‹ Œuvres de Lord ByronChapitre 16 sur 114 · XXXVIII ESS A · texte numérisé non relu

XXXVIII ESS A

plutôt que la vocation du génie, digne interprète de rcnthou-

siasrae, de la philosophie et de la liberté*.

Quelles que soient les erreurs et les défauts de la nouvelle école , elleavaitle mérite de s'éloigner des sentiers del'imitation, pour être plus nationale que ses devanciers. Chacun des nouveaux poètes osait avoir un caractère à soi , au lieu de se soumettre à la monotonie des formes convenues.

Quand Childe-Harold parut , l'émule de Cowper, G. Crabbe, après un long silence , venait de se montrer de nouveau avec toute la fraîcheur et la force de sa jeunesse encouragée par les éloges de Johnson et de Burke • Rogers conservait la tradition de l'harmonie de Pope et de Goldsmith ** ; Campbell***, non moins élégant et pur dans ses essais didactiques , prenait un essor plus élevé dans l'ode , et préparait sa Gertrude de Jpyoming , modèle de sensibilité et de grâce 3 Coleridge avait annoncé par des fragmens sa métaphysique rêveuse et sa puissante imagination , perdue depuis par sa propre indolence ; Wordsworth , malgré ses puérilités, savait trouver souvent un langage aussi sublime que les grands spectacles de la nature sur lesquels il aime à méditer. Southey, qui plus tard fut l'auteur de Roderic, avait célébré une héroïne française **** avec des vers quelquefois dignes de Miltou , et naturalisait dans la poésie du nord les bizaïTes fictions des Arabes et des Indous ***** j Moore, surnommé l'Anacréon irlandais , cultivait une muse plus gracieuse dont les accens un peu libres effarouchaient par momens la pudeur timide , mais qui se prêtait aussi aux hymnes de la gloire ou à la plainte d'un peuple opprimé ******. Walter Scott, enfin, le plus populaire de tous, choisissant ses modèles dans les traditions

* Les progrès des sciences, les découvertes nautiques, etc., doivent nécessairement étendre le cercle de la poésie dans noire siècle. Notre intention n'est pas de développer ici la tendance de la nouvelle école divisée en plus d'une secte. Nous lui avons consacré une partie de notre voyage en Angleterre et en Ecosse, oil nous avons essayé d'en faire apprécier les défauts comme les beautés. Mais n'oublions pas que lord Byroii parut dans une époque féconde en poètes parmi lesquels il eût été difficile à la médiocrité de se distinguer.

** Pleasures of memory.

*** Pleasures of hope.

**"* Joan of Jrc.

y»vY>f J'liatalts , the curse of Kdiatiw , etc, : r/c.

«YY^vv ji-jgf^ mélodies.

SUR LORD BYRON. xxxix

du moyen age, ressuscitait, avec plus de grâce et de vigueur, les chants de ces ménestrels , fidèles compagnons des preux sauvages de la chevalerie écossaise.

L'enthousiasme accueillit partout le nouveau poète. Les mêmes éloges retentirent dans tous les cercles , et les journaux s'empressèrent de s'enrichir de nombreuses citations qui firent oublier les critiques même les plus justes.

La Revue cV Edimbourg ne pouvait garder le silence, et il est ciaieux de comparer à l'article un peu cavalier sur les Heures de loisir , l'espèce de rétractation chagrine qu'elle se voit forcée de faire en faveur du jeune lord , poète malgré ses arrêts , et qui menace de lui arracher plus d'une fois encore des éloges.

« Lord Byron a sigulièrement profité depuis sa dernière compai'ution à notre tribunal. Voici un volume original et plein de talent j non seulement le poète expie les péchés littéraires de sa minorité , mais encore il proîuct bien davantage. Ce qui est surtout surprenant dans cet ouvrage , c'est qu'il plaise et intéresse si fort, privé comme il est de presque tout ce qui plaît et intéresse ordinairement. Point d'histoire, point d'incident; tout le poème consiste en réflexions et en descriptions, sans ordre, etc.

» Sou principal mérite est une liberté et une hardiesse singulière de pensées, une force et un bonheur de diction qui séduisent d'autant plus , qu'on ne sent ni travail , ni copie servile, etc.» Combien cet aveu dut coûter à la vanité des critiques I

On s'abandonne en lisant Clnlde-Harold à l'impulsion du génie de l'auteur; on est entraîné avec lui dans le tourbillon de ses pensées , sans avoir le temps de regretter le défaut d'ordre et l'irrégularité de son essor. C'est le vol audacieux de l'aigle qui parcourt librement les cieux , à travers les nuages , les ténèbres et les tempêtes , et qui plane avec orgueil au-dessus des mortels.

On sent que ce n'est qu'avec peine que le poète habite l'enceinte populeuse des cités ; il ne respire avec calme que dans l'atmosphère de la solitude , il ne sent d'enthousiasme véritable que pour la nature ; les grandes infortunes , les ruines des empires, semblent seules dignes de sa sympathie. Tout ce que les annales de l'histoire lui offrent d'imposant, et les évcneinens.

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