HOCHE
Voilà tout , et c'est assez.
Hoche tenait le premier rang parmi les généraux français des premiers temps
Je U république, avajil que Buonaparte eût monopolisé leurs triomphes. Il étaii destiné au commandement de l'armée qui devait faire l'invasion en Irlande.
'» Ehrenbreitstein, c'est-à-dire la grande pierre de l'honneur, était la plus forte citadelle qu'il y eût en Europe : les Français la démantelèrent et la firent sauter, àla trêve de Léoben. Elle ne pouvait être prise que par famine ou par trahison. Elle se rendit à la famine secondée par une surprise. Quand on a vules fortifications de Malle et de Gibraltar, on est moins frappé de l'aspect d'Ehrenbreitstein; le général Marceau l'assiégea pendant quelque temps sans pouvoir la prendre. Dans une chambre où j'ai couché , l'on m'a montré la fenêtre à laquelle Marceau s'était placé pour observer les progrès du siège à la clarté de la lune, lorsqu'un boulet vint frapper immédiatement au-dessous.
'î La chapelle est détruite ; et la pyramide des ossemens a été bien diminuée parles légions bourguignonnes au service de France, qui avaient à cœur de faire disparaître ce monument de la défaite de leurs ancêtres. II reste encore des os malgré tous leurs soins ( chaque Bourguignon qui passait par là en emportait un dans son pays ), et malgré les larcins moins excusables des postillons suisses , qui les prenaient pour les vendre: comme ils étaient devenus très blancs , on les recherchait beaucoup pour en faire des manches de couteau. Je me suis permis d'emporter environ le quart des os qui composaient le squelette d'un héros : ma seule excuse pour ce sacrilège est que , si je ne l'avais pas commis moimême, le premier passant s'en serait rendu coupable pour en faire un usage profane, au lieu que je conserverai ces reliques avec un soin religieux.
"4 Aventicum était la capitale de l'Helvélie romaine. Aventicum est aujourd'hui Avenches , situé près de Morat.
' 5 Julia Alpinula , jeune prêtresse, mourut peu de temps après son père, condamné à mort comme traître , par Aulus Caecina , et dont elle essava vainement d'obtenir la grâce. Son épitaphe a été découverte depuis plusieurs années : la voici :
Julia Alpinula
Hicjacco,
Infeiicis patris infelix proies ,
Deœ Àventiœ sacerclos ;
Exorare patris neccm non polui ,
Maté mari in falls illi erat.
Vixi anno.t XX HT.
Je ne connais rien de plus touchant que celte inscription , aucune histoire ne présente un intérêt plus réel. Voilà des noms et des actions qui ne devraient jamais être oubliés : on se les rappelle toujours avec une consolante émotion , quand on détourne son attention du tableau confus des batailles , qui excite parfois une espèce de fausse sympathie à laquelle succède enfin un vrai dégoût, résultat de celte ivresse passagère.
'•5 J'écris ceci en face du Mont-Blanc ( 7> juin i8i6) , qui même à cette distance éblouit mes yeux.
( ao juillet. ) Aujourd'iiui j'ai observé , pendant quelque temps et distinctement , la réflexion du Monl-Blanc et du mont Argenticre dans le lac Léman ;
je l'ai traversé dans mon bateau. La distance de ces montagnes au lieu où elles se réfléchissent est de soixante milles.
•7 La couleur du Rhône , à Genève , est d'un bleu plus foncé que je n'en avais jamais observé dans aucune eau douce ou salée. J'en excepte la mer Méditerranée et l'Archipel.
' Allusion au passage des Confessions de J.-J. Rousseau, dans lequel il parle de sa passion pour madame d'Houdetot, et de la longue promenade qu'il faisait chaque malin pour avoir le seul baiser que lui donnait la comtesse en le saluant. La description des sentimens qu'il éprouvait alors peut être regardée comme la peinture la plus passionnée de l'amour. Néanmoins les impressions de l'amour sont telles, que les mots seront toujours insuffisans pour les exprimer: un tableau ne peut nous représenter l'Océan que d'une manière imparfaite.
'9 II faut se rappeler que ce ne fut point dans le temple, mais sur la montagne , que le divin fondateur du christianisme donna ses plus belles et ses plus louchantes doctrines.
Mais laissons la religion pour ne citer que l'éloquence humaine ; ce n'est pas dans les murailles qu'ont été prononcés les discours les plus brillans et qui ont produit le plus d'effet. Démosthène haranguait les assemblées populaires; Cicéron parlait dans le Forum. Cette circonstance devait influer beaucoup sur les effets produits sur Uauditoire parces orateurs célèbres, et même sur leurs propres émotions. Nous pouvons l'apprécier nous-mêmes en lisant dans nos appartemens : certes, il v a une grande différence entre l'impression que peut causer la lecture de l'Iliade dans la boutique d'un libraire , et l'effet que l'on doit en éprouver lorsque l'on parcourt les collines qui entourent le port de Sigée, ou que , placé au bord des sources qui coulent au pied du mont Ida , l'on embrasse d'un seul coup d'œil la plaine , les fleuves et l'Archipel.
Après l'enthousiasme qu'excitent une foi ardente et les doctrines de ses partisans, s'il fallait rechercher les causes des rapides progrès du méthodisme { je ne prétends pas ici discuter si cette réforme est orthodoxe ou erronée ) , je crois qu'on les trouverait dans l'usage de prêcher en plein air, et dans les mouvemens de l'éloquence naturelle et extcmporanée de ses ministres.
Les musulmans , qui sont très sincères dans leur religion ( au moins les dernières classes de la société ) , et par conséquent très susceptibles de l'exaltation religieuse , sont dans l'usage de réciter leurs prières dans quelque lieu qu'ils se trouvent aux heures fixées pour cet exercice : aussi les voit-on souvent s'agenouiller en plein air , sur la natte qu'ils portent toujours avec eux et qui leur sert de lit ou de coussin ; pendant tout le temps que dure L'oraison , ils sont entièrement absorbés en eux-mêmes, rien ne serait capable de les distraire, ils semblent ne vivre que pour prier. La dévotion franche de ces hommes, l'esprit religieux dont ils étaient animés dans ces momens , m'a fait plus d'impression qu'aucun culte rendu à la Divinité dans ses temples. J'ai vu presque toutes les religions pratiquées sous le soleil. J'y comprends toutes nos sectes anglicanes et les sectes grecques , catholiques , arméniennes , luthériennes , juives et mahométanes. Les nègres sont très nombreux dans l'empire ottoman ; la plupart sont idolâtres , et ils exercent librement les rites de leur croyance. Pendant mon séjour à Patras, j'ai été témoin de quelques unes de leurs cérémonies ; et, au-
tant que j'ai pu en juger , elles ressemblent tout-à-fail aux cérémonies du pagarrisme et n'ont rien de bien attrayant.
'" L'orage auquel j'ai fait allusion ici eut lieu le i3Juin 1816 à minuit, au milieu des monts Acrocérauniens ; j'ai été témoin de plusieurs qui ont été plus terribles que celui-ci , mais aucun ne fut plus beau.
»■ « Ces montagnes sont si hautes , qu'une demi-heure après le soleil couché leurs sommets sont encore éclairés de ses rayons, dont le rouge forme sur ces cimes blanches une belle couleur de rose qu'on aperçoit de fort loin. » RocssEAu, Nouvelle Héloïse, lettre XVII.
Ce qui s'applique plus particulièrement aux montagnes qui sont au-dessus de la Meilleric.
0 J'allai , à Vevay , loger à la Clef, et pendant deux jours j'y restai sans voir personne; je pris pour cette ville un amour qui m'a suivi dans tous mes voyages, et qui m'y a fait établir le héros de mon roman : je dirais volontiers à ceux qui ont du goût et qui sont sensibles : Allez à Vevay ; visitez le pays , examinez les sites , promenez- vous sur le lac, et dites si la nature n'a pas fait ce beau pays pour une Julie, pour une Claire et pour un Saint-Preux, mais ne les y cherchez pas. » ( Confessions , livre I V. )
Dans le mois de juillet 1816 , j'ai fait un voyage autour du lac de Genève ; j'ai visité avec la plus grande attention et le plus vif intérêt tous les lieux célébrés dans la Nouvelle Héloïse ; et , autant que j'ai pu en juger , il m'a paru que Rousseau n'en avait pas exagéré les beautés. Il est impossible de voir Clarens et tous les lieux qui l'entourent , Vevay , Chillon , Boveret, Saint-Gingo, la Meillerie, Évian et le Rhône , sans être obligé d'avouer que ces sites étaient bien dignes des personnages que Rousseau y a mis en scène. Mais ce n'est pas tout encore : l'impression que causent au spectateur tous les environs de Clarens et les rochers de la Mcillerle est d'un ordre plus élevé que la sympathie pour une passion individuelle dont le souvenir s'y rattache : c'est le sentiment de l'existence de l'amour dans tout ce qu'il peut offrir de grand et de sublime. Nous participons à sa gloire et à ses bienfaits. Le grand principe de l'univers est resserré dans ce lieu sans y être moins visible. Nous oublions un moment l'individualité qui nous en sépare, pour jouir de la beauté de ce tout.
Quand même Rousseau n'eût jamais écrit ni vécu, les mêmes associations d'idées n'en appartiendraient pas moins à ces lieux. En les adoptant, il a ajouté à l'intérêt de son ouvrage ; en les choisissant pour y mettre en scène ses héros , il a prouvé qu'il en sentaU toute la beauté; mais ces lieux ont fait, pour Rousseau, ce qu'aucun mortel ne pourrait jamais faire pour eux.
J'ai eu le bonheur (ou le malheur, comme on voudra ) de traverser le lac par un temps d'orage , en allant de la Meillcrie ( oîi je séjournai quelque temps ) à Saint-Gingo. La tempête ajoutait à la beauté de tout ce qui nouscnvironnait; cejiendant elle fit courir des dangers à notre bateau, qui était fort petit et trop chargé. Nous étions justement dans cette partie du lac, d'où celui de Saintl'reux et de madame de Wolmar gagna les rochers de la Meillcrie, pour être à couvert de l'orage.
En arrivant sur le rivage de Saint-Gingo , nous vîmes que le venl avait été
assez violent pour abattre plusieurs gros châtaigniers qui étaient plantés dans le bas de la montagne. Sur le bord opposé à Clarens est un château , les collines sont couvertes de vignobles entrecoupés de quelques petits bois d'un aspect très pittoresque. Il v en avait un qui s'appelait le bosquet de Julie ; il a été coupé par les moines de Saint-Bernard, à qui le terrain appartenait ; quoique le bosquet de Julie n'existe plus , et qu'il ait été converti en vignoble pour les misérables frelons d'une superstition exécrable, les habitans de Clarens montrent toujours la place qu'il occupait , et continuent de l'appeler d'un nom qui les a rendus célèbres et qui leur survivra.
Rousseau n'a pas été heureux pour la conservation des lieux où il avait placé ses créations idéales. Pour quelques tonneaux de vin , le prieur du grand Saint- Bernard a abattu plusieurs des bois consacrés par l'auteur de Julie ; et Buonaparte a fait sauter une partie des rochers de la Meillerie , pour agrandir la route du Simplon. Certainement cette route est superbe ; mais je ne puis me ranger tout-à-fait à l'avis de ceux à qui j'ai entendu dire : « La route vaut mieux que les souvenirs. «
'" Voltaire a habité Ferney , et Gibbon a séjourné à Lausanne.
'î La Rochefoucauld a dit : « Dans les malheurs de nos meilleurs amis, il y a toujours quelque chose qui ne nous déplaît pas. »
Visio ho Toscana, Lombardiu, Romagna, Quel monte che divide e quel che serra Italia, e un mare e 1' altro che la bagna. Abiosto, Salira III.