‹ Œuvres de Lord ByronChapitre 76 sur 114 · LE PELERINAGE · texte numérisé non relu

LE PELERINAGE

DE

O toi, à qui Hellas donna une origine céleste! Muse, qui reçois ta forme ou ton nom fiibuleux de l'invention capricieuse du ménestrel, les lyres modernes t'ont si souvent humiliée sur la terre que la mienne n'ose * pas t'invoquer sur ton mont sacré ; cependant j'ai erré sur les bords de ta source fameuse; oui, j'ai soupiré sur l'autel depuis longtemps abandonné de Delphes *, où tout est muet, excepté le faible murmure de l'onde; mais non... ma lyre ne doit pas réveiller les neuf sœurs fatiguées pour embellir une histoire aussi simple... un humble poème tel que le mien.

' Shamed full oft by later lyres on earth : rendue honteuse par des !j res modernes sur la terre. Ce vers pourrait se rapporter à la l\re du poêle aussi bien qu'à la muse. En préférant le sens satirique nous entrons dans la pensée de Bvron , qui ne s'est jamais humilié qu'ironiquement devant ses rivaux en poésie , qui avait répondu par une satire générale à une critique isolée ; qui en avait fait une seconde dans le même style en i8i i , et qui se livrera tout à l'heure encore à la satire dans Childe-Harold même. On earth nous semble indiquer encore le sens que nous adoptons : plus loin , le poète répète qu'il ne réveillera pas les Muses fatiguées (( weary. >> Enfin Byron , dans une note en prose rapportée par Moore, Byron exprimait déjà à la même époque son opinion sur la littérature anglaise moderne, qui, selon lui, était en décadence, 't 11 n'est pas un de nos poètes vivans q\ii doive survivre à ses ouvrages , disait-il ; le goût s'éteint parmi nous. » — Nous pensons don(; que Byron a voulu dire ici que les lyres modernes avaient profané le nom de la muse. Si nous nous trompons , l'erreur n'est pasheureusement très grande. Voyez la note de la stance lxxxvii. a. p.

no CHILDE-HAROLD.

Jadis dans l'île d'Albion vivait un jeune homme pour qui les sentiers de la vertu étaient sans attrait , mais qui passait ses jours dans une débauche grossière , et importunait par ses joies bruyantes l'oreille" appesantie de la nuit! Hélas! vraiment! c'était un être perverti, s'adonnant sans honte aux orgies et aux plaisirs profanes • il n'était guère d'objets sur la terre qui trouvassent faveur à ses yeux , excepté les concubines, une société charnelle, et des convives dissolus de haut ou bas degré.

Il avait nom Childe-Harold : — mais d'où venaient son nom et son ancien lignage.»^ c'est ce qu'il me convient de ne pas dire : il suffit de savoir que peut-être ce lignage et ce nom n'étaient pas sans gloire, et qu'ils avaient été illustres dans d'autres temps; mais un seul descendant qui se dégrade * souille un nom pour toujours , quelque grand, que ce nom fut jadis. Ni tout ce que les hérauts retirent de la poussière du cercueil ,'' ni une prose fleurie, ni les mensonges emmiellés des poètes, ne sauraient rendre honorables des actes blâmables, ou consacrer un crime.

Semblables à ces insectes qui jouent gaiement sous les rayons du soleil de midi , Childe-Harold , dans ses joyeux passe-temps, ne songeait guère qu'avant que son jour si court fût écoulé , le vent du lualheur pouvait survenir et le frapper de son souffle glacial; mais bien avant que le premier tiers de sa vie fîit passé, le Childe éprouva quelque chose de pire que l'adversité... il éprouva le dégoût de la satiété. Alors il prit en aversion le séjour de sa terre natale, qui lui sembla plus solitaire que la triste celhile d'un ermite.

" A /o.ie/ttermp fin vieux langage qui signifie un /lomwcrfi'rojuic/crs "" lionimc Je mauvaises mœurs. .». p.

CHANT PREMIER. Ill

11 avait parcouru tous les dédales du vice, sans jamais réparer ses torts. Il avait soupiré poiu^ mille lieautés quoiqu'il n'en aimât qu'une, et celle qu'il aimait ne put jamais être à lui. Ah ! combien elle fut heureuse d'échapper à un homme dont les embrassemens eussent profané une beauté si chaste; à un homme qui aurait bientôt délaissé ses charmes pour des voluptés vulgaires, dissipé tous ses biens afin de continuer ses profusions , et dédaigné les plaisirs calmes du bonheur domestique !

Or Childe-Harold avait le cœur malade. Il voulait s éloigner de ses compagnons de débauche ; on dit que parfois une larme brillait dans ses yeux sombres et humides, mais l'orgueil l'y glaçait soudain. Il allait errer seul, à l'écart, et dans une rêverie sans charme. Il résolut enfin de quitter sa patrie pour visiter les cHmats brûlans au-delà des mers. Rassasié de plaisirs, il soupirait presque après le malheur : pour changer de théâtre il serait descendu volontiers même dans le séjour des ombres.

Le Childe partit du château de son père. C'était un vaste et vénérable édifice , si vieux qu'il semblait toujours près de s'écrouler; cependant des pihers massifs garantissaient sa sohdité. Retraite monastique , condamnée à servir à de honteux excès! là où jadis la superstition avait établi sa demeure, les filles de Paphos venaient chanter et sourire. Les mornes auraient pu y croire au retour de leur bon vieux temps , si les anciennes chroniques nont point calomnié ces saints personnages.

Cependant plusieurs fois , au milieu des plus bruyans transports de sa gaieté, une étrange angoisse se trahissait

sur le front de Childe-Harold, comme si le souvenir de quelque querelle fatale ou d'une passion decue se réveillait tout à-eoup dans son cœur. Mais tous ses compagnons ignoraient ce secret et peut-être ne se souciaient guère de le connaître, car il n'avait point une âme ouverte et franche qui trouvât du charme à épancher ses chagrins; quelles que fussent les peines qu'il ne pouvait oublier, il ne recherchait ni les consolations ni les conseils d'un ami.

Et personne ne l'aimait , quoiqu'il appelât dans son château de jeunes débauchés de tous les pays ; il savait qu'ils lui prodiguaient les flatteries aux jours des festins , mais que c'étaient des parasites sans cœur. — Oui ! personne ne l'aimait , — pas même ses chères concubines. — La femme ne recherche que la richesse et la puissance : partout où elles sont, accourt la volupté volage. Semblables aux papillons, c'est la lumière qui attire les belles ; et Mammon réussit là où des angfes échoueraient.

Childe-Harold avait une mère, et il ne l'avait pas oubliée, mais il évita de lui faire ses adieux. Il avait une sœur chérie, mais il ne la vit pas avant de commencer son long pèlerinage. S'il avait des amis , il n'en embrassa aucun. Cependant ne vous hâtes pas d'en conclure que son cœur était un cœur d'acier. O vous qui savez ce que c'est qu'aimer, voiis éprouverez cruellement que ces adieux brisent le cœur dont on espérait qu'ils calmeraient les regrets !

Son château , ses domaines , les aimables dames qui avaient charmé sa jeunesse, et dont les yeux bleus, la chevelure bouclée et les mains blanches comme la neige auraient ébranlé la sainteté d'un anachorète; sa coupe remplie jusqu'au bord des vins les plus rares, enfin tout ce qui

CHANT PREMIER. il'^

fiouvait le plus séduire les sens, il abandonne tout sans pousser un soupir, pour traverser les mers , parcourir les rivages musulmans et franchir la ligne centrale de la terre *.

Les voiles sont déployées et s'arrondissent au souffle d'un vent favorable qui, d'accord avec Harold, semble charme de le transporter loin des lieux qui l'ont vu naître. Les blancs rochers du rivage britannique s'évanouissent rapidement à ses yeux , et sont perdus au milieu de l'écume que les vagues soulèvent. Peut-être qu'alors il se repentit d'avoir voulu errer au loin : mais cette pensée silencieuse resta ensevelie dans son sein ; ses lèvres ne laissèrent échapper aucune plainte, tandis que les autres passagers répandaient des larmes indignes d'un mâle courage et accusaient les A'ents sourds à leurs regrets.

Mais, au moment où le soleil se dérobait sur les flots, il prit sa harpe qu'il faisait parfois résonner pour en tirer des accords sans art lorsqu'il croyait n'être pas écouté par des témoins indiscrets. Ses doigts errent négligemment sur l'instrument mélodieux pour préluder à ses chants dans le sombre crépuscule.

Le vaisseau volait avec ses blanches ailes : les rivages fuyaient derrière lui. Childe-Harold adressa aux élémens son dernier adieu.

« Adieu ! adieu ! ma terre nat;de disparaît au loin sur l'onde azurée; les vents de la nuit soupirent; les vagues mugissent, et la sauvage mouette pousse ses cris ; nous suivons dans 5a fuite ce soleil qui va se coucher dans le palais de l'Océan.

* Lord Byron s'était proposé d'abord de continuer ses voyages jusqu'aux mers situées au-delà de l'équateur. Par l'événement , ni le poète ni Childc-Haroliî ne passèrent la ligne, a. p.

Adieu, pour un temps, à lui et à toi; ô ma terre natale adieu.

"Encore quelques heures, et il se lèvera pour donner naissance au matin ; je saluerai de nouveau la mer et les cieux, mais non ma terre natale. Mon vieux château est desert , le foyer est solitaire , les ronces sauvages vont s'amasser sur les murs j mon chien hurle sur le seuil de la porte.

» Approche , approche , mon petit page ! pourquoi pleurer et gémir ? crains-tu la fureur des vagues ? est-ce le vent qui te fait trembler? Va, sèche les larmes qui coulent de tes yeux : notre vaisseau est fort et agile; à peine si le plus rapide de nos faucons pourrait voler aussi vite que lui !

» — Que le vent souffle avec violence , que les vagues se soulèvent, je ne crains ni le vent ni les vagues ; mais ne soyez pas surpris, sir Childe, que je sois affligé; je m'éloigne cTun père et d'une mère que j'aime; je n'ai qu'eux, vous , et celui qui est là-haut !

» Mon père me donna sa bénédiction avec transport , sans se plaindre beaucoup ; mais ma mère va soupirer amèrement jusqu'à mon retour. » — « C'est assez, mon petit ami, c'est assez : les pleurs conviennent à tes yeux; si j'avais ton innocence , les miens en répandraient aussi.

'ji Approche, approche, mon brave serviteur : pourquoi es-tu si pâle ? redoutes-tu quelque ennemi français , ou estce la brise qui te fait frissonner ?

» — Pouvez-vous croire, sir Childe, que j'aie peur de la

mort ? je n'ai pas une âme si timide ; mais la pensée d'une épouse absente fait pâlir un époux fidèle.

» Ma fenmie et mon enfant habitent non loin de votre château, sur les bords du lac; lorsqu'ils me demanderont, que répondra leur mère ?

" — C'est assez, mon brave serviteur; qui pourrait blâmer ta tristesse? Mais moi, dont l'humeur est plus légère, je ris en m'éloignant.

» Qui peut se fier aux soupirs d une épouse ou d'une amante? de nouvelles ardeurs sécheront bientôt ces yeux que nous avons vus naguère baignés de pleurs. Ce n'est pas le regret des plaisirs passés qui m'afflige, ni les dangers qui peuvent nous menacer; ma plus grande douleur est de ne rien laisser derrière moi qui réclame une larme.

» Et maintenant qu'entouré d'une mer sans bornes , je me trouve seul dans le monde, irai-je soupirer pour les autres , quand personne ne soupirera pour moi? Peut-être mon chien gémira-t-il de mon absence , jusqu'à ce qu'une main étrangère vienne le nourrir ; mais au bout de quelque temps , si je revenais dans ma patrie, il s'élancerait sur moi pour me mordre *.

» Je fuis gaiement avec toi sur l'onde écumeuse , ô mon vaisseau rapide ! peu m'importe dans quelle contrée tu me feras aborder, pourvu que ce ne soit plus dans la mienne. Salut ! vagues azurées ; et , lorsque je serai loin de l'Océan ,

* Après une absence de quelques années lord Byron fut attaqué en effet par un de ses chiens favoris, ce qui lui faisait dire qu'Homère dans VOJyssée , et Southeydans Don Rodrigue, asa\enl trop exalté la reconnaissance et la mémoire de la race canine, a. p.

salut, déserts et grottes des montagnes! o ma terre natale,

adieu. «

La terre a disparu 5 le vaisseau vole , et des vents contraires le tourmentent dans la Laie orageuse de la Biscaye. Quatre jours se sont écoulés; mais, avec le cinquième, la vue d'un nouveau rivage vient réjouir tous les cœurs. La montagne de Cintra est devant eux , ils reconnaissent le Tage qui porte à la mer le tribut de ses flots dorés ; un pilote lusitanien monte à bord du navire et le guide à travers de fertiles contrées , où quelques laboureurs achèvent la moisson.

o Christ! c'est un spectacle divin de voir tout ce que le ciel a fait pour ce climat délicieux ! Que de fruits savoureux se colorent sur tous les arbres ! que de richesses se déploient sur les collines! Mais l'homme voudrait les ravager de ses mains impies ! Ah ! lorsque le Très-Haut lèvera son bras terrible contre ceux qui bravent ses lois suprêmes , ses carreaux brûlant d'une triple vengeance poursuivront les nombreux guerriers des Gaules, et purgeront la terre de ses cruels ennemis.

D'abord , que de beautés nous offre Lisbonne! Son image se réfléchit dans ce noble fleuve auquel les poètes n'ont pas besoin de donner im lit de sable d'or. Ses flots sont. sillonnés par mille vaisseaux d'une force imposante, depuis qu'Albion est devenue l'alliée de la Lusitanie, nation gonflée d'orgueil et d'ignorance, baisant et détestant la main qui s'est armée du glaive pour la délivrer de la rage du chef impitoyable des Gaules.

Mais en entrant dans cette ville, qui brille au loin comme une cité céleste, l'étranger se sent pénétré de douleur au

milieu de tout ce qui peut le plus affliger la vue. Les cabanes et les palais sont également d'un aspect repoussant; ses sales citoyens sont élevés dans la fange; quels que soient leur rang et leur fortune , ils se soucient fort peu de la propreté de leurs vêtemens , quoiqu'ils se voient attaqués de la plaie d'Egypte.

Pauvre peuple d'esclaves ! né sous un si beau climat ! — O nature, pourquoi as-tu prodigué tes dons à de tels hommes ? L'aspect varié des vallons et des collines de Cintra s'offre à nous comme un nouvel Eden ! ah ! quelle main pourrait guider le pinceau ou la plume pour suivre l'œil ravi à travers des lieux plus éblouissans pour la vue mortelle que les merveilles décrites par le poète qui osa ouvrir au monde surpris les portes de l'Elysée ?

Les rocs affreux couronnés par un couvent au faîte incliné ; les lièges antiques ombrageant de leurs rameaux un précipice bordé de broussailles; la mousse des montagnes, noircie par un ciel brûlant; la profonde vallée dont les arbrisseaux pleurent l'absence du soleil ; l azur poli du paisible Océan , les pommes d'or suspendues au vert feuillage des orangers, les torrens qui bondissent du haut des rochers, la vigne qui rampe sur les collines , le saule qui se balance sur le bord des ruisseaux , tout contribue à embellir et à varier ce paysage enchanteur.

Puis gravissez lentement les sentiers tortueux, et du haut de chaque sommité rocailleuse tournez la tête pour contempler une perspective nouvelle et plus riche. Reposezvous à la chapelle de Notre-Dame des douleurs ^ : des moines sobres montrent leurs petites reliques à l'étranger et lui récitent leurs légendes. Ici des impies reçurent leur châti-

mentj et là, dans cette grotte obscure, Honoiius vécut de longues années , espérant mériter le ciel , en se faisant un enfer de la terre.

Observez , en gravissant les cimes des rochers , plusieurs croix grossièrement taillées ; ne croyez pas voir des offrandes de la dévotion : ce sont de fragiles monumens d'une rage meurtrière. Partout où le poignard d'un impitoyable meurtrier a répandu le sang d'une victime , on élève une croix formée de deux lattes vermoulues j les vallées et les bosquets sont remplis de ces tristes souvenirs , dans cette terre sanguinaire où les lois ne protègent pas la vie de l'homme '.

Sur le penchant des collines , ou dans le sein des vallées, on aperçoit des châteaux qui furent jadis la demeure des rois; mais aujourd'hui les plantes sauvages fleurissent seules alentour : cependant un reste de splendeur est attaché à ces ruines. C'est là que s'élève le beau Palais du prince; et toi, riche fils d'Albion , Vatliek * ! c'est là aussi que tu créas ton paradis , oubliant que , lorsque la richesse, avide de plaisirs , a prodigué ses trésors , la douce paix fuit toujours les appas de la volupté.

C'est sous l'abri délicieux de cette montagne que tu choisis ta demeure pour y appeler tous les plaisirs. Mais aujourd'hui, semblable à un séjour fatal à l'homme, ton palais enchanté est solitaire comme toi. De gigantesques broussailles permettent à peine d'arriver à tes appartemens abandonnés , à tes larges portiques ouverts. Nouvelle leçon pour le cœur de celui qui réfléchit combien sont vains les palais de la terre, quand le passage des flots du temps inexorable les convertit en débris !

• Valhck-BcdfortJ. a. r.

Voilà le palais où des chefs se sont rassemblés naguère ! palais odieux atout cœur anglais*! Voyez ce démon, ce nain de l'enfer au rire moqueur , qui porte pour diadème le bonnet de la folie! voyez -le assis et revêtu d'un manteau de parchemin ; à ses côtés sont un sceau et un noir rouleau où brillent des noms connus dans la chevalerie * , et un grand nombre de signatures que le nain malicieux montre du doigt en riant de bon cœur **.

La Convention est le nom du démon qui se moque des chevaliers rassemblés dans le palais Marialva. Il sut les priver de toute leur cervelle ( s'ils en eurent jamais ) , et changer en deuil la vaine joie d'une nation***. La sotlise foula aux pieds le panache du vainqueur, et la politique reconquit ce qu'avaient perdu les armes. Que les lauriers croissent en

* Variante du manuscrit original: Le nom de Wellesley. a. p.

** Strophe supprimée:

tLe premiernomqui paraît sur la liste en lettres d'or est celui de Jcnot; puis nous trouvons certains autres nomsglorieux( que la rime me force déplacer plus bas ); imbéciles vainqueurs , joués par un ennemi vaincu, privés de leurs lauriers par des langues adroites. Les voilà alignés , bien dignes les uns des autres : sir Arthur Wellesley, Harry, Buzzard et le nigaud Hew Dalrymple, sottement dupe des deux autres. » a. p.

*** Ce passage fut changé à la sollicitation de M. Dallas : après les quatre premiers vers de cette stance le poète continuait ainsi :

— Car je me souviens du jour où arriva la première nouvelle de la bataille de Vimiera perdue par la France. Les journaux avaient à peine place pour un paragraphe , tant abondaient les chants de triomphe sur notrearmée victorieuse, dandle Courier, le Morning-Chronicle et le Morning-Post.

^lais lorsque la Convention eut envoyé son griffonnage, ce fut un tumulte général de plumes, de langues, de pieds et de mains; le lord-maire et les aldermen laissèrent retomber la fourchette déjà levée à la hauteur de la bouche ; le banc des évêques oublia presque de ronfler; le sévère Cobbetqui, pendant toute une semaine, avait cessé de rien mettre en question, fit un bond de transport, mordit pa plume infernale , et jura (ju'un tel traité ne pouvait être observé avec un en-

i?0 CHILDE-HAROLD.

vain pour des chefs tels que les nôtres! malheur aux vainqueurs plutôt qu'aux vaincus depuis que la victoire languit dédaignée sur les côtes de la Lusitanie.

Depuis le jour de cette assemblée fatale, ô Cintra! ton nom fait pâlir la Bretagne; ceux qui tiennent les rênes de l'Etat frémissent , et rougiraient de honte si leurs fronts savaient rougir. Comment la postérité appellera -t- elle cet acte déshonorant ? nos descendans et ceux de nos aUiés ne verront-ils pas avec mépris ces généraux privés de toute leui gloire ? les ennemis vaincus dans le combat ont été les vainqueurs dans ce palais, où nous serons dévoués aux railleries des nations pendant les siècles à venir.

Telle fut la pensée de Ghilde-Harold , pendant qu'il parcourait les montagnes dans une méditation solitaire. La beauté de ces lieux le charme, et déjà il songe à les fuir, plus mobile en son inquiétude que l'hirondelle dans les airs ; cependant il apprit ici à faire quelques réflexions morales j car la méditation le fixait parfois. La voix secrète de la raison lui reprocha sa jeunesse consumée dans les

neir.i. Alors éclata la bêle beuglante * qui se mita rugir, à faire rage et iiuiâ... à dormir.

Ce fut ainsi que le peuple en appela au ciel: le ciel, qui arme les sujets de notre gracieux roi , décréta que, avant (jue nos généraux fussent pardonnes, une enquête devait être faite sur la chose. Mais la Clémence caciia les enfans sous son aile, et de même qu'ils furent généreux envers nos ennemis, nous le fûmes envers eux ( oii était la pitié de nos pères pour B3ng ** ?) La loi ne devait condamner que les traîtres et non les idiots. Triomphez donc, braves chevaliers 1 et bénissez le flegme de vos juges.

' «BUlant liea^t • f bi-le clabaudaule ou beu^laotp) , figure pour la populace . dont Siuollet. jr croit »■ i-pl srrTi le premier dans se» arerUiirea d'un atome. Horace a son Betitia multorum eapilum. En Angle. («1 re, assez heureuseiuent . l'illuittre popirl.ice ( wohiliiy ] n'en a pa« même une. \. nir B.

■■ Parcelle inlerropalinii il n'cvl pas à Hire qu'- nos imbéciles généraux auraient dû élre fu^illén , mai» que Bynp aurait pu être épargné ; quoique l'un Ml rondaïunéct les autres absoiir, probablemeni par I» raiîon de Candide : pour mcourfij'cr le antrei. t,. M B.

caprices de la folie; mais, pendant qu'ils contemplaient la vérité, ses yeux blessés par sa clarté se troublèrent et s'obscurcirent.

A cheval! à cheval! s écrie-t-il; et il s'éloigne pour jamais d'une contrée délicieuse , qui déjà consolait son âme ; il rejette ses pensées rêveuses; mais ce n'est plus pour chercher les plaisirs de l'amour ni ceux de Bacchus : il fuit, ignorant encore dans quelle retraite il se reposera de son pèlerinage. Mille tableaux variés se dérouleront encore devant ses yeux avant que sa soif de voyages soit assouvie , avant que le calme règne dans son cœur ou que l'expérience le rende sage.

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