tlience slowly wiurjlog down ihe Tale , we view TLe Egeriao grots; ob how unlike ibe irue :
» De là , en suivant la douce pente du vallon , nous visiterons les grottes d'Égérie. Hélas 1 qu'elles ressemblent peu à la véritable 1 »
La vallée est remplie de sources; les Muses pouvaient quitter leurs bosquets pour se promener sur leurs bords, et Egérie présidait à ces fontaines. D'où il était dit qu'elle leur fournissait l'eau, et était la nymphe des grottes dans lesquelles elle la faisait couler. •
Tous les monumens du voisinage de la vallée d'Egérie portent des noms qu'on a donnés et changés arbitrairement. Venuti " avoue qu'il a vainement cherché les traces du temple de Jupiter, de Saturne, de Junon, de Vénus et de Diane, que Nardini prétendait avoir découverts ou qu'il espérait trouver. Le mutatorium du cirque de Caracalla, le temple de l'Honneur et de la Vertu , le temple de Bacchus, et, par- dessus tout, celui du dieu Rédiculus, font le désespoir des antiquaires.
Le cirque de Caracalla est figuré sur une médaille de cet empereur, citée par Fulvius Ursinus , et dont le revers porte un cirque qiie quelques uns supposent néanmoins èlrele circus maximus *". Cette médaille donne une idée très exacte de ce lieu d'exercice. Le sol n'a été que peu élevé, si nous devons en juger d'après une petite construction, en forme de cellule, située à l'extrémicé ânSplna, et qui était probablement la chapelle du dieu Consus. Cette cellule est à moitié cachée par le terrain comme elle devait l'être dans le cirque lui-même; car Dionv sius ne pouvait se résoudre à croire que le dieu Consus fut le Neptune romain , parce que ses autels étaient sous terre.
'7. A tout hasard, dit l'auteur des Questions académiques, ^'espère, quel
* Echioard et C. Cicéron.
" Aniitj. row., lib. If.
r,fit NOTES
1 que soit le sort de mes spéculations, que la philosophie regagnera l'estime «qu'elle mérile. L'esprit libre et philosophique de notre nation a été un sujet «d'admiration pour le monde entier. Telle a été la noble distinction des An- «glais, et la brillante source de toute leur gloire. Oublierons- nous donc les » nobles et n>âles sentimens de nos ancêtres , pour jaser de nos bons -vieux pré- » juges dans le langage de nos nourrices? Ce n'est pas le moven de défendre la «cause de la vérité. Ce n'est pas par une telle conduite que nos pères l'ont sou- 1 tenue dans les plus belles époques de notre histoire. Les préjugés peuvent gar- «der un moment les ouvrages avancés d'une place forte pendant que la raison «sommeille dans la citadelle : mais si la raison est frappée de léthargie , les pré- » jugés se hâteront de déployer leur étendard à la place du sien. La philosophie, ■>Ia sagesse et la liberté se soutiennent mutuellement : l'homme qui ne veut pas o raisonner est un bigot; celui qui ne peut pas est un idiot ; et celui qui n'ose «pas, un esclave. »( Pre/àcc , page i4, vol. i, i8o5.)
58 Suétone rapporte qu'obéissant à un avis qui lui avait été donné par un songe*, Auguste prenait une fois l'an les habits d'un mendiant, et se plaçait devant la porte de son palais en tendant la main comme pour demander l'aumône. Une statue représentait l'empereur dans cette posture de suppliant; elle était dernièrement dans la villa Borghese, maintenant elle doit être à Paris. Le motif qui portail les anciens à ce genre d'humiliation était l'espoir d'apaiser Nemesis , cette divinité qui poursuit toujours les heureux de la terre , et dont quelques emblèmes attachés au char de triomphe devaient rappeler aussi la puissance aux conquérans. Ces emblèmes étaient le fouet et le crotale , que l'on a retrouvés sur la Némésis du Vatican. La pose de la statue dont je parie a fait croire long-temps qu'elle représentait Bélisaire; et jusqu'à ce que la critique éclairée de Winckelmann *" soit venue rectifier cette erreur, on a accumulé les suppositions pour soutenir la première qu'on avait avancée gratuitement.
C'était aussi dans la crainte de voir finir tout-à-coup sa prospérité, qu'Amasis , roi d'Egypte , disait à son ami Pol\ crate de Samos que les dieux chérissaient les hommes dont la vie était mêlée de bonheur et d'adversité. On croyait que Némésis était toujours aux aguets pour surprendre les hommes prudens ; c'està-dire ceux dont la prévoyance ne les laissait exposés qu'aux simples accidens. Son premier autel fut élevé sur le bord de l'JEsœpus, en Phrygie , par Adraste, le même prince , sans doute , qui tua par mégarde le fils de Crésus. Aussi la déesse fut-elle surliommée Adrastea ***.
La Némésis des Romains était sacrée et auguste. On lui avait dédié sur le mont Palatin un temple où on l'adorait sous !e nom de Rhamnusia. Les anciens avaient tant de penchant à se confier dans la révolution des évènemens, et à croire à la divinité de la fortune, que , sur ce même mont Palatin , ils avaient
■ Sudone, m Viiâ Augusti, cap. xci. Cusaubon, dans la note sur ce passage, renvoie à Plularque, Vice de Camille el d'£ii]iliu.< Pauliis , cl à ses Apopbihegraes , pour le caractérr de ces déilès. On regardait comme le dernier degré dhumilialioii de lendre la main comme un mendiant ; el , lorsque le cadairedu préfet RuGnusfut porté en triomplie par le peuple, on ajouta à l'outrage en metlanl tes mains dans celle posture.
*" UUIolre dr l'art. Visconti appelle encore la Malue nue Cjbcle. L'abbé Fea la nomme Cbrysippe.
"" Dictionnaire de Bavie , arliclc .iilraftci.
consacré un aulre temple à la Fortune du jour *. Celle superslition esl celle qui a conservé le plus de puissance sur le cœur humain; comme elle concentre sur un seul objet la crédulilé si naturelle à l'homme, on la voit toujours agir avec beaucoup de force sur des esprits qui ne sont pas embarrassés par d'autres articles de foi. Quelques antiquaires onl cru que Rhamnusia était la même déesse que la Fortune ou la Destinée**. Mais c'était comme déesse de la vengeance qu'on l'adorait sous le nom de Némésis.
*9 Que l'admirable status d'après laquelle on a exécuté celle-ci représentât un gladiateur taquearius, ainsi qu'on l'a soutenu en dépit de AVincielmann ***; ou bien un héraut d'armes, comme l'affirme expressément **** ce grand archéologue; ou bien encore un porte-bouclier Spartiate ou barbare, selon l'opinion de son éditeur italien *****; il sera toujours permis de croire qu'elle est une copie du chefd'œuvre de Ctésilaiis , qui représentait un homme blessé et près de mourir, et danslequel onvoyaitpourtantlepeudeviequilui restait encore ******. Montfaucon ******* et Maffei ******** croient que c'est la même statue; la statue antique était en bronze. Le gladiateur était autrefois dans la villa Ludovizl; Clément XII en Gt l'acquisition. Le bras droit aété entièrement refait par Michel-Ange ***»"*♦»»,
''° Il y avait deux espèces de gladiateurs : ceux que l'on obligeait de prendre ce métier et ceux qui l'exerçaient volontairement. Ils étaient choisis dans plusieurs classes de la société : les esclaves vendus pour cela , les criminels, les Barbares qu'on avait faits prisonniers à la guerre, et que l'on réservait pour les jeux publics après les avoir fait servir à orner les triomphes des généraux ; ceux qui étaient arrêtés et condamnés pour cause de rébellion. On voyait aussi parmi les gladiateurs quelques citoyens libres, soit qu'ils fussent poussés à se dégrader
' fartante kujusce diei. (iicùron en parle, de Legib. lib. II.
'■ DBS. NtVEH,
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