L'ODE DU POÈTE GREC
Grèce, berceau des arts , quand ta gloire est flétrie , L'étranger ne peut plus louer que ta beauté. Ta beauté , don fatal ! malheureuse patrie , Qu'as-tu fait de ta liberté?
La muse qui peupla de n)mphes tes bocages, La lyre qui chantait les dieux et tes héros. Charmant de leurs accords de plus heureux rivages , Ne réveillent plus tes échos.
*Ceci était écrit en 1822. Nous avons eu un collaborateur pour les premières éditions ; mais la traduction ne portant plus qu'un nom, nous avons retraduit entièrement pour la sixième édition la plus grande partie de Don Juan , Beppo^ le prisonnier de Cliitlon , la fiancée d'Abydos , etc. Nous avons revu seulement les notes de CltiUle-IIarold, la CorrccpondiincevX les Conversations.
cxxiv ESSAI
J'aime sur Marathon à voir lever l'aurore ! Là, le Perse connut quels étaient nos aïeux. — J'ai rêvé quelquefois à l'aspect de ces lieux Que la Grèce était libre encore.
Oil sont -ils ces guerriers, la terreur des tyrans: Un barbare a brisé leur urne funéraire! O Grèce ! le tombeau de tes nobles enfans K'a pas conservé leur poussière.
Et nous ! d'indignes fers déshonorent nos bras : <f Esclaves! » ce nom seul est un cruel outrage ! Suffit -il de rougir, et n'oserons-nous pas Briser enfin notre esclavage ?
Terre , entr' ouvre ton sein ! de tes héros vengeurs , Qu'un seul vienne aujourd'hui nous guider à la gloire; Qu'il fasse retentir ces mots chers à leurs cœurs , Liberté , patrie et victoire !
vu.
Quelle voix du tombeau répond avec courroux : — «Nous ne serons point sourds aux cris de la vengeance! » Répétez-le, vivans ! Nous combattrons pour vous ! » — Les vivans gardent le silence.
Mais ils ont entendu le signal du plaisir ; Voyez-les se livrant aux transports d'une fête , Lâchement étouffer l'importun souvenir Qu'avait soulevé le poète.
Un groupe de beautés répète un chant d'amour !. Je sens des pleurs amers sillonner mon visage En pensant que leurs seins allaiteront un jour Des fils voués à l'esclavage.
Mer, reçois dans tes flots le poète mourant ! Ta voix couvre les sons de ma plainte affaiblie ; Dans ma terre natale, au barbare asservie , Je ne veux pas de monument .
SUR LORD BYRON. cxxv
— Sunium fut témoin de son heure dernière ; Les convives joyeux revenus sur ces bords !Ve purent retrouver sans un secret remords Son luth muet et solitaire.
Un musulman survient; son farouche mépris
Aux fils de Thémistocle a fait baisser la tête ,
Et, brisant sous leurs yeux la lyre du poète.
Il en foule aux pieds les débris *.
Malgré une foule d'ouvrages publiés sur la vie privée de lord Byron, aucun ne saurait nous consoler de la destruction, réelle ou simulée, de ses Mémoires. Rien ne saurait justifier M. Moore d'avoir trahi la confiance de son noble ami , d'avoir sacrifié la vérité à des scrupules de famille , à des intérêts de coterie. Lord Byron n'avait donné à M. Moore que le prix de son manuscrit, mais l'ouvrage lui-même est un legs fait au public, et dont M. Moore n'avait pas le droit de nous frustrer. Comment oublia-t-il , au moment de Vaiito-da-fé âe ces précieux volumes ce qu'il avait dit lui-même en les recevant : « Que de milliers » d'êtres , qui respirent à cette heure sur le vaste univers, re- » nonceraient avec joie au sommeil pendant de longues nuits » pour fixer comme moi leurs regards avides sur ces précieuses » pages ! » Les reproches de ces milliers cV êtres accompagneront partout M. Moore , jusqu'à ce que quelque heureuse indiscrétion venge la mémoire de lord Byron.
La Correspondance avec M. Dallas et sa mère ^ que la famille de Byron n'a pu empêcher qu'on publiât en France n'offre que quelques lettres intéressantes. Byron et quelques uns de ses contemporains, par Leigh Hunt, est une production où Byron ne joue qu'un rôle insignifiant**. Nous préférons les Con-
' Ces trois dernières stropheS ne sont point dans l'original.
** Nous aimons à citer ici, comme nous l'avions déjà fait dans le septième volume de notre édition in-8° , un ouvrage conçu et exécuté sur le plan deVEssai. Nous disions alors et répétons volontiers que l'auteur, madame L. S. B....c, réunit à un tact exquis de critique, l'enthousiasme du vrai et du beau. Ses essais de traduction ne sont pas moins remarquables que ses commentaires poétiques. Madame S. B. a eu l'avantage de venir après nous ; mais nous avouons que, malgré quelques erreurs dont aucune traduction peut-être n'est exempte , si eMe nous avait gagné de vitesse, nous n'aurions jamais osé venir après elle.
cxxvi ESSAI
versations recueillies par le capitaine Medwin , qui ont l'avantage d'être une espèce de commentaire pour les œuvres du noble lord ; c'est lui qui nous a fait connaître le premier ce fidèle Fletcher , le Sgannrelle de Don Juan.
La véracité du capitaine Medwin n'a pu être mise eu doute ; on s'est vu forcé de lui faire un grand crime de quelques inexactitudes. IVI. Murray surtout a produit plusieurs lettres qui sembleraient faire croire que lord Byron exagérait un peu , dans la conversation, les torts de son libraire. Quant à lady Byron et à sir Ralph Milbanke, nous ne saurions écouter leurs réclamations avec la même faveiu' 3 ils ont reculé devant la vérité en condamnant aux flammes les Mémoires du poète. Après avoir étouffé cette voix qui se fût élevée contre eux de la tombe même de Bvron , osent-ils bien se plaindre quand un ami se rend l'écho de quelques unes de ses paroles ?
M. Medwin est un officier honorable de l'armée anglaise que nous avons vu quelquefois à Paris , et nous avons pu apprécier sa modestie et sa candeur , vertus qui ne sont pas amies du scandale. M. Medwin était aussi, comme poète, digne de commenter les pensées de lord Byron. Son Assue'riis{o\i. le Juif errant ) peut être cité après Manfred. Il est enfin à regi'etter que le capitaine Medwin n'ait pas été choisi de préférence à Thomas Moore pour garder le dépôt des confidences de lord Byron , et nous devons lui savoir gré des révélations curieuses que contient le trop court mémorial de son séjour à Pise.