‹ Œuvres de Lord ByronChapitre 87 sur 114 · LXXXVIII · texte numérisé non relu

LXXXVIII

Dans quelque sentier que nous dirigions nos pas, nous foulons une terre consacrée : aucune partie de ton sol n'a été sacrifiée à des monumens vulgaires ; nous parcourons un théâtre vaste et fécond en merveilles ; toutes les fictions de la muse semblent des vérités, jusqu'à ce que nos yeux se lassent d'admirer ces lieux auxquels nous transportèrent si souvent les rêves de notre jeunesse : les montagnes et les plaines, les coteaux et les vallons, bravent le dieu destructeur qui a démoli les temples. La main du temps a ébranlé les tours d'Athènes , mais elle a respecté les champs de Marathon.

' Wild , dans le sens de pittoresque, a. p.

180 CHILDE-HAROI/D.

Rien n'est changé dans cette plaine fameuse , excepté Fesclavc qui en creuse les sillons : son terrain est toujours le même ; le même soleil Téclaire encore j les mêmeB limites la bornent. Elle a conservé toute sa gloire ; mais un étranger est aujourd'hui maître de ce champ de bataille , où les Perses épouvantés courbèrent la tête sous le fer redoutable des Grecs. Jour cher à la gloire, où Marathon devint un mot magique ^^, tu fais apparaître aux yeux de celui qui l'entend prononcer le camp des ennemis, les deux armées en présence , et les b^nnièi es victoineuses !

Le Mède qui fuit en jetant ses flèches et son arc brisé; le Grec intrépide et sa lance victorieuse ; les montagnes , la plaine , l'océan , la vengeance et la mort qui combattent pour les Grecs , tel est le tableau qu'offrait Marathon... Que restet-il aujourd'hui ? Quel trophée nous signale cette plaine consacrée , et rappelle les larmes de l'Asie et la liberté sour-iant à la Grèce?... les débris de quelques urnes, une tombe violée, et la poussière que soulève en bondissant le coursier d'un bai'bare.

Cependant les restes de tous ces temps de splendeur attireront toujours des pèlerins tristes , mais jamais lassés. Long-temps encore le voyageur, qu'amènera le vent d'Ionie, saluera avec une sainte douleur la terre d^s guerriers et des poètes. Les annales de la Grèce et la langue immortelle de l'histoire entretiendront long -temps de ses triomphes la jeunesse de tous les pays. Ce sera toujours le souvenir que le vieillard rappellera avec plus d'orgueil ; ce sera la leçon du jeune homme. Les chants de Minerve et des muses seront écoutés avec respect par les sages, et causeront aux poètes une religieuse émotion.

Le cœur soupire pour sa patrie , quand de tendres liens l'attendent sous le toit paternel ; il vit heureux au foyer domestique. Vous qui vous trouvez isolés , venez visiter la Grèce , et jeter un regard sur cette terre en harmonie avec vous-mêmes. La Grèce n'est point laite pour inspirer des idées riantes ; elle doit plaire à celui pour qui la mélancolie a des charmes. A peine si vous regretterez votre terre natale, lorsque vous irez rêver non loin des lieux où s'élevait jadis le temple sacré de Delphes , ou que vous contemplerez les plaines qui furent témoins du comhat des Grecs et des Perses.

Venez vasiter cette terre consacrée , traversez en paix ces déserts magiques ; mais épargnez ces débris ; que vos mains respectent une contrée déjà trop dépouillée! Ces autels n'étaient point destinés à tant de sacrilèges ! Révérez ce que les nations ont révéré j puisse ainsi le nom de notre patrie passer aux siècles futurs avec toute sa gloire ! Puissiez-vous revoir le pays qui fut le berceau de vos jeunes années, et y trouver toutes les délices de l'amour et de la vie !

XGIV.

Pour toi, qui, trop long-temps peut-être, viens d'amuser tes loisirs par des vers sans gloire , tes accens se perdront bientôt dans la foule des ménestrels dont la voix s'élève audessus de la tienne. Cède-leur un laurier que le temps doit flétrir. Il ne peut guère le disputer, celui qui dédaigne les critiques araères et les éloges de l'amitié , depuis que la mort a glacé tous les cœurs dont le suffrage l'eût flatté. On ne cherche plus à plaire quand on a perdu tout ce qu'on pouvait aimer.

Et toi aussi , tu n'es plus ! toi qui fus tant aimée et si ai-

i82 CHILDE-HAUOLD.

niable ; toi que la douce syn^pathie de la jeunesse et de l'amour nie rendait si chère ! toi qui fis pour moi ce que personne n'osa faire depuis , et qui refusas de m abandonner quoique je fusse indigne de toi! Que mon sort est affreux! Tu as cessé de vivre, tu n'es plus là pour m' accueillir au retour de mes courses lointaines; il ne me reste que les regrets d'un bonheur perdu à jamais. Ah ! pourquoi l'ai-je jamais goûté, ou que n'est- il encore dans l'avenir? Pourquoi fautil que je sois revenu dans ces lieux lorsque de nouvelles douleurs m'ordonnent de fuir encoi'e ?

O toi, amie toujours tendre, toujours aimable et toujours aimée ! la douleur qui ne songe qu'à elle médite le passé et s'attache à des pensées qui nous semblent d'autant plus douces qu'elles sont plus loin de nous.

Cruel trépas ! tu m'as ravi tout ce que tu pouvais me ravir : une mère , un ami , et enfin celle qu'un sentiment plus doux que l'amitié unissait à mon sort ! A quel mortel tes traits furent-ils jamais plus funestes ! Chaque jour de nouveaux chagrins ont empoisonné peu à peu pour moi toutes les sources du bonheur.

xcvn.

Irai-je donc me précipiter de nouveau dans la foule et chercher tout ce que dédaigne un cœur paisible ? Irai-je m'asseoir aux banquets de la débauche, où un rire bruyant et trompeur défigure les joues creuses des convives, et ne laisse après lui dans l'àme qu'un abattement plus profond ? En vain l'expression d'une gaieté forcée feint le plaisir ou cache le dépit; le sourire ne fait que préparer le sillon d'une larme, ou relève la lèvre flétrie avec un dédain mal dissimulé.

Quel est le plus terrible des malheurs qui affligent la vieillesse.i^ quel est relui (jui impiiiup les rides les jilus profon-

des sur le front attristé? n'est-ce pas de voir tout ce qu'on aime rayé du livre de la vie ? n'est-ce pas d'être seul sur la terre... comme je le suis déjà ? Je fléchis humblement le genou devant le dieu dont le bras s'est appesanti sur moi , a brisé tous les liens de mon cœur et détruit toutes mes espérances. Ecoulez-vous rapidement , jours inutiles ; vous n'avez plus de soucis àmapporter, puisque le temps a privé mon âme de tout ce qui la charmait, et versé sur mes jeunes années tous les chagrins de la vieillesse.

■ Une partie de TAciopolis fut détruite, dans un siège, par l'explosion d'un magasin à poudre.

' Wous pouvons tous éprouver ou nous figurer le regret qu'inspire la vue des ruines d'une ville qui fui jadis capitale d'un empire. Les réflexions que suggère ce spectacle ont été faites trop souvent pour que j'aie besoin de les répéter ici ; cependant quand on se rappelle ce que fut Athènes , et qu'on voit ce qu'elle est devenue aujourd'hui , celte comparaison prouve toute la petitesse de l'homme et la vanité de ses deux plus belles vertus , le patriotism.e qui vante son pays, et la valeur qui le défend. Ce théâtre de la lutle de factions puissantes, des disputes des orateurs, de l'élévation et de la chute des tyrans , du triomphe et du supplice de généraux célèbres, n'est plus qu'une scène de petites intrigues, et d'éternelles dissensions entre les agens tracassiers de quelques nobles et gentlemen d'Angleterre. Les renards, les hiboux et les serpens qui habitaient les ruines de Babylone , étaient moins destructeurs que ces hommes. Au moiils les Turcs peuvent motiver leur tyrannie sur le droit de conquête; les Grecs ont subi le sort de la guerre , qui est chanceuse même pour les plus braves; mais que les puissans sont déchus quand deus peintres se disputent le privilège de dépouiller le Parthenon et triomphent tour à tour selon la teneur de chaque nouveau firman 1 Syliane put que punir Athènes, Philippe la subjuguer, et Xersès la brûler : il était réservé à un antiquaire salarié , et à ses vils agens , de rendre celle ville aussi méprisable qu'eux-mêmes.

Avant qu'il eût été en partie détruit par le feu , le Parthenon avait élé successivement un temple , une église et une mosquée. Sous ce triple rapport , il avait souvent changé d'adorateurs ; néanmoins c'était toujours un lieu consacré trois fois à la religion. Sa violation est donc un triple sacrilège. Mais, hélas 1 «l'homme orgueilleux, revêtu d'une autorité éphémère , commet à la face du ciel des actions si extravagantes qu'il fait pleurer les anges *. »

3 Les Grecs n'ont pas toujours élé dans l'usage de brûler les cadavres. Le grand Ajax en particulier fut enterré tout entier. La plupart des héros devenaient des dieux après leur mort ; et c'était un guerrier bien négligé , celui qui n'avait pas des jeux annuels célébrés sur son tombeau , ou dont les compatriotes n'avaient pas institué des fêtes en sa mémoire, comme on le Cl pour Achille , Brasidias , et même pour cet Antinous dont la mort fut aussi héroïque que sa vie avait été infâme.

4 Le temple de Jupiter Olympien , duquel il subsiste encore seize colonnes toutes de marbre. Il y en avait dans l'origine cent cinquante. Quelques érudits ont prétendu que ces colonnes avaient appartenu au Panthéon.

'Mtsuii pcjiu mesure, Shitkcspcme , lomc \ III , page :'i3 dr la dciiiièrr cililien fijijçaisc Ji.r.

5 Le vaisseau avait fait naufrage dans l'Archipel.

6 ( 3 janvier 1809. ) Outre ce qu'on a déjà reçu à Londres , il y a dans le Pyrée un vaisseau hydriote destiné à charger toutes les antiquités qu'on pourra transporter. Ainsi , comme je l'ai entendu dire à un jeune Grec qui s'adressait à plusieurs de ses compatriotes ( car, malgré leurs humiliations, ils sont encore sensibles aux affronts de ce genre ) , ainsi lord Elgin peut bien se vanter d'avoir ruiné Athènes. Un peintre italien du premier mérite , nommé Lusieri , est l'agent de la dévastation , et, comme le peintre grec que Verres employait en Sicile, il est devenu un parfait instrument de rapine. Entre cet artiste et le consul français nommé Fauvel, qui, de son côté , recueille des antiquités pour son gou vernement, il vient de s'élever une violente dispute à propos d'un chariot de transport ; le consul français en a encloué une roue ( je voudi-ais que toutes les deux fussent brisées ) , et Lusieri a porté sa plainte au waivode. Lord Elgin a été extrêmement heureux dans le choix du signor Lusieri : pendant un séjour de dix ans à Athènes, il n'avait jamais eu la curiosité d'aller visiter Sunium* , jusqu'à notre seconde excursion dans laquelle il nous accompagna.

Quoi qu'il en soit, ses ouvrages sont très beaux, mais la plupart ne sont point terminés. Tant que lui-même et ses patrons s'amusent à deviner des médailles , à apprécier des camées, à esquisser des colonnes et à marchander des pierres précieuses , leurs petites absurdités sont aussi innocentes que la chasse aux insectes et aux renards, le caquetage des femmes, ou tout autre passe-temps sem-

* Aiijourd'liui le cap Colonna. Si l'on en ciceplc Athènes et Maralbon , il u'j a poiiil dans toule l'AUique de site qui mérite plus d'intérêt. Seize colonnes sont une source inépuisable d'études pour l'artiAle et pour l'antiquaire. Le philosophe saluera avec respect le lieu où Platon enseignait ses doctrines en coniersant avec ses élèves; le voyageur sera enchanté de la beauté d'un paysage d'où l'on voit toutes les îlts qui couvrent la mer Egée. Mais pour un Anglais le cap Colonna a un intérêt de plus, parce que cette côte est le théâtre du naufrage de Falconer. On oublie Pallas et Platon en pensant à Falconer et à Campbell.

Here in the dead of nighl , 6/ tonna'» stetp , The teaman'i cry was heard a long the deep.

' Là, pendant les ténèbres de la nuit, sur les côtes escarpées de Lonna , l'on entendit les cri» du naalonier qui retentissaient sur l'abîme.

Ce temple de Minerve est aperçu d'une grande dislance en mer. Je suis allé deux fois par terre et nue fois par mer au cap Colonna. Du côté de la terre , la vue est moins belle que quand on s'en approche eu venant des iles. La seconde fois que nous y allâmes par terre , nous faillîmes être surpris par un parti de Mainuirs qui étaient cachés dans les cavernes, ^ous avons su dans la suite , par un prisonnier qu'ils avaient rendu après qu'il eut payé sa rançon , qu'ils avaient été détournés de nous attaquer par la vue des deux Atbanais qui m'accompagnaient ; s'étant imaginé , heureusement pour nous , que nous avions une bonne escorte de ces mêmes Arnautes , ils ne s'avancèrent pas et laissèrent aiusi passer saine et sauve notre caravane , trop peu nombreuse pour opposer aucuns résistance.

Colonna n'est pas moins fréqueuté par les peintres que par les pirates. C'est là que:

The hireling artist plants his paltry desk. And makes degraded nature picturesque.

( IIoDGSOn's LiDI J»XE Geev.)

• L'artiste mercenaire plante son pupitre , el rend pittoresque une nature dé(;radee. »

Je fus assez heureux pour me faire accompagner par un artiste allemand d'un très grand mérite , et l'espère que je renouvellerai mes souvenirs de Colonna et de plusieurs autres lieux de la Grèce eu recevant ses ouvrage».

blable: mais, quand ils chargent trois ou quatre vaisseaux des restes les plus précieux et les plus considérables des antiquités que le temps et la barbarie ont laissés subsister dans la \ille la plus célèbre et la plus outragée ; lorsqu'ils détruisent les monumens qui ont été l'admiration de tous les âges, je ne sais ce qui peut excuser , je ne sais quel nom mériteraient les auteurs de cette lâche dévastation : ce n'était pas le moindre des crimes de Verres , d'avoir fait en Sicile ce que l'on a depuis répété dans Athènes. Il est impossible de porter l'impudence à un plus haut degré que l'auteur de ces rapines , qui a osé inscrire son nom sur les murs de 1' Acropolis. Le voyageur pourra-l-il prononcer sans exécration le nom d'un homme qui, sans but et sans utilité , a détruit tous les basreliefs qui ornaient l'un des compartimens du temple? Ici je suis impartial, car, n'étant ni collecteur d'antiquités, ni admirateur des collections , ce n'est pas par jalousie que je parle : mais je suis indigné , parce que j'ai toujours été prévenu en faveur de la Grèce , et que je n'ai jamais pensé que la gloire de l'Angleterre s'accrût par les dévastations que ses enfans exercent à Alhènts ou dans l'Inde.

Un autre noble lord a fait mieux, parce qu'il a fait moins. Mais quelques autres plus ou moins nobles , mais tous très honorables personnages , ont fait mieux encore, parce que, après beaucoup d'excavations et d'exécrations, de présens au vraivode, démines et de contre -mines, tous leurs travaux n'ont abouti à rien. On a répandu des flots d'encre et de vin , et peu s'en est fallu qu'on ne finit par verser du sang. Le prlg * de lord Elgin ( voyez la définition du priggismc dans Jonathan Wylde ) se prit de dispute avec un autre nommé Gropius ** ( nom tout-à-fait approprié à son genre d'occupation ) , et demanda satisfaction dans une réponse verbale qu'il fit à une note du pauvre Prussien. La scène se passait à table ; Gropius se mit à rire , mais il perdit lout-à-coup l'appétit. Les deux rivaux n'étaient pas encore réconciliés, lorsque je quittai la Grèce. Je dois me souvenir de leur dispute, car ils voulurent me prendre pour leur arbitre.

7 Mon ami le docteur Clarke , dont le nom n'a pas besoin de commentaires pour être connu du public , et dont l'autorité sera d'un grand poids pour appuver mon témoignage , m'a permis de ciler le passage suivant d'une lettre fort obligeante qu'il m'adressa et qui remplira parfaitement le but de ma note : « Quand la dernière métope fut enlevée du Parthenon , les ouvriers de lord Elgin démolirent une grande partie de l'entablement qui était au-dessus, et même l'un des triglyphes. Le Disdar, qui vit le dommage que l'on venait de faire au monument, lira sa pipe de sa boucbe , versa une larme, et d'un ton suppliant il dit à Lusieri : Tclos .'... J'étais présent. « Ce Disdar était le père du Disdar actuel.

' Prig^ voleur. \. t».

■■ (le Gropius tiail employé par un noble lord , cl s.i seule occupation était défaire de.» dessins dans lesquels il excelle. Je suisfàcLé de dire qu'en abu.sani de l'aulorité d'un nom très respeot.iblc . il s'est liuuiblciueut traîné sur les traces du signor Lusieri. Uii vaisseau chargé de ses tropliées fut retenu, et je crois luême conlisqué à Constantinople en 1810. Je ni'cslime heureux de pouvoir assurer que cela n'était pas dans son mandat, qu'il n'a jamais employé Gropius qu'en sa qualité de peintre, et son noble patron désavoue toute autre espèce de relation avec lui. Si une erreur que j'avais laissée dans la seconde éditiou de ce poemc lui a donné un moment do déplaisir, je lui en demande pardon. Le signor t.îr'ipius s'est servi pendant jtlusirurs années du litre de son aj^ent, et , quoique jo sois bien exeusabir d'avoir partagé l'erreur de beaucoup de personnes, je suis conleni d'avoir été un dis premiers " l.i reconnaiire. J'ai autant de plaisir à nie rétracter, que j'eus de regret en aiaïK.anl mon asserlinn.

* Selon Zozime , Minerve et Achille chassèrent Alaiic de TAcropolis ; mais d'autres disent que le roi goth fut presque aussi Vandale que le pair écossais. Voyez Chandler,

9 Le Glet qui est destiné à empêcher que des éclats ne tombent sur le tillac pendant l'action.

•°0n dit que l'île de Calvpso est la même qui porte aujourd'hui lenomdeGoza.

• ' L'Albanie comprend une partie de la Macédoine , l'Ilh rie , la Chaonie et l'Épire; Iskander est le nom turc d'Alexandre, et j'ai fait allusion au célèbre Scanderbeg (seigneur Alexandre ) , dans la 5S« stance. Je ne sais si j'ai eu raison de faire Scanderbeg le compatriote d'Alexandre , qui était né à Pella en Macédoine ; mais j'ai suivi Gibbon, qui a donné le même titre à Pyrrhus en parlant de ses exploits.

Gibbon dit , au sujet de l'Albanie : « Ce pavs , que l'on peut apercevoir des côtes de l'Italie, est moins connu que l'intérieur de l'Amérique. » Quelques circonstances qui ne sont pas assez importantes pour qu'il soit utile d'en parler ici , nous ont conduits, M. Hobhouse et moi , dans ces contrées , avant d'avoir visité aucune autre partie de l'empire ottoman; le major Leake, qui était alors résident anglais à Yanina , nous assura qu'excepté lui aucun Anglais n'avait été plus loin que la capitale, et ne s'était avancé dans l'intérieur de l'Albanie. A cette époque ( octobre 1809), Ali-Pacha était en guerre avec Ibrahim-Pacha , et il faisait le siège de Bérat, ville fortifiée, dans laquelle son ennemi avait été obligé de s'enfermer. En arrivant à Yanina , nous fûmes invités à aller à Tépalani , lieu de naissance du pacha : c'est là qu'était son sérail favori ; cette ville n'était qu'à une journée de Bérat, et le visir y avait établi son quartier-général.

Après avoir séjourné quelque temps dans la capitale , nous nous rendîmes à l'invitation; mais, quoique nous eussions pris toutes nos précautions, et que nous fussions accompagnés de l'un des secrétaires du visir , la pluie fut cause que nous mimes neuf jours à faire un voyage qui n'en dura pas quatre quand nou> revînmes.

Nous passâmes par Argvrocastro et Libochabo: ces deux villes nous parurent aussi considérables que Yanina; et il n'est point de plume ou de pinceau capable de rendre la beauté des sites qu'offrent les environs de Zitza et de Delvinachi , village placé sur la frontière de l'Epire et de l'Albanie proprement dite.

Je ne veux point m'arrêter long-temps sur l'Albanie et ses habitans; mon compagnon de voyage s'acquittera de cette tâche bien mieux que moi , dans un ouvrage qui sera sans doute publié avant le mien "; cependant je ne puis me dispenser de faire quelques observations qui sont nécessaires à l'intelligence du texte.

Les Arnautes ou Albanais me frappèrent par leur ressemblance avec les Highlanders de l'Ecosse; leurs vètemens, leur figure, leur manière de vivre, sont les mêmes; les montagnes de l'Albanie me paraissaient être celles de la Calédonie, avec un climat plus doux. L,e Kilt , ou jupon, quoique blanc, des Arnautes, leurs formes maigres , leur activité, leur dialecte, dont le son est celtique, leurs habitudes martiales ; tout me rappelait le royaume de Morven. Aucune nation n'est aussi détestée et redoutée par ses voisins : les Grecs les regardaient

■ Vojagts d'UobllOU^p. i. p.

à peine comme chrétiens; et les Turcs, comme musulmans : dans le luit, ces deux religions sont mêlées chez eux , mais plusieurs Albanais n'en ont réellement aucune ; ils sont tous pillards , et toujours armés. Les Arnautes, qui portent des shawls rouges à leur tête , les Monténégrins * , les Chimariotes et les Gedges, sont renommés pour leur perGdie. Les autres Albanais diffèrent un peu dans leur costume , et beaucoup dans leur caractère : d'après ma propre expérience, je puis en parler avec éloges. J'en avais deux avec moi , un infidèle et un musulman : ils m'ont accompagné à Constantinople et dans toutes les parties de la Turquie que j'ai parcourues. Il est rare de trouver des hommes plus fidèles dans le danger et plus infatigables dans leur service. Le musulman se nommait Dervich Tahiri, et l'autre Basili : celui-ci était un homme de moyen âge , mais Tahiri était à peu près du mien. Basili avait été expressément chargé par Ali-Pacha de nous accompagner , et Dervich était l'un des cinquante qui nous avaient escortés quand nous traversâmes les forêts de l' Acarnanie pour aller aux rivages de l'Acheloûs , et de là a Messalunghi en Etolie : c'est là que je le pris à mon service , et je n'eus jamais occasion de m'en repentir.

En 1810, après que mon ami M. Hobhouse fut parti pour l'Angleterre, je fus attaqué d'une fièvre très forte dans la Morée; et mes deux Albanais me sauvèrent la vie en éloignant mon médecin , par la menace de le tuer s'il ne m'avait rendu à la santé dans un temps déterminé. J'attribuai ma guérison à cette assurance consolatrice de représailles, et au refus obstiné des remèdes du docleu» Romanelli. Le seul domestique anglais que j'eusse gardé était à Athènes; mon interprète était aussi malade que moi, et mes deux bons Arnautes me soignèrent avec une attention qui aurait fait honneur à des hommes plus civilisés.

Ils eurent tous deux un grand nombre d'aventures , car le musulman Dervich étant un très bel homme était toujours en dispute avec les maris d'Athènes ; au point que quatre des principaux Turcs vinrent me voir au couvent pour me faire des remontrances , parce qu'il avait enlevé une femme du bain ; cette femme lui appartenait légalement , il est vrai , car il l'avait achetée ; mais celte action était tout-à-fait contraire à l'étiquette du pays.

Basili était aussi fort galant parmi les femmes de sa religion ; il avait une très grande vénération pour l'église, mais en même temps un souverain mépris pour les ecclésiastiques : dans l'occasion, il les souffletait d'une manière tout-à-fait hétérodoxe. Cependant il ne passait jamais devani une église sans se signer ; et je me rappelle encore le danger qu'il courut à Constantinople en entrant dans Sainte-Sophie , qui a\ait été jadis un temple consacré à son culte. Quand on lui faisait des représentations sur sa conduite , son éternelle réponse était : « Notre église est sacrée , mais nos prêtres sont des voleurs;» et il recommençait à faire le signe de la croix et à souffleter les papas ""^ qui refusaient de l'aider quand il demandait leur secours dont on a toujours besoin partout où un prêtre a quelque influence auprès du Cogia-Baschi de son village. Il est vrai qu'on ne saurait trouver une race plus abjecte que les derniers ordres du clergé grec.

Lorsque je fis les préparatifs de mon départ , j'appelai mes deux Albaiiars pour leur payer leurs gages. Basili prit son argent avec une démonstration mal-

■ Vojci diius Jean Sbogai \e porlrail potliqiio des MpDlinigiiiis. i. r. " Prilrei grecs. a. p.

adroite Je regrets, et se retira bien vite, en emportant son sac de piastres. Dervich ne paraissait pas ; on ne le trouvait nulle part: enfin il entre au moment où le signor Logotbeti , père du ci -devant consul anglais d'Athènes , et quelques autres Grecs de ma connaissance, étaient venus me faire visite. Dervich prend l'argent; mais tout- à- coup il le jette par terre, et , frappant ses mains l'une contre l'autre, et les portant ensuite à son front , il s'élance hors de l'appartement en versant un torrent de larmes. Depuis ce temps, jusqu'au moment où je m'embarquai , il continua de se lamenter , et , malgré tous nos efforts pour le consoler , il ne cessait de s'écrier : M'a^etvet, Il m'abandonne. Signor Logolheti , qui jusque là n'avait jamais pleuré que pour la perte d'un para ", le père du couvent , tous mes domestiques , les personnes qui étaient venues me voir, tout le monde pleurait. Je crois que la grasse et folle cuisinière de Sterne aurait abandonné sa poissonnière pour sympathiser avec le chagrin sincère et inattendu de ce barbare.

Pour moi , quand je me rappelai que , peu de temps avant de quitter l'Angleterre, un noble personnage , avec qui j'étais fort lié, me fit dire, pour s'excuser de prendre congé demoi, qu'il avait à accompagner une parente chez sa couturière ou marchande de modes, je me sentis aussi surpris qu'humilié parla comparaison du présent avec le passé.

Que Dervich me quittât avec quelque regret, je devais m'j attendre: quand le maître et le domestique ont gravi ensemble les montagnes d'une douzaine de provinces , il est naturel qu'ils ne se séparent plus sans chagrin : pourtant la sensibilité que Dervich manifesta alors formait un contraste remarquable avec sa férocité naturelle, et changea quelque chose à la mauvaise opinion que j'avais du cœur humain. Je crois que cette fidélité presque féodale se trouve assez communément parmi les Albanais. Un jour , en parcourant le mont Parnasse, un domestique anglais que j'avais à mon service , s'étant pris de dispute avec Dervich. par rapport à quelques objets du bagage , le poussa légèrement , et Dervich crut qu'il avait voulu le frapper. Il ne dit rien , mais il s'assit et appuya sa tète sur ses mains. Prévoyant les conséquences de cet accident, nous essayâmes de lui faire entendre qu'on n'avait point voulu lui faire un affront. J'ai été voleur, nous répondit - il ; je suis soldai : jamais un capitaine ne m'a frappé. Vous êtes mon maître; j'ai mangé votre pain; mais, j'en .atteste ce pain (c'est leur serment habituel ) , s'il n'en eût pas été ainsi, j'aurais poignardé ce chien , et je me serais retiré dans les montagnes. Tout fut fini là. Cependant il ne pardonna jamais complètement à celui qui l'avait insulté sans le vouloir.

Dervich excellait dans la danse de son pays , que l'on croie être un reste de l'ancienne danse pyrrique Quoi qu'il en soit, cette danse est mâle et exige une grande agilité. Elle diffère complètement de la stupiJc romaique, et de la lourde ronde des Grecs,

Les Albanais ( je veux parler ici des montagnards , et non de ceux qui cultivent la terre dans les provinces ) ont en général très bonne mine. Nous avons trouvé , entre Delvinachi et Libocha'ûo, les plus belles femmes que j'aie jamais vues pour la taille ou pour la figure. Elles étaient occupées à réparer un chemin qui avait été dégradé par les lorrens. La démarche des Albanais est loul-à-fait

• I.i- jiara est à pea près le quart d'un liard anglais.

théâtrale : cela vient sans doute de leur capote ou manteau qu'ils portent attache sur une épaule. Leur longue chevelure fait penser aux Spartiates , et l'on ne peut se faire une idée du courage qu'ils déploient dans les guerres de partisans. Quoique les Gedges fournissent un peu de cavalerie dans les troupes albanaises, je n'ai jamais vu aucun Arnaute qui montât bien achevai. Les deux que j'avais avec moi préféraient les selles anglaises , quoiqu'ils n'aient jamais pu s'y accoutumer. Mais, à pied, il est impossi])le de les dompter par la fatigue.

" Ithaque.

'1 Aclium et Trafalgar n'ont pas besoin de commentaires. La bataille de Lépante fut aussi sanglante et importante que ces deux-là ; cependant elle est bien moins connue ; elle se donna dans le golfe de Fatras : l'auteur de Don Quichotte y perdit la main gauche.

»4 Leucade s'appelle aujourd'hui Santa-Maura. Son promontoire e?t nommé le Saut de l'Amour; et c'est de là, dit-on, que Sapho se précipita dans la mer.

•5 On dit que, la veille du jour où se livra la bataille d' Aclium, Antoine avait treize rois à son lever.

■^Nicopolis, dont les ruines occupent une grande étendue, est située à peu de distance d'Actium , et l'on y voit encore quelques restes des murs de l'Hippodrome.

'7 Selon Pouqiieville , c'est aujourd'hui le lac de Yanina ; mais Pouqueville est toujours inexact.

«8 C'est le célèbre Ali- Pacha. Il y a sur cet homme extraordinaire une notice fort incorrecte dans les Voyages de Pouqueville.

■9 Cinq mille Suliotes . occupant le château de Suli et les rochers qui l'entourent, résistèrent pendant dix -huit ans à trente mille Albanais ; mais le château fut enfin pris par trahison. Dans le courant de cette guerre , il y eut quelques traits qui auraient été dignes des plus glorieux jours de la Grèce.

=■" Le couvent et le village de Zitza sont à quatre heures de chemin de Joannina ou Yanina, capitale du pachalic. La rivière de Kal3mas( autrefois l' Acheron ) coide dans la vallée; et, à peu de distance de Zitza, elle forme une belle cataracte. Ce site est peut-être un des plus beaux de la Grèce , quoique les environs de Delvinachi et une partie de l'Acarnanie puissent lui disputer la palme. Delphes, le Parnasse, et dansl'Attiquele capColonna , sont bien loin de l'égaler en beauté. L'ionie et la Troade n'offrent rien qui lui soit comparable. Je serais tenté d'en dire autant des approches de Constantinople ; mais le paysage de Stamboul offre un aspect si différent, qu'il est impossible dele comparer à celui dont je parle.

» ■ Calover : c'est le nom des moines grecs.

'» Les montagnes Chimariotes semblent appartenir à une formation volcanique.

'^ L' Acheron des anciens, aujourd'hui Kalamas.

»< La blanche capote. C'est le manteau des Albanais.

'* Tomérit , que les anciens désignaient sous le nom de Tomarus.

»6 A l'époque où je la passai , la rivière de Laos était grosse, et, au-dessus de Tépalin , elle paraissait aussi large que la Tamise devant ^Vestmius.ter :du moins nous le crûmes, mon ami M. Ilobhouse et moi. Sans doute que dans l'été elle

n bcaiiroup moins d'eau qu'à l'époque où nous l'avons vue. C'est sûrement la plus belle rivière du Levant : l'Achelous , l'Alphée, 1' Acheron , le Scamandre et le Caïstre ne peuvent lui être comparés , ni pour la beauté , ni pour la largeur.

'■ Ici je fais allusion aux pillards de Cornouailles.

'8 Les musulmans d'Albanie ne s'abstiennent pas de vin; et dans les autres parties de la Turquie il v a bien peu de croyans qui , sur ce point , suivent à la lettre la loi du prophète.

» 0 Palikar , abréviation du mot grec rrzaltxxpi ; c'est le nom général de tous les soldats parmi 4es Grecs etles Albanais qui parlent romaïque. La véritable signilication de ce mot est garçon.

3o Pour donner un échantillon du dialecte albanien ou arnaute de la langue illvrienne , je vais traduire ici deux chœurs très populaires qui sont chantés en dansant parles hommes et les femmes indistinctement. Les premiers mots sont un refrain sans aucune signiCcation, comme on en trouve dans plusieurs de dos chansons européennes.

Bo, bo , bo, bo, bo, bo .

Naciarura , popuso.

La , la , je viens , je viens , garde le silence.

Naciarura na civin Ha pu derini ti Idn.

Ha pe uderi escrottni Ti vin ti mar serveiini.

Cal trio te rrie sur me Ea ha pe pse dua tive.

Bo , bo ,bo , bo , bo , Gi egem spirla csim iro.

Caliriote vu le funde , Ede vête tunde tunde.

Je viens, je me hâte; ouvre -moi la porte , que je puisse entrer.

Ouvre la porte à demi , que je puisse prendre mon turban.

Caliriote ' aux yeux noirs, ouvre-moi la porte , que je puisse entrer.

La. la, la. c'est toi que j'entends, mon àmc 1

Une jeune Arnaute , vêtue d'habits magnifiques, marche avec grâce et noblesse.

Caliriote me surme Ti mi pute poi mi le.

Se ti puta citi mora.

Si mi ri ni vcli udo gia.

' Les Albanais, et tunoiii leurs remme.s pourquoi.

Caliriote , jeune fille aux yeux noirs, don!".e-n:oi un baiser.

Que gagneras -tu, si je t'embrasse?

mon âme est consumée par un feu secret.

sont souvent appelés Caliriotes: je n'ai jamais pu savoir

Fa le ni il clic cadale. Cela more, more cela.

Plu liari fi tirete.

Plu huron cia pra seti.

Danse avec légèreté , avec grâce ; oui , plus gracieusement encore.

Ne fais pas tant de poussière: elle salirait la chaussure brodée.

Celte dernière phrase embarrasserait un commentateur. En Albanie, les bommes ont des brodequins très riches ; mais les femmes ( et c'est sans doute à une femme que s'adresse la chanson) n'ont, sous leurs bottines jaunes ou leurs pantoufles , qu'une jambe nue , dont la forme et la blancheur sont souvent très remarquables. Les Albanaises sont beaucoup plus jolies que les Grecques , et leur costume est beaucoup plus pittoresque ; elles conservent aussi plus longtemps leur beauté, parce qu'elles sont souvent en plein air. Il est bon de faire observer que l'arnaute n'est pas une langue écrite ; aussi les mots des deux chansons que je donne ici au lecteur sont écrits comme on les prononce ; ils ont été recueillis par un Grec d'Athènes , qui parle et comprend très bien le dialecte arnaute.

Ndi sefda tinde ulavossa Vetlimi upri vi lofsa.

Je suis blessé par ton amour , hélas l et je n"aime que pour me consumer.

Âh vaisisso mi privi lofse Si mi rini mi la vosse.

Ahl jeune Gile , ton amour me consume : tu m'as frappé au cœur.

Uii tasa roba slua Sili eve tulati du a.

Eoba stinoi-is sidua Qu mi sini vclii dua.

Qurmini dua clviknl Roba ti siarmi litdi cni.

Utara pisa vaisis.^o me simi rlii

ti liapli Eli mi btre a piste si gui dendroi tillali.

Je l'ai dit que je ne demandais point de dot , je ne demande que tes yeux et te» œillades .

Je n'ai pas besoin de ce maudit douaire , je n'ai besoin que de toi.

Laisse-moi posséder tes charmes, et que les flammes dévorent ta dot.

6, O jeune fille! je t'ai aimée de toute mou âme : et tu m'as abandonné comme un arbre fané.

Cdi vura udorini udiri cicova Qu'ai-je gagné en mettant ma main

cilli mora , sur ton sein ? j'ai retiré ma main ; mais

Udorini trJli Iwllna u ede cai- elle est encore brûlante. }noni mora.

Je crois que ces deux dernières stances , qui sont d'une mesure de veis différente , doivent appartenir à une autre ballade : la pensée des dernières lignes ressemble à celle qu'exprima Socrate, lorsque , ayant appuyé son bras sur Clitobule ou Cléobule, l'un déT^s vTroxoWiot , le philosophe se plaignit pendant quelques jours d'une douleur lancinante qui alla.t jusqu'à l'épaule. Depuis ce moment il prit la résolution d'instruire ses disciples sans les toucher.

3' Ces stances sont empruntées à différens chants albanais : je me suis servi des traductions romaiques ou italiennes.

^' Cette ville fut prise d'assaut contre les Français qui la défendaient. 3î Voyez les fragmens qui sont à la suite de ces notes.

'< Phylé, d'où l'on a une très belle vue d'Athènes. Il reste encore beaucoup de ruines de cette ville : elle fut prise par Thrasybule, avant l'expulsion des trente tyrans.

î' A l'époque où elle fut conquise parles Latins, qui en furent maitres^endant plusieurs années. Voyez Gibbon.

36 La Mecque et Médine sont tombées depuis quelque temps au pouvoir des Wahabis( JVéchabiles ) , tribu arabe dont la force s'augmente tous les jours.

37 II y a plusieurs montagnes , et particulièrement celle qui porte le nom de Liakura, sur lesquelles la neige ne fond jamais entièrement, malgré les fortes chaleurs de l'été; mais dans la plaine la neige se se fond toujours en tombant.

3' Le mont Pentélicus , d'où l'on tira le marbre qui servit à construire tous les édiBces publics d'Athènes. Cette montagne s'appelle aujourd'hui Mendéli ; on y voit encore une caverne immense formée par l'exploitation de la carrière.

39 SUte , viator: heroa calcas. Telle était l'épitaphe du fameux comte de Merci. Quels doivent donc être nos sentimens quand nous foulons la tombe des deux cents Grecs qui périrent à Marathon 1 Cette tombe a été fouillée dernièrement par Fauvel : on n'y a rien trouvé , du moins presque rien de ce qu'on y cherchait, comme vases, médailles, etc. On m'offrit de me vendre la plaine de Marathon pour 1,600 piastres, ce qui fait à peu près 90 livres d'Angleterre. Expende Annibalem : quot libras in duce summo invenies ! Et la cendre de Miltiade ne vaudrait pas davantage 1 elle n'aurait guère moins rendu en la vendant au poids.

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