‹ Œuvres de Lord ByronChapitre 57 sur 114 · VERS · texte numérisé non relu

VERS

ÉCRITS SOIS IN ORMEAU , DAKS i;>' CIMETIERE DE HARROW-0\-THE-HlLL , 2 SEPTEMBRE 1807.

Séjour de mon jeune âge! j'entends soupirer ces vieux rameaux agités par la brise qui rafraîchit ton ciel sans nuage; ce vert et doux gazon sur lequel je suis seul à rêver , combien de fois 1 ai-je foulé avec ceux que j'aimai ; avec ceux qui , dispersés au loin , regrettent peut-être comme moi les heureuses scènes de leur enfance. Ah ! que j'aime à promener mes regards sur les contours de la colline! je t'admire et mon cœur t'adore , ô toi , vieil ormeau penché , sous les branches duquel j'ai souvent étendu mes membres, à l'heure du crépuscule , absorbé par mes rêveries ! Me voici couché encore au même lieu ; mais , hélas ! sans avoir les mêmes pensées. Ce feuillage , qui gémit au souffle de la brise , invite le cœur au souvenir du passé; il semble faire entendre une voix qvii me dit tout bas : " A.h ! puisque tu le peux , > prolonge, prolonge un peu ton dernier adieu. »

Lorsque le destin glacera enfin ce cœur délirant , calmera ses soucis, étouffera ses passions... alors, je l'ai souvent pensé , qu'il serait doux à mon heure dernière, s'il est quelque douceur pour celui qui expire , qu'il serait doux de savoir quun humble tombeau, une étroite retraite me recevrait au lieu que mon cœur aimait ! oui , avec cette pensée , il me semble qu'il serait doux de mourir ! — Ici je dormirais d'un sommeil plus paisible , ici où toutes mes espéran-

ces s'éveillèrent, séjour de mes jeunes années, couche de mon repos ! Je resterais à jamais étendu sous le manteau de l'ombrage, couvert du gazon sur lequel joua mon enfance, enveloppé de ce même sol que j'aimais, mêlé à la terre que parcouraient mes pas, béni par les lèvres qui charmaient ma jeune oreille , pleuré par le petit nombre de ceux que mon âme connut ici , regretté par les amis de mes premiers ans, et oublié par le reste du monde.

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