‹ Œuvres de Lord ByronChapitre 15 sur 114 · XXXVI ESSAI · texte numérisé non relu

XXXVI ESSAI

prit séance, et prononça trois discours. Son début ou sa virginité parlementaire , comme on dit en* Angleterre ( maiden speech), lui attira des applaudissemens. On doit reconnaître au tour de ses trois harangues que l'opposition perdit en lui un champion redoutable , dont la mordante causticité eût plus d'une fois embarrassé le ministère : ce sont, sous plus d'un rapport, de vraies satires oratoires, soit qu'il pai'le en faveur des briseurs de metiers , ou en faveur des catholiques. Mais il sembla craindre de pi'ostituer son talent- au service d'une faction , et refusa de croire à la vertu ou au patriotisme de ceux qui se disaient les défenseurs de la liberté. Sa tribune à lui, ce fut la presse j son langage , la poésie.

A défaut des discours plus nombreux que nous eût valus un peu moins de dédain de la part de lord Byron pour le rôle de pair d'Angleterre, voici ce qu'il écrivait sur l'éloquence législative anglaise, dont il semble comparer les deux chambres au parlement de Satan : « Je n'ai jamais entendu personne qui répondît à l'idée que je me fais d'un orateur. Graltan en aurait approché sans son débit d'arlequin. Je n'ai jamais entendu Pitt; Fox une seule fois, et il me produisit l'effet d'un dialecticien, ce qui est, selon moi, aussi différent d'un orateur, qu'un improvisateur ou un versificateur le sont d'un poète. La manière de lord Grey est noble , mais n'est pas oratoire. Canning , quelquefois, ressemble beaucoup à ui% orateur. Je n'admirai jamais Wyndham , quoique tout le monde l'admirât : son éloquence n'était pour moi que tristement sophistique.

» Whitebread était le Demosthenes du mauvais goût et d'une véhémence vulgaire, mais forte et anglaise.

» Holland fait impression par le bon sens et la témérité. Lord Landsdown a du talent; mais c'est encore un dialecticien. J'aimerais beaucoup Grenvillc, s'il voulait réduire ses discours dp manière à ne pas parler plus d'une heure.

» Burdet a la voix douce et argentine comme Bélial en personne , et je crois qu'il est l'oi-ateur favori du Pandemonium; du moins j'ai toujours entendu vanter ses discours par les gentilshommes de campagne et par la diablerie iniuistérielle qui accourait quand il se levait pour prendre la parole.

» J'ai entendu le second discours de l'cvèque Marsh : il ne produisit aucune impression. Je trouve Ward (aujourd'hui lord

SUR LORD BYRON. xxxvii

Dudley et Ward) étudié , mais clair et quelquefois éloquent. Je n'ai jamais entendu, chose étrange ;, quoique j'en aie eu l'euvie, Peel , mon camarade d'école et de classe à Harrow • mais , d'après ce dont je me souviens, il est ou doit éti'e parmi les plus éloquens. Je n'admire guère le débit de M. Wilberforce : ce n'est qu'un flux de paroles , des paroles et rien que des paroles. Je doute beaucoup que les Anglais aient une éloquence proprement dite ; je penche à ci'oire que les Irlandais en awaze«^ beaucoup^ et que les Fiançais en auront et en ont eu dans Mirabeau. Lord Chatam et Burke sont ceux qui en ont approché le plus eu Angleterre j je ne sais ce que lord Erskine a pu être au barreau, mais , quand je l'écoutais à la chambre , j'aurais voulu qu'il fù* encore au barreau. Lauderdale est aigre , avec l'accent écossais, et piquant. Je ne dirai rien de Brougham , car j'ai une aversion personnelle contre l'homme.

» Mais, parmi tous ces orateurs, bons, mauvais et médiocres, j'ai bien rarement entendu un discours qui ne fût trop long pour les auditeurs et qui fût complètement intelligible : tout cela est une grande déception , et aussi ennuyeux que possible pour tous ceux qui sont obligés d'être là souvent préseus. Je n'ai entendu Sheridan qu'une fois; il parla peu, mais j'aimai sa voix, sa manière et son esprit : il est le seul de tous ceux que j'ai nommés que j'aie trouvé trop court. »

La publication des deux premiers chants de Childe-Harold eut lieu dans les premiers mois qui suivirent le letour de lord Byron, et révéla un puissant rival aux nombreux poètes qui se partageaient la gloire de donner à la littérature angbsise une ère nouvelle, non moins remarquable que celles du siècle d'Elisabeth et du siècle de la reine Anne.

Malgré quelques essais heureux de miss Joanna Baillic, l'art dramatique était à peu près délaissé par les Muses , depuis Sheridan et la mort prématurée de J. Tobin ; mais chaque jour de nouvelles productions, originales par la forme et le sujet, révélaient une pensée active, une poésie d'inspiration et de verve, jalouse de suivre le mouvement imprimé aux esprits par les grands évènemens du dernier siècle, La littérature, du temps de la reine Anne, se ressentait des importations du continent ; c'était généralement une littérature de cour et de salon, plus artificielle que naturelle, et un délassement de beaux-esprits,

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