‹ Œuvres de Lord ByronChapitre 36 sur 114 · EN LUI ENVOYANT LES POEMES DU CAMOENS · texte numérisé non relu

EN LUI ENVOYANT LES POEMES DU CAMOENS

Peut-être , beauté chérie , apprécieras-tu en ma faveur ce gage d'une tendre estime : ces vers célèbrent les rêves enchanteurs de l'amour; cest un sujet que nous ne pouvons jamais mépriser.

Qui le blâme , en effet, si ce n'est le sot envieux , la vieille fille désappointée, ou l'élève d'une école de prudes, condamnée à languir dans son ennui solitaire.

Lis donc , beauté qui m'es chère , lis avec émotion , car tu ne seras ni l'une ni l'autre; je ne t'implorerai pas vainement, tu auras compassion des peines du poète.

Camoëns fut un poète véritable, et son amour n'était point une flamme feinte. Puisse l'amour être ta récompense, comme il fut la sienne ; mais que vos destins ne soient pas les mêmes * !

Ah ! si ces yeux, au lieu du feu dont ils étincellent, exprimaient une affection non moins séduisante , mais plus douce , ils pourraient allumer un désir moins vif , mais un amour , un amour supérieur à celui des mortels serait ton partage.

Tu es si belle, et douée de tant de charmes, que , malgré le regard fatal de tes yeux , nous sommes forcés de t' admirer, mais avec désespoir. Ce regard enchanteur nous défend l'estime.

Quand la nature t'eut créée , elle te vit si belle et si parfaite , qu'elle craignit que , trop divine pour la terre , tu ne fusses réclamée par les cieux.

Pour conserver son plus cher ouvrage , et de peur que les anges ne vinssent le lui disputer , elle plaça un éclair secret dans ces yeux naguère célestes.

Quand ces yeux étincellent de tout leur éclat, ils pourraient effrayer l'ange le plus hardi. Il n'en est aucun que ta beauté ne doive enchanter; mais qui oserait braver ton regard de feu ?

On dit que la chevelure de Bérénice, changée en étoile,

• Lord Byroii fait allusion aux malheureuses amours de Camoëns avec Alayde.

décore la voûte du ciel ; mais les astres ne t'y admettraient pas , tant tu éclipserais les sept planètes.

Si tes yeux étaient donnés à une planète , les planètes rivales paraîtraient à peine à son côté : les soleils eux-mêmes dont le cours est fixé , ne jetteraient plus qu'une pâle lueur dans leurs sphères.

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