‹ Œuvres de Louis BouilhetChapitre 22 sur 36 · MEL.EX1S. 2J · texte numérisé non relu

MEL.EX1S. 2J

« Je n'écouterai plus le vent gémir dans l'ombre, « Je n'irai plus cueillir seule, au fond des grands bois, « L'herbe qui fait aimer. Adieu, retraite sombre « Où sur les maux passés j'ai pleuré tant de fois! « O nature! nature aux mystères sans nombre, « Je puis fermer mes yeux, ils ont surpris tes lois !

« Je sens un souffle ardent qui m'arrache à la terre ! (> Je veux mêler mon âme à l'Océan vermeil! « J'irai dans les rameaux du cèdre solitaire, « Dans la brume des nuits, dans les feux du soleil !... « Terre, adieu ! j'ai vécu ! » La voix de la sorcière Vibrait étrangement, et son regard, pareil

Au flambeau qui s'éteint, envoyait plus de flamme; Quelque chose de grand planait sur cette femme. Enfin, se raidissant par un dernier effort : « Ma fille, approche-toi, voici venir la mort ! « Je confie à ta foi le secret de mon âme; « Sois discrète!... fit-elle en hésitant encor.

« — Pourquoi, dit Melaenis, chasser toute espérance ; « J'appellerai, j'irai!... » Mais la vieille : « Silence! « La destinée est sourde, on ne l'arrête pasl « Ce frisson de mon corps, c'est le froid du trépas. « C'est l'éternelle nuit qui sur mes yeux s'avance!... « — Parle ! » dit Melxnis, en se penchant si bas

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Que ses cheveux bouclés frôlaient la moribonde. La sorcière reprit : « En quelque lieu du monde « Qu'il se cache à tes yeux, fût-ce chez l'empereur, « Tu chercheras demain Paulus gladiateur!... (Melsnis tressaillit d'une angoisse profonde.) « Tu lui diras : Ta mère est morte sur mon cœur ! . . .

« — Toi, sa mère! » cria la danseuse en démence;

Le front de Staphyla prit un air soucieux.

« Tu connais donc Paulus. — Je le connais. — Tant mieux 1

« Pour qu'il ne rougit point d'apprendre sa naissance,

« Vingt ans, dis-lui cela, j'ai gardé le silence,

« J'ai refoulé mon cœur, j'ai fait taire mes yeux!

« Dis-lui que son regard, dis-lui que sa parole, « Quand il venait me voir, poussé par quelque ennui, « Me faisaient du bonheur pour tout un jour! Dis-lui « Que mes pleurs ont lavé ma jeunesse frivole, « Et que ce dernier cri d'une âme qui s'envole « N'eut pour témoins que toi, le silence et la nuit ! »

Sa voix s'affaiblissait, et son souffle débile Râlait, comme le vent dans les feuillages morts 1 De longs frémissements lui parcouraient le corps ; Enfin, elle reprit : « S'il cherche par la ville « Son père, écoute bien, c'est Marcius l'édile!... » Melsnis se dressa comme avec des ressorts,

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« Son père ! ... Marcius I ... grands dieux ! l'ai-je entendu r. . . »

La sorcière à sa vois se levait par degrés.

« Oh ! rit-elle en ouvrant des yeux démesurés,

« Achève ! ... » — « J e ne puis !» — « Parle ! » — « Je t'ai perdue !

« C'est ton fils que j'aimais!... » — ■ C'est mon fils que je tue ! »

Elle heurta son front entre ses poings serrés,

Puis elle retomba, la tète sur la dalle, Avec un cri si fort qu'il fit trembler la salle ! Et l'on n'entendit plus que le soupir lointain Du liquide écumant dans son vase d'airain, Tandis que du foyer la lueur sépulcrale Jetait sur le cadavre, un reflet incertain.

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