‹ Œuvres de Lord ByronChapitre 9 sur 114 · XX ESSAI · texte numérisé non relu

XX ESSAI

» événement, et ne se retira du moude que lorsque son fils l'of- » fcnsa en se mariant d'une manière contraire à ses devoirs. Loin » de sentir aucun remords pour avoii^ tué M. Ghawortli , qui » était un spadassin et un querelleur , il conserva toujours Vé- )) pe'eAonX. il s'était servi à cette occasion, dans sa chambre à cou- » cher, et elle v était encore lorsqu'il mourut.

» Une chose assez singulière, c'est qu'étant jeune je m'atta- » chai beaucoup à la petite-nièce et à l'héritière de M. Chaworth, » qui était au même degré de parenté que moi avec lord Byron, » et dans un temps l'on supposa que les deux familles s'uniraient. » Elle avait deux ans de plus que moi , et nous étions souvent » ensemble dans notre enfance. Elle épousa un homme d'une )) ancienne famille et très resjDCCtable , mais son mariage ne fut M pas plus heui'eux que le mien. Sa conduite cependant futirré- » prochable, mais leurs caractères ne sympathisaient pas, et ils » finirent par se sépai'er. Je ne l'avais pas vue depuis plusieuis 1) années, et l'occasion se présentant, j'étais sur le point, avec )) son approbation , de lui faire luie visite , quand ma sœur, qui » a toujours eu plus d'influence sur moi que personne autre , » me persuada de ne le point faire. « Car , dit-elle , si vous y » allez, vous reviendrez amoureux , et alors il y aura une scène^ » un pas conduira à un autre , et cela fera un éclat, etc. , etc. » » Je me rendis à ces raisons, et peu après" je me mariai, avec » quel succès il est inutile de le dire. — M'. C. , quelque temps » après sa séparation , devint folle. — Mais depuis elle s'est gué- » rie , et s'est , je crois , réconciliée avec son mari. — Voilà une » longue lettre , et principalement sur ma famille, mais c'est la ♦ faute de M. Amédée Pichot, mon bénévole biographe. 11 peut » dire de moi tout le bien ou le mal qu'il lui plaira , mais je dé- » sire qu'il ne parle pas de mes parens autrement qu'ils ne le » méritent. Si vous pouviez trouver une occasion de lui faire, » ainsi qu'à M. Charles Nodier, rectifier les faits relatifs à mon » père et les publier, vous me rendriez un grand service , car je w ne puis supporter d'entendre médire de lui injustement. »

Le jeune Georges Gordon passa sa première enfance auprès de sa mère dans le comté d'Aberdeen en Ecosse. A la difformité d'un de ses pieds il joignait les signes d'une constitution rachitique. Lady Gordon, pour fortifier la santé délicate de son fils, sentait tout le prix d'un air vif et de l'exercice. L'enfant errait

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librement sur les bords de la mer , gravissant ces montagnes où. la muse de sir Walter Scott allait recueillir, à la même époque, les traditions sur lesquelles sont fondés les titres de gloire de l'Homère des mœurs calédoniennes.

Après la mort de lord William , les droits du jeune Gordon furent légalement i-econnus, et sa tutelle confiée au comte de Carlisle qui avait épousé la soeur du dernier lord Byron. On s'occupa alors de l'envoyer dans une école dans laquelle il recevrait une éducation convenable à son rang. On choisit celle d'Harrow-on-the-Hill , où William Jones et Sheridan avaient été initiés aux premiers secrets des muses classiques *. L'indépendance de ses premières années fut naturellement regrettée par le jeune élève , quand il se vit soumis aux règles de la discipline scolastique. On a voulu lui faire un crime d'avoir éprouvé quelque impatience sous la férule de ses pédagogues. Hélas! qui de nous ne s'est pas quelquefois rappelé avec douleur les charmes du toit paternel dans ces murs qu'un vague instinct de liberté rend de véritables prisons pour l'enfance I Le chef de rinstitution d'Harrow fut malheureusement la victime des premiers traits satiriques du poète précoce, qui le désignait sous le nom de Pomposus. Dans une note de Childe- Harold, lord Byron nous révèle cependant qu'il a conservé un pieux souvenir d'HarroAV et du révérend docteur Joseph Drury , son précepteur, à qui s'adresse surtout l'hommage de son respect et de sa reconnaissance. Voici quelques vers simples et touchans , composés par lui avant de quitter le séjour de ses première3 études , et dans lesquels on aurait quelque peine à deviner la misanthropie de son âge mur.

« Ida ** ! c'est à toi que je dois l'amitié que je n'aurais pu trou- » ver ailleurs. La mort , en me rendant orphelin , m'avait privé » des leçons d'un père! Ahl les honneurs d'un rang élevé, le

Harrow-on-the-Hill ( Harrow sur la colline) est un village à dix milles de Londres, ainsi appelé parce qu'il est situé sur la plus haute colline du comté de Middlesex. Nous avons •visité l'école, qui fut fondée sous Elisabeth par John Lyon. Nous y avons vu, dans les chambres qu'ils occupaient, les noms du docteur Parr, de sir "William Jones, de Sheridan , du comte de Spencer, et de lord Byron , qu'on y cite avec orgueil parmi ceux qui ont fait honneur à celle inslilulion , une des plus considérables des Trois-Rovaumes. ** Nom poétique d'Harrow.

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» nom d'un illusti'e tuleui*, peuvent-ils suppléev à la tendresse » qui nous parle dans les yeux d'un père I Qui pourrait me con- » soler de la perte prématurée du mien? »

Ce fut à l'âge de seize ans que lord Byron passa d'Harrow à Cambridge, où il devint élève du collège de la Trinité. Il parait que les études sérieuses de cette illustre université l'occupèrent fort peu^ il se livrait de préférence à la lecture des poètes, et s'exerçait lui-même à les imiter, pendant les trois années que dura son séjour sur les bords du Cam. Les professeurs ne lui out pas pardonné d'avoir, comme Milton , déclaré leur académie indigne de la faveur des muses, et d'avoir fait , à leurs dépens, l'éloge de leurs rivaux d'Oxford. On raconte aussi que leur noble disciple leur fit ses adieux par un trait de sarcasme original. Son compagnon favori était un ours, qu'il avait dressé lui-même, et qui le suivait partout- mais il le laissa dans son logement du collège, comme candidat à la première place d'élève vacante.

Ce fut dans la solitude de A'^CAVstead- Abbey que lord Hyron , cédant à l'importunité de quelques amis , fit un choix de ses pièces fugitives, qu'il intitula : ses Loisirs ** , et qu'il livra aux chances de la publication , en les dédiant à son tuteur le comte de Carlisle. Il était impossible, à moins d'être injuste par une malveillance calculée, de ne pas y reconnaître les germes précieux d'un talent précoce, et poétique jusque dans les imitations où le jeune homme ose lutter contre le génie des auteurs de la Grèce et de Rome. Mais son imagination se plaît surtout dans les chants ossianiques ; il adresse d'éloquentes apostrophes aux âpres montagnes de la Calédonie, et à la gloire guerrière de ses ancêtres maternels. Les soupirs d'un premier amour se mêlent à ces souvenirs de l'enfance, et le doux nom de Marie qui rappelait à Byron plus d'une maîtresse *** est associé souvent aux noms sauvages des anciens héros et des lieux illustrés par leurs exploits :

* Lord Bjron veut sans doute parler du comte de Carlisle.

"* Hours of Idleness (Heures de loisir on Heures d'oisiveté) , by Georges Gordon , lord Byron a minor. Ce volume fut imprimé à Newark.

*** Le nom de Marie eut toujours un charme pour moi. Ci'tte déclaration do lord Byron s'explique par ses amours avec trois ou quatre Maries.

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