A LA FEMME
Femme! l'expérience aurait pu me dire que tous ceux qui te voient doivent t'aimer; l'expérience aurait dû m'apprendre plus siirement encore que tes plus belles promesses ne sont rien : mais quand je te vois m'approcher avec tous tes charmes , j'oublie tout, excepté de t'adorer.
O souvenir! bonheur si doux, lorsqu'il est uni à l'espérance de l'avenir et à la possession du présent ; mais combien tu es maudit des amans quand l'espérance a fui et que la passion n'est plus ! Femme , belle et tendre , mais trompeuse, que les jeunes amans sont empressés à croire! comme le cœur bat, lorsque nous voyons pour la première fois ces yeux si doux par leur céleste azur, ou si brillans lorsque leur feu s'échappe d'une noire prunelle, et si séduisans quand ils sont protégés par un élégant sourcil! Comme nous aiinons à croire à tous ses sermens ; quel plaisir d'écouter des lèvres charmantes nnirmurer la vérité qui nous plaît ! Nous croyons follement que cela durera toujours, mais un jour se passe, et tout est changé. Cette sentence ne sera jamais fausse : « Femme , tes sermens sont tracés sur le sable *. »
* C'est la traduction presque littérale d'un proverbe espagnol, a. p.
ii HEURES
Quand je rêve que vous m'aimez, vous me pardonnez sans doute , et votre colère ne s'étend pas jusque sur le sommeil ; car votre amour ne peut exister qu'en visions : je m'éveille , il ne me reste plus qu'à pleurer.
O toi, Morphée, hâte-toi de clore mes paupières, répands sur moi ta douce languevir; le rêve de cette nuit ressemble à celui de la dernière ; — quels transports célestes vont me ravir !
On dit que le sommeil est le frère de la mort , et lui sert d'emblème : ah! qu'il me tarde de rendre le dernier soupir, si mes rêves sont un avant-goût du ciel !
Mais ne fronce pas le sourcil, beauté si douce, et ne m'envie pas d'être heureux dans mon sommeil. Si je suis coupable en rêve, je le paie bien en étant condamné à voir le bonheur sans pouvoir l'atteindre.
Quoique dans mes songes peut-être je te voie me sourire, oh ! ne crois pas que le châtiment ne suive pas le sommeil ; quand ces visions délicieuses charment mes nuits , le réveil seul est un supplice suffisant.