A MARION
Marion , pourquoi ce front pensif? pourquoi ce dégoût de la vie? bannis cet air de mécontentement, un regard chagrin va mal à celle qui est si jolie ! Ce n'est pas l'amour qui trouble ton repos , l'amour est étranger à ton cœur ; l'amour se montre dans les fossettes d'un sourire , ou il verse des laimes timides , ou bien encore il baisse ses paupières languissantes ; mais il évite les regards sombres et glacés. Reprends donc ton regard animé , quelques uns t'aimeront , tous t'admireront : mais , par cet aspect froid , tu nous fais éprouver à tous une froide indifférence. Veux -tu séduire des cœurs , souris ou du moins feins de sourire. Des yeux tels que les tiens ne furent jamais faits pour cacher leurs prunelles par une sombre retenue ; en dépit de toi - même , tu conviendras qu'ils laissent encore échapper des rayons rebelles. Tes lèvres... Mais, ici, ma Muse modeste me refuse chastement son aide; elle rougit, salue, et fronce le sourcil... en un mot , craignant que ce sujet ne me jette dans un accès de fohe , elle s'éloigne et vole pour chercher la raison et la prudence , qu'elle ramène bien à propos. Tout ce que je dirai (car il ne s'agit pas ici de ce que je pense), tout ce que je dirai , c'est que ces lèvres si charmantes furent faites pour quelque chose de mieux que l'expression du dédain. Dépouillé de tout compliment flatteur, un tel avis est du moins désintéressé: tels sont les vers sans artifice de ma Muse : ce sont les conseils d'un frère; mon cœur s'est donné à d'autres : c'est-à-dire qu'inhabile à tromper, il se partage entre une douzaine de femmes. Marion, adieu: oh! je t'en conjure, ne méprise pas cet avis quoiqu'il puisse te déplaire; et de peur que mes préceptes ne blessent ceux que les remontrances importunent, je te dirai sans détour mon opinion sur le doux empire de la fenmie : vainement nous contemplons avec admiration des yeux blfus , des lèvres ver-
meilles ; vainement des boucles ondoyantes nous attirent ; vainement tous ces charmes nous retiennent près des belles... Toujours inconstans, toujours prêts à voltiger, ils ne peuvent fixer nos âmes par l'amour ; ce n'est pas une sentence tro^ sévère de dire qu'ils ne forment qu'une jolie peinture. Bit- i , veux - tu savoir quel est le talisman secret qui nous enchaîne humblement au char des femmes que nous proclamons les reines de l'univers créé , ce talisman est I'a-
NIMATION.