‹ Œuvres de Lord ByronChapitre 25 sur 114 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

DEPUIS LE De'pART DE LORD BYRON POUR LA GRECE JUSQu'a SA MORT.

L'éditeur des Conversations de lord Byron a rapporté avec détail la dispute qui eut lieu à Pise entre lord Byron et le sergent major Massi. Par suite de cette affaire désagréable, il se retira à Livourne j mais la famille Gamba ayant été bannie des états toscans, lord Byron alla se fixer à Gênes.

Il s'était intéri ssé, non seulement par ses vœux, mais par des secours secrets , à toutes les conspirations que l'Italie vit éclore en faveur de la liberté. Le mauvais succès de tout ce que tente-

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rent les patriotes italiens, le désappointement qu'il eut en voyant l'Espagne elle-même se laisser conquérir par les Français, poursuivant rapidement jusqu'au Trocadéro leur promenade militaire, l'arme au bras , firent tourner toutes les pensées politiques de lord Byi'fin du côté de la Grèce, lorsqu'elle répondit enfin aux vers de Childe-Harold par des cris d'indépendance. Il éprouva l'ennui delà vieille Europe, il connut la satiété de sa propre gloire littéraire, comme jadis il avait connu la satiété des jouissances d'une jeunesse bruyante et dissipée. Une noble ambition s'empai-a de lui : il espéra régénérer dans la Grèce rajeunie son existence de descendant des Bvron de Normandie, son existence de grand seigneur voluptueux, son existence de poète.

Il s'exalta à l'idée d'aller faire de la poésie en action, et commença secrètement ses premiers préparatifs , après avoir d'abord envoyé une somme assez considérable aux Hellènes, voulant, dans la cause qu'il embrassait, payera la fois de sa fortune et de sa personne. 11 s'accusait lui-même à cette époque de thésauriser , et parlait en riant de son avarice !

Lord Byron habitait une maison de campagne magnifiquement située sur le golfe de Gênes, et semblait borner tous ses plaisirs à des promenades à cheval et à la contemplation de la mer. Les Génois ne voyaient en lui qu'un lord indolent, amoureux du far mente , comme un autre Vatheck * , venu en Italie pour jouir de leur beau soleil et de leur beau climat , quai'd il méditait de vastes projets de régénération politique et de ooisade guerrière. Sa Teresa ( madame Guiccioli ) souriait en le voyant essayer un casque sur sa tête, et peser une épée as^ec cette main élégante dont il était soigneux comme un petit maître : elle oubliait que Napoléon aussi était fier de la sienne : Renaud folâtrait encore aux genoux d'Armide; mais le bouclier d'Ubalde avait dessillé ses yeux.

Avant d'accompagner lord Byron sur cette terre où il allait commencer une nouvelle vie, hélas! si courte, nous citerons par extraits la relation d'une visite que lui rendit à Gènes un jeune Français aussi spirituel qu'aimable, et « trop aimable même pour être auteur, » selon Byron : éloge épi gramma tique, qui , soit dit en passant, rappelle un peu trop l'auteur aristocrati-

* Voyez l'allusion à'M. Beckford dans le premier chant du Childe-Harold, strophe 23.

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que, et rend peut-être raison du titre dont il accompagna le billet mêlé au récit de M. C... n.

« C'est pénétré du vif désir de voir le premier poète de l'Angleterre et de l'époque, que j'entrepris, au commencement de 1823 , un voyage en Italie , où j'allais chercher quelques distractions à une perte récente et cruelle , me rappelant les stro-* phes de ce chantre de la douleur et du désespoir:

rt Oh Rome ! my country ! city of the soul ! » The orphans of the heart must turn to thee, » Lone mother of dead empires .'...

» Come and sec

» The cypress , hear the owl and plod your way )) O'er steps of broken thrones and temples , etc.

a Que ceux dont le cœur est orphelin viennent te contempler, » Rome I patrie de mon choix , cité de l'âme . mère délaissée des » empires détruits... Tenez voir ces cyprès, venez entendre ces » hiboux , venez fouler sous vos pas les débris des trônes et des » temples, etc. »

» Autantje souhaitais d'approcher lord Byron , autant je craignais de ne pouvoir être admis en sa présence. Je savais qu'il avait refusé de recevoir les étrangers qui lui étaient adressés , même par ses plus intimes amis j je m'étais muni en conséquence de lettres pour les personnes qu'il fréquentait habituellement à Venise, dans l'espoir de le rencontrer chez elles ; je sus à Turin qu'il habitait depuis quelques mois les environs de Gênes.

» Cette ville n'était pas sur mon itinéraire; cependant, malgré les rigueurs de l'hiver , et les périls d'une route inachevée à travers les Apennins , je me décidai à m'y rendre , bien plus impatient encore de contempler l'homme extraordinaire qui s'y était retiré, que toutes les merveilles des arts, qui décorent le malheur de cette seconde reine détrônée de la Méditeri'anée.

» Ces palais de marbre déserts, cette grandeur éclipsée, ce théâtre vide et silencieux de tant de scènes variées et brillantes , la léthargie et la misère du despotisme après la vie et la prospérité républicaines; l'asile des lettres enfin , occupé par les soldats du roi deSardaigne, parce que leurs disciples s'étaient prononcés pour les lois dans une tentative d'indépendance malheureuse; tous ces contrastes me semblèrent faits pour plaire à ce peintre de la nature , à cet historien du cœur humain , dont les

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altières productions révèlent tant de grandes et profondes méditations.

» Comme Gênes , lord Byron avait été aux prises avec le sort et les hommes j la nature l'avait aussi paré de tous ses dons , la civilisation de tous ses enchantemens , et, comme elle, son orageuse destinée le laissait, jeune encore, triste, fier, aimable et seul.

» J'écrivis simplement à lord Byron qu'un jeune Français qui n'avait d'autres droits à être admis près de lui , que son admiration pour son génie, s'estimerait heureux s'il daignait le recevoir.

• » J'attendis avec une sorte d'anxiété le retour de mon messager; j'avais peu d'espoir de voir agréer ma demande; je me représentais de combien de ciirieuxChilde-Hai'old devait être importuné avec des droits bien plus fondés et moins généraux que les miens; je rêvais à quelque moyen nouveau , piquant , dramatique, analogue à sa capricieuse sauvagerie, ou à celle de ses héros, pour atteindre mon but, avec une espérance intérieure néanmoins, fondée sur la simplicité de ma demande, sur le dénuement même où je me représentais de toute voie d'introduction, et qui devait tenter sa générosité hautaine. Je ne me trompais pas. On me rapporta avec un grand cachet revêtu de ses armes et cette devise : cre de Byron ., une lettre en italien ainsi conçue :

« Monsieur, il me sera bien agréable de faire votre connais- » sance; mais je regrette infiniment de vous dire que , n'avant » pas l'habitude du français, pour le parler ou l'écrire, je ne 1) pourrai pas profiter de tous les avantages de votre conversa- » tion , ni y réJDondre en cette langue par la mienne. Si malgré » cela ma déclaration ne vous effraie pas , je serai charmé de re- » cevoir votre visite demain sur les deux heures. Recevez les » sentimens d'estime que vous m'inspirez , et avec lesquels j'ai » l'honneur d'être ,

» Votre très humble et très obéissant serviteur ,

» Noël Byro>' , » Pair dAngleterre. «

)) Je fus exact au rendez-vous. Plein d'émotions diverses, je me fis conduire le lendemain, 7 janvier, sur l'Albaro^ coteau

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nui domine Gênes, et où , parmi les admirables maisons de plaisance des Giusiiniani , des Brignole , et celle qu'on a si justement appelée il Paradiso , chefs-d'œuvre d'architecture , ornés de fresques d'élèves de Raphaël , avec les plus beaux aspects du monde, se trouve la Casa Saluzzi , d'où l'on jouissait à la fois de la vue de la mer , de la ville et des Apennins , et dont Byron avait préféré le poétique séjour.

» La cour était environnée de cyprès taillés en ifs , en corbeilles en vases , et ces formes artificielles annonçaient du moins que ce n'était pas une maison abandonnée; car au gazon qui couvrait la terre, aux plantes sauvages qui fleurissaient autour des murs, à la dégradation du bâtiment empreint d'une ancienne splendeur , le palais paraissait

Solitaire comme son hôte.

But notv , as is a thing unblest by man , Thy fairy dwelling is as tone as thou I

Childe-Harold, ch. I , st. xxiii.

» Un laquais d'une livrée riche à la fois et sale, et qui faisait les fonctions de chasseur , m'annonça. Lord Byron jouait au billard avec le comte Giuliano , un de ses amis. Il passa dans une prande salle à côté, qui lui servait de bibliothèque, et où les livres étaient rangés en cercle sur une gx-ande table. J'y fus introduit par un jeune homme en costume oriental. La figure de cet Albanais me frappa par sa noblesse et sa beauté. Une grande barbe ombrageait son menton, il pouvait avoir vingt-cinq ans. » Son illustre maître s'avança vers moi avec une expression pleine de bienveillance et de charme. La grâce de ses manières, cette simplicité élégante, apanage du grand monde , plus que delà vie contemplative, dissipèrent mon embarras.

» Je m'étonnai d'abord de la petitesse de sa taille, tant nous sommes disposés à prêter des formes héroïques à ceux qui occupent une vaste place dans notre imagination. Il était vêtu de noir, vui large pantalon couvrait ses pieds, ce qui me rendait impossible à distinguer s'il y en avait un de contrefait; un habit noir étroit, un col de velours de la même couleur, le costume plus que négligé du plus humble poète était celui du noble lord dont le libraire payait chaque vers une guinée.

» 11 était dans la lorce de l'âgoj cependant l'empreinte des

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passions se laissait voir sur cette figure brune et pâle. Elles avaient blanchi avant le temps une partie de ses cheveux d'un châtain foncé , qui tombaient en boucles naturelles sur son front large et élevé. Sa bouche un peu grande , garnie de dents blanches et bien rangées, soit par sa construction naturelle, soit comme trace de sa pensée , avait peut-être quelque chose de précieux et d'affecté. Je songeai à ce mouvement des lèvres de Conrad qui révélait des idées d'orgueil quil avait peine à contenir.

And oft perfora lus rising lip reveals

The haughtier thought it curbs, Out scarce concents.

» Mais une expression vraiment sublime était celle de ses yeux. Tout son génie y étincelait. Je les verrai toute ma vie s'élevant tour à tour et naturellement vers le ciel , où il cherchait une inspiration et le mot pour la rendre , et s'.'djaissaut ensuite avec l'éclat du succès et de la bienveillance.

» Eu voyant Byron enfin , on comprenait cette vive séduction qu'il a dû exercer sur les femmes par la noblesse de ses traits , par la beauté idéale et rêveuse de sa phvsionomie , par ce mélange d'enthousiasme et de moquerie qui le montrait également puissant à exciter et à détruire des émotions, et qui donnait à son caractère un attrait mvstérieus.

» Avec moi, jeune Français , aimant et cultivant les lettres je ne saurais dire combien il mit à la fois de grâce, de coquetterie et d'abandon dans ses manières et dans sa conversation. Il semblait chercher à détromper en ma personne mes compatriotes que tant de calomnies de tout genre pouvaient avoir imbus de préventions contre raideur du T umpire ., et dont l'opinion lui était d'un haut pris. « On vous la peint, n'est-ce pas, comme » un ours, comme un monstre , me disait la pei'sonne présente à » nos entretiens; vous le voyez , vous l'entendez; » et je convenais de bien bon cœur qu'il était difficile d'être à la fois plus sublime et plus aimable.

» Ai-je besoin de dire que les traits fugitifs d'une conversation s'émoussent et perdent toute leur force dans un froid récit , sans l'à-propos , l'accent , l'expression de l'interlocuteur?

» Enuessayant d'en retracer quelques uns , je sens bien que je n'offre qu'une ombre de ce qui pour moi était si vif, si animé .

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si énergique ; mais on cherche et on trouve souvent le caractère (les hommes distingués jusque dans leurs mots les plus fi-ivoles.

» Je crus devoir m'excuser d'abord de l'indiscrétion de ma démarche ; lord Bvron me dit combien il en était reconnaissant et flatté , et me renouvela en très bon français ses regrets de ne pas mieux se servir de cette langue. Sur mon observation que j'avais cru le contraire, ou qu'on citait à Paris des bons mots tout français de lui , et lui ayant parlé de celui sur lady Caroline Lanib , il raconta qu'effectivement, à Venise, le comte Cicognara lui avant demandé pourquoi lady Caroline avait fait de lui un portrait si affreux dans Glenarvon , il lui avait répondu par cette plaisanterie : « C'est que je ne lui ai pas donné assez de » séances. »

» Nous parlâmes de Venise; c'est là que je pensais qu'il serait retourné après son aventure de Pise.

« Non , me dit-il , je suis venu ici où je suis parfaitement libi-e, » où j'écris ce que je veux. J'ai habité cinq ans Venise, je ne « sais trop pourquoi ; comme ou reste auprès d'une ancienne » maîtresse , plus par habitude que par sentiment.

» Vous venez de Paris ; y avez-vous vu Thomas Moore ? » Sur ma réponse affirmative : « Un petit homme ! w faisant signe de la main qu'il était un peu bossu. « Eh bien I quelle sensation y 1) a-t-il produite ?

,) — Pas autant qu'il aurait dû en faire. On l'entendait avec » plaisir chanter et accompagner sur sa guitare ses Mélodies ir- » landaises; mais ses succès se bornaient à cela.

» — C'est qu'il était là

« — Comment, lui dis-je , n'êtes- vous jamais venu à Paris » juger vous-même les choses et les hommes distingués qu'il rcn- » ferme?

» — J'y pensais en i8iS ; mais la Sainte-Alliance y était alors » tout entière , et je ne me souciais pas de l'y voir. »

» Il me fit un éloge exalté de cette Grèce qu'il avait adoptée pour sa patrie, avant qu'elle ne l'adoptât , et dont le nom , mêlé à une recommandation tristement prophétique, se trouve encore dans les dernières lignes qu'il m'adressa. q

« Pour Naples , me dit-il , je n'v ai jamais été . cl la (iernièiv

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» conduite des Napolitains me dégoûte tout-à-fait de les visi- » ter. »

» Mais tout ce qu'il v avait en lui d'altier, d'ardent , d'irritable, se développa lorsque la conversation amena le sujet de sa récente affaire de Pise. Il me raconta avec le plus grand détail que , revenant de se promener à cheval avec quelques uns de ses amis, ils avaient été heurtés par un militaire, et qu'ils n'en avaient tiré que des injures pour toute explication. Lue lutte s'ensuivit , parce que le militaire avait appelé des camarades à son aide; et me montrant son domestique albanais, qui eu ce moment traversait la bibliothèque : a Celui-là prit au collet ce » furieux , qui dans la mêlée fut blessé.

» Je lui avais offert de me battre avec lui ; mais comme c'était » un simple brigadier, l'affaire d'honneur n'eût pas été bien ho- » norable.

» Au reste , j'ai rendu compte de tout à notre ministie à Fio- » rence, qui m'a approuvé, et j'ai empêché, avant que l'affaire » ne fût éclaircie , qu'aucun de ceux qui en avaient été témoins » ne s'absentât.

» — Remarquez, ajouta le comte Giuliano, que miloi'd a généreusement indemnisé toute la famille du sergent.

» — Je vous prie, faites-moi grâce , ajouta sèchement Byron, » de vos éloges. »

» On venait d'exposer à Paris le tombeau égyptien de Belzoni , il devint le sujet de la conversation. Byron me demanda si j'avais vu ce voyageur. Je lui répondis que oui , et que j'avais été frappé de sa force corporelle et de sa taille.

« Vous ne sauriez croire, me dit-il, combien elle» lui avaient » donné d'autorité en Egypte. Mais ce qui est plus extraordinaire » encore, c'est la multitude des intrigues qu'il v avait établies. «

» En cherchant le Voyage de Belzoni , il me fit voir au frontispice sou portrait gravé , mais dont le costume musulman , observa-t-il, changeait beaucoup la ressemblance. Il regretta qu'avec tant de moyens de pénétrer la vérité, Belzoni ne se piquât pas plus de la dire.

« Un des hommes que je désirais le plus voir, me dit-il, était )) Goethe. C'est là un génie excentrique. » Et il témoigna une vive admiration pour ses divers ouvrages.

<' Nous sommes , dit-il . en relation , sans nous être jamais serré

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« la main ; mais je me propose bien de l'aller chercher quelque » jour à Weimar. »

» Voilà en grande partie , et autant que ma mémoire peut me les rappeler, les opinions et les jugeraens qu'émit Byron dans les trop rapides momens que je passai près de lui. Je l'ai dit , c'est lui qui donnait du prix à ces riens, qui , détachés , peuvent n'avoir que peu d'intérêt, mais qui dans leur ensemble, avec la grace qu'il y mettait, avec tous les soins d'unehospitaiité charmante, en avaient un extrême. Certes, il n'est pas de grand homme qui ne perdît au fidèle tableau de sa conversation familière j il n'en est peut-être pas cependant qui, aussi bien que celle de Byron, répondît à l'attente qu'elle faisait naître.

)) Il n'était pas exercé à parler le français, et il se servait avec moi de l'italien, qu'il prononçait comme s'il avait été sa langue naturelle. Le comte Giuliano avait la bonté d'interpréter au commencement les termes que je ne comprenais pas ; mais la vivacité de Byron ne s'accommoda pas long-temps de cette gène qui refroidissait la conversation j après avoir traduit lui-même quelques unes de ses expressions, il ne fit bientôt plus usage que du français avec moi, qui, soit par ses tournures, soit par son accent étranger, avait une force et une originalité nouvelles dans sa bouche. »

C'est de Gênes qu'est datée une lettre de lord Byron écrite à un autre Français M. B..., pourjustifierle caractère désir Walter Scott. Cette lettre fait également honneur aux deux poètes. Elle répond à une attaque qui n'intéressait pas moins l'amoui'propre de Bvron que celui de Walter Scott : mais lord Byron ne s'occupe que de la cause de son rival. Walter Scott venait aussi d'envover pour les Grecs une somme assez considérable ; car malgré ses opinions politiques , malgré quelques actes publics de courtisanerie qui n'étaient qu'un sacrifice à la circonstance, Walter Scott aime aussi la liberté. On a trouvé froide son apologie de Byron après sa mort: celte apologie n'est point passionnée, mais elle n'est pas froide cependant: on doit savoir gré au baronet créé par George IV , à l'écrivain ministériel , d'avoir rendu justice aux beautés de Don Juan. "Voici la lettre de lord Byron : nous avons transcrit aussi en son lieu l'apologie de Walter Scott.

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Gènes, 19 mai 182?.

a Monsieur,

» A présent que je sais à qui je dois la mention flatteuse de » mon nom dans Rome , Naples et Florence en 1 81 7 , par M. de "Stendhal, il est juste que j'offre mes remerciemens ( agréables » ou non , et pour ce qu'ils valent ) à M. Beyle , avec qui j'eus » l'honneur de faire connaissance à Milan, en 1816. Vous m'a- » vez fait trop d'honneur par ce qu'il vous a plu de dire dans cet » ouvrage j mais ce qui m'a causse autant de plaisir que les «louanges mêmes que vous me donnez, c'est d'apprendre «enfin (parhasai'd) que j'ensuis redevable à quelqu'un dont j'é- »tais réellement ambitieux d'obtenir l'estime. Tant de change- » mens ont eu lieu depuis cette époque dans le cercle de Milan, » que j'ose à peine en rappeler le souvenir... La mort, l'exil et » les prisons autrichiennes ont séparé ceux que nous aimions... » Le pauvre Pellico I j'espère que, dans sa solitude cruelle, la wMuse le console quelquefois... pour nous charmer encore «quelque jour, quand son poète sera rendu avec elle à la liberté. «De vos ouvrages , je n'ai vu que Rome , les Ties de Mozart » et (VHaydcn et la brochure sur Racine etShakspeare. Jen ai «pas eu encore la bonne fortune de trouver voire Histoire de la )> peinture.

» Il y a , dans votre brochure , une partie de vos observations «sur lesquelles je me permettrai quelques remarques: c'est au «sujet de Walter Scott. Vous dites que son caractère est r>peu digne d' enthousiasme ^ en même temps que vous men- » tionnez ses ouvrages comme ils méritent de l'être. Je connais « depuis long-temps Walter Scott , je le connais beaucoup , et je « l'ai vu dans des circonstances qui mettent en évidence le vrai « caractère de l'homme. Je puis donc vous certifier que son ca- «ractère est digne d'admiration , que de tous les homme il est le » plus franc , le plus honorable , le plus aimable. Quant à ses » opiîiions politiques, je n'ai rien à en dire : comme elles diffèrent » des miennes, il est difficile pour moi d'en parler j mais Scott «est parfaitement sincère dans ses opinions, ella sincérité peut » être humble, mais elle ne saurait être servile. Je vous prie donc » de corriger ou d'adoucir ce passage. Vous pourriez attribuer d| «peut-être ce zèle officieux de ma part à une fausse affectation de

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)) candeur , parce que je suis auteur moi-même; attribuez-le au » motif que vous voudrez , mais croyez la vérité: je dis que » Walter Scott est un aussi excellent homme qu'un homme peut «l'être, parce que je le sais par expérience.

» Si vous m'accordez l'honneur d'une réponse , veuillez bien » me l'adresser au plus tôt , parce qu'il est possible (quoique pas » encore décidé jusqu'à présent ) que les circonstances me conwduisent encore une fois en Grèce, Mon adresse, pour le mo- » ment, est à Gênes j et, si j'étais absent;, on me ferait parvenir » votre lettre partout où. je serais.

» Je vous prie de me croire , avec un souvenir très vif de notre «courte connaissance et l'espoir de la renouveler un jour,

« Votre très obligé et obéissant serviteur,

» Signé NoEL Byuon. »

Cette lettre date du 19 mai. Ce fut trois mois après que lord Byron fit en effet ses derniers adieux à Gênes et à l'Italie. Au commencement du mois d'août il s'embarqua à Livourne, sur V Hercule y capitaine Scott, qu'il avait frété exprès à son usage, et accompagné de quelques amis , entre autres de PietroGaraba^ frère de cette chère Teresa, qu'il ne devait plus revoir.

On trouvera dans le dernier v olume de la traduction de ses œuvres , un extrait des diverses relations publiées par ceux qui partagèrent ses travaux et ses périls dans la patrie des Hellènes; les ouvrages de P. Gamba , du colonel Stanhope , du capitaine Parry, etc. , sont également curieux à consulter.

Lord Byron arriva à Céphalonie dans les premiers jours du mois d'août iB^S. Curieux de voir le phénomène d'un volcan , il fit détourner son vaisseau de la route directe afin de s'approcher de l'île de Stromboli; mais il attendit vainement plusieurs heures; pour la première fois, dit-on , de mémoire d'homme, la lave resta assoupie pendant une nuit et un jour. Byron s'éloigna avec une sorte de dépit causé par ce caprice tlu volcan qu'il venait saluer avec son admiration de poète.

Lord Byron courutledanger d'un naufrage; mais enfin arrivé en vue de cette Grèce qu'il venait sauver, il resta long- temps incertain sur le lieu où il devait établir sa résidence; il craignait avant tout de paraître se livrera une des factions qui menaçaient déjà de compromettre les premiers succès dos Hellènes. Il se vil

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flatté par toutes , et conserva assez heureusement son impartialité.

En dédommagement de ses travaux, de ses périls et de la généreuse distribution de tout ce qu'il possédait, il ne demandait que la liberté de la Grèce. Aussi fut-il accueilli partout avec un enthousiasme qu'aucun étranger n'a excité depuis, à l'exception de notre bravée Fabvier. Il employa aussi son influence ù adoucir les rigueurs de la guerre , en délivrant plusieurs prisonniers turcs qu'il renvoya à ses frais à Yushef Pacha, Enfin , on put admirer en lui toutes les vertus clievalei-esques de ces preux dont il pouvait désormais se dire le descendant avec un juste orgueil. Rien ne put le lasser dans sa carrière de gloire, et son enthousiasme était d'autant plus remarquable, qu'il voyait les choses sans illusion , et s'exprimait franchement sur la cause qu'il était venu servir.

L'intérêt de cette cause exigea malheureusement qu'il établît son séjour à Missolonghi , dont le climat devint mortel pour lui. Quelques contrariétés contribuèrent aussi à rainer sa sauté. Nommé général de l'armée qui devait marcher contre Lépante, le retard de cette expédition l'affligea profondément. 11 eut une attaque d'épilepsie qui acheva d'abattre ses forces. Cependant il se disposait à se rendre au congrès de Salone^ où devaient se réunir tous les chefs des Hellènes; mais, leg avril, il fut atteint de la maladie qui devait terminer ses jours. Son vieux domestique Fletcher^ qui l'avait vu naître, et qui reçut son dernier soupir , a écrit de sa main le naïf récit de ses souffrances et de 3a mort. Il expira en prononçant les noms chéris de sa sœur et de sa fille , le 19 avril 1824.

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