‹ Œuvres de Lord ByronChapitre 65 sur 114 · ODE · texte numérisé non relu

ODE

Honte à toi , terre des Gaulois ! honte à tes enfans et à toi! Sans sagesse dans ta gloire, sans courage dans tes revers , quel triste avenir t'est rései-vé ! tu seras livrée à la dérision . à une dérision éternelle ; les malédictions de la Haine , le rire du Mépris fatigueront l'air de ton ciel. Qu'à jamais l'Europe victorieuse foule d'un pied insultant tes ruines fumantes.

Qu'est devenue ton âme d'autrefois, l'àme qui animait tes héros précédés par l'astre du courage et guidés par l'honneur? Les orages ont troublé leur sommeil, ils gémissent au fond de leurs monumens; ils pleurent, ils s'indignent de la tache qui te déshonore. Où est lu gloire qu'ils t'ont confiée.** ses rayons se sont perdus dans des ténèbres profondes. ''^

Contemple tous les royaumes de la terre depuis l'Indus jusqu'au pôle. 11 n'en est aucun qui ne puisse effacer les souillures de ses crimes nar quelque trait de vertu et d'honneur. Mais tu es seule, tu n'as point de rivale dans ta honte. Ton nom est souillé comme jamais nom ne l'a été. Affreuse dans ton crime, tu deviendras un modèle de perfidie et de lâcheté.

Tant que la victoire couronna son glaive , tant qu'il resta inébranlable dans sa force, tes adulations accompagnèrent ton luaître , et tu approuvais les flots de sang qu il versait. Quoique la tyrannie fut assise avec lui sur le trône et accablât les nations, cependant tu trouvais brillant le diadème du despote jusqu à ce' que la fortune désertât son char. Alors

tu t'éloignas toi-même de ton chef; tu fus la première à le trahir, la première à l'insulter.

Ils furent oubliés ses exploits et les travaux qu'il supporta pour toi ; tu te tournas vers un nouveau soleil pour l'adorer et lui adresser de nouveaux chants d'adulation. Mais l'orage commençait à se former, l'adversité obscurcit ses rayons : l'honneur et les sermens ne furent respectés qu'une heure, la fidélité elle-même ne fut plus qu'un songe... Tes vœux sont rendus à celui que tu avais banni ; les premiers qui l'avaient raillé , furent les premiers à lui rendre hommage.

Quel tumulte retentit dans les airs ? quelle foule entoure son trône ? Ce sont les acclamations de la joie, ce sont des millions de sujets qui jurent qu'ils n'obéiront qu'à son sceptre. Les revers ne feront qu'éprouver leur zèle , le malheur a rendu son nom sacré , et le monde entier qui lui déclara la guerre verra quelle flamme anime les Français quand leur cœur s'est donné au héros qu'ils aiment, au chef qu'ils admirent.

Leur héros a volé au combat... ses lauriers sont encore flétris... Mais où est le courage qui ne devait jamais céder, la fidélité qui devait rester inébranlable? Dans un moment, la désertion et la trahison l'ont abandonné à l'ennemi. Les lâches qui grandirent sous sa faveur l'ont renié dans son infortune. Ces millions d'hommes qui avaient juré de périr pour lui , le voient fugitif , captif et chargé de liens.

vin.

Le sauvage dans son désert est plus noble que toi. Tu étonnes les hommes par l'extrême perfidie qui déshonore et souille ton front. Si tu étais ma terre natale, je m'arracherais de tes bras; je fuirais aux dernières limites du monde"

POLITIQUES. m

pour ne te plus revoir. Ton seul souvenir dans ma vieillesse allumerait la rougeur sur mon front et ferait couler mes larmes.

O honte à toi , terre des Gaulois ! honte à tes enfans et à toi ! Folle dans ta gloire , lâche dans tes revers ; quel triste avenir t'est réservé ! Tu seras livrée à la dérision , à une dérision éternelle ; les malédictions de la Haine , le rire du Mépris fatigueront l'air de ton ciel, et l'orgueilleux vainqueur viendra sur les ruines t'insulter de ses moqueries.

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