‹ Œuvres de Lord ByronChapitre 67 sur 114 · ODE A L'ILE DE SAINTE-HÉLÈNE · texte numérisé non relu

ODE A L'ILE DE SAINTE-HÉLÈNE

Paix à toi , île de l'Océan ! salut à tes brises et à tes vagues; vois la mer respectueuse couronner d'une blanche écume tes récifs révérés. L'histoire te prépare aussi une riche guirlande dont l'immortelle verdure décorera ton front, quand des peuples qui t'ignoraient jusqu'à ce jour auront courbé la tête sous le sceptre de l'oubli! Eternelle de gloire... avec un nom sans tache , tu recevras l'hommage sacré des siècles.

Salut au chef qui dépose sur ton rocher le riche fardeau de sa gloire ! Quand , parvenu au terme de sa carrière mortelle , il léguera ses exploits à la postérité , sa vie sera consacrée par l'histoire! Ses grandes actions le mettront au rang des héros des siècles passés ; les monarques un jour rendront hommage à son nom; les chants des poètes, les leçons des sages, le proclameront la merveille de la terre. Oui, tous les dieux de l'histoire s'abaisseront devant toi, éclipsés par ta splendeur, astre puissant des Gaules.

Des brises pronices caresseront tes rivages , île de la gloire.

les pèlerins des nations les plus reculées y aborderont 5 tu verras même parmi eux les messagers de ces peuplades libres comme tes vagues. Le navigateur jettera 1 ancre à la vue de ta plage pour visiter une île si célèbre; chaqtie touffe ds gazon , chaque pierre , chaque rocher , retarderont ses pas qui fouleront avec respect une terre rendue sacrée par l'exil du grand homme ; tu lui devras un éclat divin : le jour qui vit le soleil de sa gloire s'éclipser vit l'aurore de la tienne.

Qui sont ceux qui l'ont enchaîné ? des bras qiu lui avaient faiblement résisté i*... des peuples qui l'avaient maintes fois bravé, mais jamais dompté jusqu'à ce jour! des monarques qui fléchirent souvent devant sa clémence , et reçurent de sa main les couronnes que la guerre leur avait ravies. Le vainqueur est vaincu, l'aigle languit et se meurt; un nuage obscurcit le rayon de l'étoile des braves ! Mais déjà sa gloire reparaît revêtue d'une splendeur nouvelle... L'astre des siècles règrfe de nouveau sur tous les astres qui foripaient naguère son humble cortège.

Qu'un air pur caresse tes montagnes ; que la verdure embellisse tes vallons; que l'onde de tes sources soit à jamais limpide; que tes annales n'aient point de revers à raconter! Sois, au milieu de l'Océan, comme un autel salué par les hommages religieux de toute la terre. Que ton rocher repousse à jamais 'les tempêtes , immobiJe lui-même au milieu de la lutte des vents et des flots. Puisse long-temps encore planer sur tes hauteurs et tes remparts l'aigle qui t'honore, l'aigle l'orgueil du monde.

Le lis, aujourd'hui si brillant, se flétrira ; — où est la main capable de le soutenir .i* Les nations qui Vont élevé le verront languir sans pitié ; — des rosées funestes le frapperont

de mort. Alors la violette, qui croît dans tes vallons, exhalera son parfum vivifiant ; alors la liberté ralliera ses fils pour entonner un chant de triomphe sur la tombe des tyrans , et l'Europe craindra que ton astre ne reparaisse dans tout son éclat pour éclipser les météores pestilentiels du Nord.

Page 1