‹ Œuvres de Lord ByronChapitre 55 sur 114 · A MARIE · texte numérisé non relu

A MARIE

Ah! si ma destinée eût été unie à la tienne, comme jadis ce don en semblait le gage , ces folies ne m'eussent pas tenté ; car rien n'eût tioublé la paix de mon cœur.

C'est à toi que je dois les fautes de ma jeunesse, c'est à toi que je dois les reproches des sages et des vieillards ; ils connaissent mes torts , mais ils ne savent pas que c'est toi qui as brisé les liens de notre amour.

Jadis mon âme fut pure comme la tienne, et capable d'étouffer tous ses feux naissans; mais aujourd'hui toutes tes promesses sont violées , tu les as faites à un autre.

Peut-être je pourrais détruire son repos et corrompre le bonheur qui l'attend... Que mon rival jouisse de sa félicité; pour l'amour de toi je ne puis le haïr.

Ah! puisque ta beauté d'ange n'existe plus pour moi, mon cœur ne peut plus se donner à un autre; mais ce qu'il cherchait avec toi seule , il essaie de le trouver avec plusieurs.

Adieu donc , jeune trompeuse; il serait bien inutile de te regretter : ni l'espoir, ni le souvenir ne peuvent plus rien pour moi; mais l'orgueil peut m'apprendre à t'oublier.

Cependant toute cette folle dépense d'années, ce monotone retour des mêmes plaisirs, ces nouvelles amours, ces terrexus d'une amante, ces vers consacrés aux inspirations de la galanterie ,

DE LOISIB. O:^

Tout cela n'eût pas été, si tu m'appartenais; ce visage

pâle d'une débauche précoce n'eiit jamais rougi du délire

d'une passion coupable, mais se fût animé des couleurs plus

pures du bonheur domestique.

Oui, jadis la campagne me charmait, parce que la nature semblait sourire devant toi 5 mon cœur jadis abhorrait l'inconstance, parce qu'il ne battait que pour t'adorer seule.

Maintenant je cherche d'autres jouissances; penser à toi plonge presque mon âme dans la démence ; dans ces folles réunions, dans ce bruit au milieu du vide, je surmonte à demi la tristesse de mon cœur.

Eh bien! là encore, en dépit de tout vain effort, une pensée de regret vient me surprendre, et les démons auraient compassion de moi quand je me dis que je t'ai perdue à jamais.

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