‹ Œuvres de Lord ByronChapitre 17 sur 114 · XL ESSAI · texte numérisé non relu

XL ESSAI

extraordinaires qui out fait l'étonnement de la génération actuelle , l'inspirent tour à tour. Il juge les résultats de la bataille d'Actium , et de celle de Trafalgar , avec la même indépendance. Les images des rois et des conquérans de l'antiquité figui-ent dans ses vers à côté des souverains qui vivent encore sur le trône ou dans l'exil : tel qu'un célèbre sculpteur * , quand il lisait l'Iliade, lord Byron exalte la taille des héros , et s'élève avec eux audessus du vulgaire.

A l'époque de la publication des deux premiers chants du Pèlerinage , l'attention de tous les peuples était fixée sur les lieux que visite Harold, et particulièrement sur l'Espagne, d'où partait le cri de résistance à l'oppression qui a réveillé l'Europe. Puisse l'hydre de l'anarchie ne point dévorer les promesses de la liberté chez une nation qui donnait alors au monde d'héroïques exemples de fidélité , de courage et d'honneur ** ! Les voyages du poète n'étaient pas entrepx'is en quelque sorte dans le seul but de distraire son inquiétude et sa mélancolie. Il sem blait avoir reçu une mission de ses compatriotes, pour étudier et célébrer la péninsule, la Grèce et l'empire ottoman. Il était comme le représentant de l'intelligence de tout un peuple: mais, en rendant compte de ses impressions , sa noble fierté lui défend de reconnaître des juges j il veut moins inspirer l'intérêt que commander les sentimens et les passions de ceux qui l'écoutent. Selon l'expression d'un autre poète ***, sa renommée est plus qu'une renommée littéraire j et, tel que le chef déchu dont la grande image est si souvent devant ses yeux , il tend à exercer un despotisme universel sur l'esprit des hommes.

La hardiesse d'attribuer la plupart de ses propres réflexions au personnage pi'esque odieux de Childe-Harold , a été souvent reprochée à lord Byron ; et ce reproche était une accusation indirecte conti'e lord Byron même, qu'on s'obstinait à identifier avec Childe-Harold , quoiqu'il n'eût peut-être d'abord qu'une idée confuse du caractère qu'il voulait dessiner. Mais cette misanthropie contribuait elle-même à faire naître la curiosité : c'était comme un prisme à travers lequel les objets devaient ressortir avec des formes bizarres , sans doute, mais du moins nou-

* Bouchardon.

** Écrit en 1822.

"*Tli. Moorc, Ed. Rev.

SUR LORD BYRON. xli

velles. S'il y a quelque chose de pénible daus ces boutades chagrines et ce scepticisme décourageant qui confondent un moment nos prétentions à une céleste origine, et ébranlent notre confiance glorieuse dans un avenir meilleur, on se réconcilie bientôt avec cette muse du désespoir, quand elle cède elle-même à un besoin d'émotions plus douces et plus consolantes. Sa douleur filiale et son amitié fidèle s'effraient du néant qu'il a cru voir après la tombe; il espère que les cœurs de ceux qu'il a aimés lui répondent dans un autre séjour.

Les accens de lord Byron s'adoucissent encoi'e quand ils s'adressent aux beautés de la terre ; les encliantemens de leurs regards sont plus puissans que le cercle magique que sa misanthropie a tracé autour de lui , pour l'isoler de la race humaine : sa main demande à la lyi'e des accords mélodieux pour célébrer leurs charmes; et quand le patriotisme les a élevées, comme en Espagne , au rang des héros , il leur prête des hymnes de triomphe et de gloire :

« Est-ce en vain qile la vierge espagnole aura suspendu aux » saules sa guitare silencieuse? Oubliant son sexe, elle a revêtu » la cotte-de-mailles des guen-iers, elle partage leurs périls et » chante l'hymne des batailles. Celle qui naguère pâlissait à la » vue d'une blessure, et que les cris lugubres de l'oiseau de w nuit glaçaient de terreur, voit aujourd'hui de sang-froid l'é- » clair des sabres, et la forêt mouvante des baïonnettes. Foulant » aux pieds les soldats expirans, elle s'avance avec le courage de « Minerve , dans les lieux où Mai'S lui-même craindrait de mar- '^ cher.

» O VOUS qui entendrez avec étonneraent l'histoire de ses cx- ^) ploits! si vous l'aviez. connue aux jours de la paix, vous auriez » admiré ses yeux plus noirs que son voile , ses accords mélo- » dieux , les boucles pendantes de sa chevelure , sa taille » aérienne , sa grâce divine ; mais auriez-vous pu croire que les » tours de Sarragosse la verraient un jour sourire à l'approche » du danger, commander des soldats et conduire la chasse péï> rilleuse de la gloire? n

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