STANCES
Je voudrais être encore un enfant insouciant dans ma retraite des montagnes d'Ecosse, ou errant à travers l:.i sombre solitude, ou franchissant en bonds agiles la vague bleue du torrent. La pompe gênante de l'orgueil saxon * s'accorde mal avec l'àme libre qui aime les flancs escarpes de la montagne, et cherche les rochers d'où jaillit le flot écumeux.
Fortune , reprends ces terres cultivées , reprends ce nom splendide : je hais le contact des mains serviles, — je hais les esclaves qui rampent autour de moi ; place-moi au milieu des rochers que j'aime, et qui imitent par leur voix le rugissement le plus sauvage de l'Océan; je ne te demande
• Saxon ou Sassowgh : mot saxon , qui signifie Brossais fie la Basse-Ï.cosse, ou Anslais. *. p.
qu'une faveur, — d'iiabitor encore les lieux où errait ma
jeunesse.
Je compte peu d'années, et déjà je sens que le monde ne fut jamais créé pour moi ; ah ! pourquoi des ombres épaisses cachent-elles l'heure où l'homme doit cesser d'être ? Une fois, je vis un songe brillant, un spectacle de bonheur imaginaire; vérité , pourquoi ton odieuse lumière m'éveillat-elle dans un monde comme celui-ci ?
J'aimai , • — mais ceux que j'aimai ne sont plus; j'eus des amis , — mes amis d'enfance ont disparu ! Quelle tristesse accable l'homme solitaire lorsque toutes ses premières espérances sont éteintes ; vainement de joyeux compagnons de table dissipent un moment le sentiment de ma douleur, vainement le plaisir aiguillonne mon âme délirante... le cœur, — le cœur est toujours seul.
Qu'il est triste d'entendre la voix de ceux que le rang ou le hasard, la richesse ou le pouvoir, ont rendus, sans être amis ou ennemis, les convives du même banquet! Fortune, rends-moi quel(^es amis fidèles, mes amis par l'âge et les sentimens, et je fuirai ces réunions de nuit où la joie bruyante n'est qu'un son.
Et toi , femme , femme aimable , mon espoir, ma consolation , mon tout ; combien doit être froid mon cœur, puisque tes sourires mêmes commencent à me paraître sans attraits ! J'abandonnerais sans un regret cette scène bruyante de pompeuses dovdeurs pour posséder ce doux contentement que connaît la vertu , ou qu'elle fait semblant de connaître.
Ah! que je fuirais volontiers les demeures des hommes! — je cherche à éviter, mais non à haïr le genre humain ; mon âme a besoin de l'ob.scurité des vallons dont le sombre silence convient à une âme attristée. Ah ! que n'ai -je les ailes qui transportent la colombe vers son nid ! je m'élance-
DE LOISIR. Gô
rais vers la voûte des cieux pour fuir à jamais et trouver le repos * .
NOTE
' Psaume lv , vers. 6. Et je dis : <■ Ah ! que n'ai-je des ailes comme une colombe , pour fuir et trouver le repos ! » Ce verset fait partie de la plus belle antienne écrite dans notre langue.