XXX VI
Waterloo ! tu fus témoin de la chute de celui qui fut le plus extraordinaire , mais non ie plus méchant des hommes :
mélange inexplicable de principes contraires *, son esprit se fixait lin moment sur les objets les plus grands , et revenait avec la même attention aux plus légers détails ! O toi qui fus extrême en tout, si tu avais su garder un juste milieu, tu occuperais encore le trône, ou tu n'y serais jamais monté. C'est à ton audace que tu dois ton élévation et ta chute!... Mais tu n'as pas renoncé à revêtir la poupre impériale, à ébranler de nouveau le monde , et à en être une troisième fois le Jupiter tonnant.
Tu es le conquérant et le captif de la terre ! tu la fais trembler encore , et ton nom redoutable ne fit jamais plus d'impression sur les âmes des hommes , qu'aujourd'hui que tu n'es plus rien, si ce n'est le vil jouet de la renommée**. Elle te courtisait jadis , t'obéissait en esclave et flattait ton ambition , jusqu'à te persuader que tu étais une divinité : tel tu parus en effet aux nations étonnées qui , dans leur stupeur, te crurent long-temps tout ce que tu voulus être à leurs yeux.