‹ Œuvres de Lord ByronChapitre 6 sur 114 · X ESSAI · texte numérisé non relu

X ESSAI

sociales outragées par ses vers, et le proscrire eu prououçaut coutre lui auathème? De terribles accusations pèsent sur celte noble muse dans la patrie qui s'honore de ses lauriers. Nous ue craindrons pas de les reproduire, mais nous n'oublierons pas que le malheur et l'exil ont des droits sacrés : nous tâcherons de démasquer la calomnie spécieuse, et j sans atténuer les torts d'un cœur aigri et d'une fierté blessée, nous en rejetterons quelquefois avec justice la cause sur des persécutions perfides. Tels étaient déjà nos sentimens pour Byron , quand Byron vivait encore. En terminant cet essai sur son caractère et son génie, nous espérions reprendre un jour la plume pour analyser quelque nouveau chef-d'œuvre qui eut daté de l'affranchissement de la Grèce , et pour célébrer son poète courormé d'un double laurier. « Le passé est tout ce qui nous reste de Byron; » nous n'avons plus qu'à lui offrir le tribut de notre deuil , en déplorant la fatalité qui a voulu que son tombeau fût le premier monument de la Fégénération des Hellènes. Mort pour la liberté grecque, et sous la bannière de la croix, nous aimons à croire^ avec sir Walter Scott, que lord Byron a, par le sacrifice de ses jours dans cette sainte croisade , expié les erreurs de sa jeunesse orageuse.

Privé de ses propres défenses, Byron mérite de la critique plus d'indulgence sans doute j associé à la destinée de la Grèce chrétienne, son nom devient un nom presque sacré. Dans l'examen de sa vie politique et littéraire , nous aurons plus besoin que jamais d'écarter quelquefois le brillant reflet que sa nouvelle gloire répand sur tout ce qui noi's reste de lui.

Lord Bvrou a tellement identifié son caractère avec ses écrits dont une grande partie est comme un miroir où se réfléchissent tous les mouvemens de son âme , que le critique doit bien se pénétrer du sentiment de son impartialité avant de condamner dans ses jugemens l'homme avec le poète. C'est aussi une pénible discussion que celle qui met au grand jour et les erreurs du génie et celles d'une vie privée j mais c'est lord Bvron lui-même qui le premier a appelé le public dans la confidence de son existence domestique, de ses chagrins secrets, de ses ressentimens. « Jusqu'ici , comme l'avait dit madame de Staël , l'orgueil anglais s'était refusé à ce genre d'aveux et de détails, à ces écrits de soi faits par soi-même, qui ont multiplié (mi France les mémoi-

SUR LORD BYRON. xi

res particuliers, et auxquels se rapportent les Confessions de Jean-Jacques Rousseau * ; » il était rései'vé à un noble lord , comblé des dons de la fortune et de la naissance;, et entouré de tous les élémens apparens du bonheur , d'offrir une e^iception à la véi'i té de cette remarque , et de forcer ses admirateurs à lui accorder une sorte de pitié respectueuse.

Le caractère de la poésie de lord Byron ne s'éloigne pas moins de l'esprit de la poésie anglaise, en général , par le choix de ses sujets, par le mépris et l'ironie amère qu'il verse si souvent sur tout ce qui fait la gloire de sa patrie, ses institutions et ses triomphes. Il affecte de renoncer à cette nationalité qui est le trait principal de tous ceux que les lettres ont illustrés dans la Grande- Bi'etagne. Son style même, si varié et si remai'quable par un mélange d'âpreté sauvage et de grâce , de négligence et de précision , ne se rattache à aucun modèle classique de sa terre natale : on compare plus souvent son énergie à l'énergie du Dante qu'à celle de Milton ou de Young, et sa facilité élégante à celle du Pulci ** qu'à celle de Pope et de Prior. Quelquefois ce style, exagéré comme sa pensée , a une couleur prononcée (V orientalisme , mais toujours il est vrai de dire que personne nest moins de son pays que lord Byron.

Ce n'est pas que lord Byron ait prétendu, en oubliant son caractère d'Anglais , consacrer sa muse à des sujets d'un intérêt plus vaste, plus général. Il a voulu en quelque sorte affranchir son génie de toute influence humaine , ne sympathiser avec aucune des joies et des douleurs oi'dinaii'es de ses semblables , et contempler avec une sombre indifférence tous les évèncmens de la scène du monde. Dans sa fière misanthropie il s'est écrié : «Je suis seul comme le lion ***!» Tout au plus si quelquefois, à l'aspect d'un mausolée ou d'une ruine, s'enthousiasmant au souvenir d'une ancienne renommée , il reconnaît la dignité de 1 homme, considéré comme une abstraction dans tout un peuple effacé du globe , ou dans le héros qui fut le représentant de ses vertus et de sa gloire.

C'est ainsi que l'homme est tour à tour élevé par lui à une

" De la Littératuic dans ses rapports , etc.

** Auteur du Morganie maggiore, dont lord Byron a depuis unité une partie du premier chant.

*** Manfred.

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